Yémen : la prise du détroit Bab Al-Mandab, un tournant dans la guerre
L'Heure du Monde
September 24, 2026
Le conflit au Yémen vient de franchir un tournant majeur.
Speakers Thomas Baumgartner, Fanny Arlandis
TopicsDaily NewsNews
Thomas Baumgartner (0:02)
Bonjour à toutes et à tous, je m'appelle Thomas Baumgartner, et il est l'Heure du Monde.
Aujourd'hui, après le détroit d'Ormuz, c'est le détroit de Bab Al-Mandab qui accapare l'attention du monde entier. Ce détroit qui concentrait en 2025 12 % du commerce mondial, se trouve à l'extrémité sud de la mer Rouge, un passage qui offrait récemment une alternative possible au détroit d'Ormuz pour les porte-conteneurs et les pétroliers. Mais voilà, les houthistes, un mouvement armé du Yémen allié à l'Iran, ont pris le contrôle du détroit de Bab Al-Mandab le 11 septembre dernier. Ils expliquent ne pas vouloir freiner le commerce international, mais seulement empêcher les bateaux saoudiens de passer l'Arabie saoudite, c'est leur ennemi. Sauf qu'avec les menaces, des drones et des missiles, qui sont en place sur les côtes du détroit, forcément, le coût des assurances et le prix du pétrole ont grimpé brusquement. Pour l'Iran, la crise économique mondiale que la fermeture de Bab Al-Mandab pourrait provoquer est un nouvel argument de poids dans le conflit qui l'oppose aux États-Unis. Les États-Unis étant déjà relativement impuissants dans le détroit d'Hormouz, le rapport de force penche donc un peu plus en faveur de Téhéran. C'est donc un tournant majeur dans le conflit entre l'Iran et les États-Unis, mais aussi la reprise d'un conflit total au Yémen. Alors qui sont les houthistes et que veulent-ils ? Quelles sont les conséquences concrètes de la prise du détroit de Bab Al-Mandab pour le Yémen et pour le Monde ? Pour en discuter, je reçois Fanny Arlandis, journaliste au Service International, chargée de suivre la péninsule arabique. Yémen, la prise du détroit de Bab Al-Mandab, un tournant dans la guerre, un épisode de Garance Muñoz, réalisation Quentin Tenaud.
Bonjour Fanny.
Fanny Arlandis (1:55)
Bonjour Thomas.
Thomas Baumgartner (1:55)
Fanny, on va évidemment parler ensemble du détroit de Bab Al-Mandab et des conséquences de sa prise par les outistes.
Mais avant toute chose, moi j'aimerais qu'on s'intéresse à eux. Qui sont les outistes ? Que revendiquent-ils ? Et quels sont leurs objectifs ? Et puis comment on les appelle ? Parce qu'en fait, certains disent outils et nous on dit outistes.
Fanny Arlandis (2:13)
Alors on dit les outistes et non les outils parce qu'ils tirent leur nom du chef qui a créé ce groupe qui s'appelle Hussein Badreddin al-Houssi, qu'il a créé dans les années 90, avant que son demi-frère ne lui succède à sa mort en 2004, tué par les forces gouvernementales et devienne l'actuel chef des outistes, Abdulmalik al-Houssi.
Le gouvernement en place a été l'un des catalyseurs de l'émergence outiste, notamment parce qu'ils ont disséminé une sorte de sentiment de déclassement social très fort pendant les 33 ans au pouvoir d'Ali Abdallah Saleh, le dictateur qui a gouverné l'Yémen entre 1978 et 2012 Ça c'est un premier point. Et un deuxième point, c'est que l'Arabie Saoudite a impulsé du salafisme au cœur du territoire zaïdite pour s'assurer que le paysage religieux yéménite restait aligné sur ses intérêts. Et ça a beaucoup renforcé les outistes en réaction.
Thomas Baumgartner (3:06)
Et puis un moment clé, c'est les printemps arabes de 2011 Ça compte aussi dans l'histoire des outistes ?
Fanny Arlandis (3:11)
C'est à ce moment-là que le mouvement a commencé à se faire appeler ansarallah, les partisans de Dieu. Et ils ont profité ensuite du vide laissé par le pouvoir à la suite des printemps arabes et de la faiblesse du gouvernement de transition yéménite pour s'étendre militairement.
SPEAKER_3 (3:27)
Dans la foulée du printemps arabe, puis du départ négocié en 2012 de l'ancien président Ali Abdallah Saleh, l'instabilité du Yémen s'est nettement accentuée. Une opportunité pour les haussis.
Basés au nord du pays, ils sont en conflit ouvert avec l'État central depuis des années. Leur tour de force, formé dans leur fief, un puissant mouvement politique armé, Ansaroula, les partisans de Dieu.
Fanny Arlandis (3:50)
Les hésitistes ne pensent qu'à la guerre. C'est grâce aux combats contre le gouvernement yéménite qu'ils se sont renforcés, radicalisés au fil de nombreuses guerres.
C'est un groupe issu de la communauté zaïdite, une forme de chiisme. Leur projet est à la fois islamiste et autoritaire. Ils ont une ambition qui est très claire, c'est de contrôler tout et tout le monde et de s'étreindre.
Thomas Baumgartner (4:15)
Un projet qui va jusqu'à s'emparer de larges territoires, dont la capitale historique Sanaa. Et ça c'était en 2014, ils ont pris la capitale.
Et on peut considérer que c'est le début de la guerre civile.
Fanny Arlandis (4:26)
Oui, en 2014, les houtistes se sont emparés de Sanaa et ont chassé le gouvernement yéménite, qui s'est rendu donc à Aden dans le sud du pays. Ils ont pris le contrôle des institutions, de l'administration, de l'armée sur un tiers nord-ouest du pays.
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