Enquêtes et documentaire-choc : ce qu’on sait des méthodes de l’armée israélienne à Gaza
L'Heure du Monde
October 14, 2026
« Naza », dans le jargon militaire israélien, signifie en hébreu « dommages collatéraux ».
Speakers Thomas Baumgartner, Benyamin Nétanyahou, Luc Bronner
TopicsDaily NewsNews
Thomas Baumgartner (0:02)
Bonjour à toutes et à tous, je m'appelle Thomas Baumgartner, et il est l'heure du monde.
Aujourd'hui, N-A-Z-A, Naza, ces quatre lettres désignent dans le jargon militaire israélien les dommages collatéraux. Mais il s'agit aussi du titre d'un film dont vous avez peut-être entendu parler de Naza, un documentaire choc de deux cinéastes israéliens qui leur a valu d'être accusé de trahison par le gouvernement de Benyamin Nétanyahou. Ce film, qui décrit comment et avec quelle méthode des civils palestiniens sont tués par l'armée israélienne à Gaza depuis octobre 2023, offensive lancée en représailles de l'attaque terroriste du Hamas du 7 octobre de la même année, a été projeté dans certaines salles en France lundi et mardi, et il sera bientôt disponible en ligne gratuitement. Alors, pourquoi ce documentaire provoque-t-il le scandale en Israël ? Que dévoile-t-il de l'offensive militaire à Gaza ? Et que nous dit la notion de dommage collatéraux, apparemment central dans cette guerre où la technologie a une place prépondérante ? Pour répondre à toutes ces questions, je m'entretiens avec Luc Bronner, qui est le correspondant du Monde à Jérusalem, et qui a justement enquêté sur le même sujet avec l'ONG israélienne Breaking The Silence. Enquête et documentaire choc, ce qu'on sait des méthodes de l'armée israélienne à Gaza, un épisode d'Esther Michon, réalisation Florentin Baume.
Nous sommes le 10 septembre 2026 à Venise, en Italie. Le film Naza vient d'être présenté à la Mostra, le prestigieux festival de cinéma. Dans la salle de projection, le public se lève, applaudit et applaudit encore.
Pendant 25 minutes, une ovation exceptionnelle pour un film qui bouleverse l'assemblée. Deux jours plus tard, le 13 septembre, ils remportent même le prix spécial du festival. Dans la foulée, le ministre de la Culture israélienne, Mickey Zohar, annonce vouloir déchoir de leur nationalité le réalisateur et la réalisatrice, Yuval Abraham et Rachel Szor. D'autres ministres du gouvernement s'insurgent et le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, a lui aussi son mot à dire.
Benyamin Nétanyahou (2:22)
C'est choquant. Nous combattons l'incitation antisémite à l'échelle mondiale et quand elle vient de notre propre camp, c'est intolérable.
Thomas Baumgartner (2:33)
Deux jours plus tard, à Savyon, une ville du centre d'Israël, une dizaine de militants d'extrême droite se réunit devant le domicile de la mère de la co-réalisatrice du film, Rachel Szor. Ils sont équipés de pancartes accusant les cinéastes de trahison.
L'un d'eux prend la parole et prévient.
SPEAKER_3 (2:52)
Nous mènerons des actions de protestation de manière systématique et légale auprès de tous leurs entourages au nom des soldats de Tzal, jusqu'à ce que l'ensemble de la société israélienne comprenne qu'aucune calomnie ne sera tolérée.
Thomas Baumgartner (3:12)
Bonjour Luc.
Luc Bronner (3:13)
Bonjour Thomas.
Thomas Baumgartner (3:14)
Ma première question est plutôt simple. Qu'est-ce que signifie Naza, ce N-A-Z-A dont on parlait ?
Luc Bronner (3:19)
Alors c'est l'acronyme d'un terme hébreu, Nezek Aghavi, qui veut dire dommage collatéral. Dommage collatéral, on sait que ça correspond au calcul réalisé par les armées, lorsqu'il s'agit notamment de frappes, pour évaluer le nombre de décès, de blessés dans ce type d'opérations.
Thomas Baumgartner (3:35)
Naza, c'est un terme qui vient du militaire, du jargon militaire.
Luc Bronner (3:39)
Oui, c'est un terme dont on ignorait l'existence, pour être honnête, avant la réalisation et la diffusion de ce documentaire. C'est un terme qui, pourtant, au sein de l'armée israélienne, est vraiment connu, pratiqué par un nombre important de soldats qui sont soit directement dans les opérations militaires, soit dans le renseignement. Parce que dans toutes les pratiques quasiment quotidiennes, aujourd'hui et au début de la guerre, qui étaient plusieurs dizaines à plusieurs centaines de fois par jour, il y avait ce calcul du nombre de victimes potentiels pour chacune des frappes qui étaient décidées à l'avance. Et donc, un des mérites de ce documentaire, c'est de faire émerger dans l'espace public une question qui n'existait pas jusqu'à présent.
Thomas Baumgartner (4:18)
Ce documentaire n'a pas encore été officiellement diffusé en Israël.
Luc Bronner (4:22)
Non, à ce stade, à part des Israéliens qui auraient eu des accès via internet, notamment des VPN, il n'y a pas de diffusion prévue, absolument pas évidemment à la télévision israélienne, qui depuis le 7 octobre est vraiment dans une couverture très patriotique de la guerre et de ses conséquences.
Ça ne sera pas le cas non plus dans les cinémas israéliens, en tout cas à ce stade, puisque le ministère de la Culture a fait pression très fortement sur les cinémas et qu'une partie de la population, par ailleurs probablement, réagirait violemment si ce documentaire devait être diffusé. Donc à ce stade, ce documentaire qui est un des premiers documentaires très forts sur la guerre de Gaza, vu du point de vue israélien, n'a pas de diffusion massive en Israël.
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