La détresse des agriculteurs face à la crise climatique
L'Heure du Monde
October 1, 2026
Elevages décimés, cultures brûlées, anxiété économique… les vagues de chaleur et de sécheresse de l’été 2026 ont particulièrement accablé le monde agricole. Les productions de fruits et légumes et des grandes cultures céréalières sont en chute, et la profession à bout de souffle.
Speakers Claire Leys, Manon Rescan, Pierre Sely, Joël Limousin, Annie Genevard
TopicsDaily NewsNews
Claire Leys (0:02)
Bonjour à toutes et à tous, je m'appelle Claire Leys et il est l'Heure du Monde.
Aujourd'hui, pour eux, pour elles, cet été restera un très mauvais souvenir, rempli de stress, de fatigue et de perte de sens aussi parfois. Je parle des agricultrices et des agriculteurs. Comment ne pas se sentir démunis face à la succession de canicules qui ont affaibli voire tué les animaux et brûlé une grande partie des cultures ? Le bilan est lourd, plus de 10 milliards de pertes selon le président de la Fnsea, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles. Les agriculteurs s'apprêtent donc à subir une grande insécurité financière cet hiver. Pour y répondre, la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a annoncé le 4 septembre dernier un grand plan d'aide d'urgence. Mais ce plan apporte-t-il suffisamment de réponses à la crise ? Les politiques agricoles sont-elles adaptées aux changements climatiques ? Et enfin, comment les agriculteurs s'arment-ils contre les prochaines sécheresses qui les guettent ? Pour répondre à toutes ces questions, je reçois ma collègue Manon Rescan, spécialiste des questions agricoles. La détresse des agriculteurs face à la crise climatique, un épisode de Garance Muñoz et M'mah Barthélemy Bangoura, réalisation Florentin Baume.
Bonjour Manon.
Manon Rescan (1:30)
Bonjour.
Claire Leys (1:31)
Alors, pour la petite histoire, on avait envisagé de faire cet épisode ensemble avant l'été, parce qu'on avait très envie de parler avec toi de la manière dont les agriculteurs s'adaptent au changement climatique. Et puis finalement, on n'a pas eu le temps. L'été a passé et il s'est révélé encore pire que ce à quoi on s'attendait. Toi, tu l'as constaté auprès des agriculteurs lors de tes reportages, et donc aujourd'hui, on va évidemment parler d'adaptation. Mais d'abord, j'aimerais que tu nous racontes cet été catastrophique.
Quelles ont été les conséquences très concrètes pour les agriculteurs de la chaleur, de la sécheresse ?
Manon Rescan (2:06)
Alors d'abord, on va parler de la chaleur. La chaleur, ça a un impact très net sur le monde vivant. Et on le voit d'abord sur nous. C'est que quand il fait très chaud, on est très ralenti.
Et bien, c'est la même chose pour les végétaux et les animaux. Donc par exemple, une plante, quand il commence à faire très chaud, à un moment donné, à un stade de température, c'est pas la même pour toutes les plantes, elle va s'arrêter de grandir.
Pour un animal, c'est pareil. Par exemple, comme une vache qui va produire du lait, quand il fait très chaud, elle va produire moins de lait. Or, il a fait très chaud dans une période clé, puisque vous vous souvenez, la première canicule, c'était fin mai. Fin mai, on est au cœur du printemps. C'est le moment où justement se passe ce moment clé, qui est celui de la fertilisation, de la reproduction aussi du monde végétal. Or, et bien en fait, le coup de chaleur est venu stopper la croissance des plantes pile à ce moment clé de leur évolution. Et donc ça a eu un impact qui fait que il y a tout un tas de productions qui ne se sont pas développées comme elles devraient. Ensuite, il a fait très sec. C'est-à-dire qu'il a très peu plu. Il n'a quasiment pas plu en France depuis la mi-mai. Et ça, c'est terrible pour le monde végétal, surtout au moment où il a le plus besoin de croître, où il a plus besoin de grandir. Et donc, ça fait que la production agricole, de manière générale, a été réduite.
Claire Leys (3:18)
Et quand on parle de réduction, on ne peut évidemment pas encore estimer de manière très claire les pertes, mais par exemple, on peut dire que pour le maïs, qui a besoin d'énormément d'eau pour pousser, on estime les pertes autour de 35 % aujourd'hui, c'est ça ?
Manon Rescan (3:33)
Oui, c'est ça. En fait, les pertes aujourd'hui, on ne peut pas les évaluer complètement. D'abord, pourquoi ? Parce que la saison n'est pas terminée.
Les maïs, on est en train de les récolter. Donc en fait, les pertes de rendement, elles seront vraiment évaluées une fois que tout le maïs aura été récolté.
Ça sera autour de la mi-octobre. Et puis en fait, les pertes, elles vont s'échelonner dans la durée. Parce que par exemple, on peut avoir planté cet été ou au printemps des poireaux qui ont eu du mal à pousser. Et on verra vraiment qu'à la fin de l'automne, s'ils auront pris ou pas pris. On n'a pas encore dit mais la sécheresse, elle se poursuit. Aujourd'hui, on a encore de très nombreux départements en l'ère de sécheresse. En ce moment, c'est une période qui commence à être à nouveau clé pour la saison prochaine, pour l'agriculture, puisque en fait, on est en train de semer les prochaines cultures. Par exemple, en ce moment, on sème le colza. Donc s'il n'y a pas d'eau, ça ne va pas forcément lever de manière évidente.
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