Huit mois sur une île déserte : un Robinson Crusoé en lutte pour le vivant
L'Heure du Monde
September 18, 2026
En 2024, Matthieu Juncker, biologiste marin de profession, a concrétisé une envie qu’il avait depuis des années: partir seul sur une île déserte. Durant huit mois, il s’est installé sur un atoll inhabité de l’archipel des Tuamotu, en Polynésie française.
Speakers Thomas Baumgartner, Matthieu Juncker, Perrine Mouterde
TopicsDaily NewsNews
Thomas Baumgartner (0:02)
Bonjour à toutes et à tous, je suis Thomas Baumgartner et il est l'Heure du Monde.
Aujourd'hui, je vous amène au bout du monde, aux côtés du biologiste marin Matthieu Juncker. Il y a quelques temps, il s'est installé sur une île déserte. Instalé pour de bon tout seul dans une cabane, pour une expédition à la fois scientifique et poétique.
Matthieu Juncker (0:39)
C'était un rêve d'enfance, un rêve effectivement de cabane et d'immersion en pleine nature.
Thomas Baumgartner (0:45)
C'est le pied en fait, non ?
Matthieu Juncker (0:46)
J'ai envie de dire que c'est la raison originelle.
Et puis il y a eu effectivement un élément déclencheur beaucoup plus tard, qui a été un peu ce questionnement sur l'avenir de ces îles et des récifs. Et là en fait je suis passé un peu à l'action en m'engageant dans cette expédition.
Thomas Baumgartner (1:05)
Matthieu Juncker, ce nom vous dit peut-être quelque chose. Perrine Mouterde, journaliste au Monde, au Service Planète, lui avait consacré une page entière dans le journal. Pour L'Heure du Monde, elle nous raconte cette aventure solitaire inouïe qui, paradoxalement, dit aussi l'époque que l'on vit tous, collectivement, partout sur la planète.
Matthieu Juncker, un Robinson Crusoé en lutte pour le vivant, un épisode de Thomas Baumgartner réalisé par Thomas Zeng.
Matthieu Juncker (1:47)
Huit mois.
C'est long, huit mois. La titina. Je les entends encore me dire, c'est une prison ton île. Pour moi, au contraire, il n'y a pas plus bel espace de liberté, d'exploration, d'introspection aussi.
Perrine Mouterde (2:04)
Matthieu Juncker a dans l'œil un reflet particulier. Le reflet des passionnés, peut-être. Ou celui des allumés. C'est peut-être le reflet de quelque chose que le commun des mortels ne voit pas et qu'il serait seul à percevoir.
En 2024, Matthieu Juncker, biologiste marin de profession, est parti huit mois, tout seul. Il s'est installé sur un atoll inhabité de l'archipel des Tuamotu, en Polynésie française. Un périple fascinant. Quand on raconte son histoire, ça commence comme une légende, ou plutôt comme un roman.
Imaginez un homme seul, sur une île, dans sa cabane en bois. Et tout autour, l'immensité de l'océan Pacifique. Ça ressemble à une aventure, qui convoque Robinson Crusoé, autant que Seul au Monde, ce film où Tom Hanks échouait sur une île déserte, après un accident d'avion. Des références où le merveilleux côtoie la catastrophe.
Cette expérience, Matthieu Juncker, qui est habituellement basé à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, il l'a vécu. Et il l'a vécu volontairement. Il a donc construit sa cabane sur un îlot et il a observé pendant huit mois la faune, la flore et les menaces qu'elle subisse.
Matthieu Juncker (3:23)
L'objectif de l'étude, ça serait de partir de l'îlot Basse Vie ici, au sud, et puis de rayonner un peu partout dans le lagoon, mais en me concentrant tout de même sur la partie est et ouest.
Perrine Mouterde (3:34)
Il voulait voir en vrai ce qui se dit et ce qui se sait. Le réchauffement du climat, le réchauffement de l'eau, les récifs coraliens qui s'abîment, les oiseaux moins nombreux.
Il en a tiré un film, Seul sur l'Atole, journal d'un naufragé volontaire, réalisé avec Jérôme Raynaud, produit par Galaté Films, qui sera bientôt diffusé sur France Télévisions. Mais avant le Pacifique, avant les antipodes, et avant l'aventure, si on cherche les origines d'un tel périple, il faut remonter aux découvertes de l'enfance, et à ce qui se passait quand il n'y avait pas école.
Matthieu Juncker (4:14)
On avait la chance pendant les vacances de nous rendre dans le sud-ouest, en Gironde, pas loin de la région de Question la Bataille, Saint-Emilion.
Et puis là-bas, j'ai appris à pêcher avec des gaules, des bambous dans les talus du coin, et puis avec un enfant du village qui est devenu un de mes meilleurs amis. Et on allait pêcher dans un grand étang. À l'époque, on pensait que c'était vraiment un grand étang. Quand j'y retourne, je le trouve bien petit.
Et là, j'ai vraiment aîné la passion pour les milieux aquatiques. Les étangs là-bas sont quand même très turbides, très sombres. On ne voit pas ce qui se passe sous la surface, et c'est ce qui rend le mystère vraiment intéressant. Et puis, il y a toute une faune qui habite autour de ces étangs, des hérons, des couloirs vipérines. Et puis, on y trouve des carps, des brèmes, etc. Et dans les cours d'eau voisins. Et j'ai vraiment eu un amour pour la nature, une envie de la préserver, je crois. Je n'étais vraiment pas bien grand. Vraiment au cul de la courte, j'avais 7 ans, 8 ans. Et j'ai cultivé ça, en fait, dans les récits, puis après dans ce que je lisais petit à petit sur le milieu aquatique, des aventures du commandant Cousteau.
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