L’autre 11 septembre - La chronique de Mathilde Larrère dans La dernière
La dernière
September 13, 2026
Se souvenir du coup d’état de Pinochet le 11 septembre 1973 aidé par les USA. Pour ne pas oublier les victimes de la dictature. La chronique de Mathilde Larrère dans La dernière du dimanche 13 septembre 2026 sur Radio Nova.
Speakers Guillaume Meurice, Mathilde Larrère
Guillaume Meurice (0:00)
Vous écoutez Nova, Radio Nova. On parle de l'histoire de Bernard Arnaud. Ça tombe bien, l'histoire, elle connaît. Bagar d'historienne, ta collègue Mathilde Larrère est avec nous.
Mathilde, tu vas nous parler du 11 septembre. Les avions, les tours et tout ?
Mathilde Larrère (0:20)
Al-Qaïda ? Non, l'autre 11 septembre. Le 11 septembre 73, je vous préviens, c'est une chronique sérieuse. Je vais commencer par un discours.
Je m'adresse avant tout à la femme modeste de notre terre, à la paysanne qui a cru en nous, à l'ouvrière qui a travaillé dur et à la mère qui a su combien nous nous sommes engagés pour les enfants. Je m'adresse au personnel fonctionnaire, à ceux qui depuis des jours ont continué à travailler contre la sédition patronnée par les collèges professionnels, collèges de classe prêts à défendre les avantages qu'une société capitaliste offre à quelques-uns. Salut Bernard !
Je m'adresse à la jeunesse, à ceux qui ont chanté, ceux qui ont transmis leur gaieté et leur esprit de lutte. Je m'adresse à l'homme du Chili, à l'ouvrier, au paysan, à l'intellectuel, à tous ceux qui seront persécutés. Parce que dans notre pays, le fascisme est présent depuis un moment déjà. Et face à cela, le silence de ceux qui avaient l'obligation d'intervenir, ils étaient complices, l'histoire les jugera. Ils ont la force, ils pourront nous asservir, mais on n'arrête pas les avancées sociales, ni par le crime, ni par la force. L'histoire est à nous et c'est les peuples qui la font. D'autres hommes surmonteront ce moment sombre et amer où la trahison prétend s'imposer. Sachez que, plutôt qu'on ne le croit, les grandes voies où l'homme libre passera pour construire une société meilleure seront à nouveau dégagées. Alors, peut-être parmi vous, certains, certaines auront reconnu le président Salvador Allende. C'est son dernier discours.
Il s'exprimait à la radio dans le palais présidentiel de la Moneda, qui était alors bombardé par les forces du général Pinochet, qui le 11 septembre 1973 avait fomenté, avec l'aide des USA, avec l'aide de la CIA, avec l'aide du gouvernement nord-américain, enfin, pas le Canada, un coup d'état contre le gouvernement socialiste. Les généraux ont trahi, ils ont bombardé, Allende se suicide pour ne pas être arrêté. Dès le lendemain, la junte militaire dissout l'assemblée, suspend la constitution, interdit les partis politiques, supprime les libertés publiques. Commence de longs mois, de longues années de répression politique, près de 1800 personnes sont assassinées. En quelques semaines, des milliers d'autres sont arrêtés. Le stade national sera transformé en immense prison, où les prisonniers sont torturés, exécutés sommairement. Le poète et musicien Victor Jara est l'un d'eux. Au milieu des milliers de prisonniers, ils griffonnent furtivement des vers sur un bout de papier pour dénoncer la terreur et la dictature. So most think we're mille à qui ? Nous sommes cinq mille ici. Quel effroi provoque le visage du fascisme ? Ils appliquent leurs plans avec une précision sournoise On se souciait de rien, le sang pour eux vaut des médailles Le massacre est un acre d'héroïsme Aymeric au Cuba y el mundo Et le Mexique, Cuba et le monde Mais qu'ils crient cette ignomini Ainsi retentira notre poing levé de nouveau Ay, chante, tu ne me réussis pas quand je dois chanter les froids. Les militaires lui ont coupé les doigts qui jouaient si bien de la guitare pour chanter les victoires populaires et l'ont tué, le poème a été caché par des codettes nues et nous est parvenu. Suivront 16 ans de dictature, 3 200 morts ou disparus.
A toutes les victimes, à toutes les morts, à toutes les mortes, à tous les exilés, à toutes les exilés, à la grand-mère de mon fils Carmen Lechuga qui a réussi à s'échapper, c'était une journaliste communiste, à mon fils dont le second prénom est Aliende, je dédie cette chronique. Je la dédie aussi aux Chiliens et aux Chiliennes qui avant-hier et hier sont descendus dans la rue pour rendre hommage aux victimes. C'était la première fois depuis la chute de la dictature que cet hommage n'était pas organisé officiellement. Il a même été interdit par le nouveau président d'extrême droite du Chili. Ils sont descendus dans la rue, ils se sont fait gazer, ils se sont fait taper, ils se sont fait arrêter. On pense à vous. Mais quand même pour terminer La Alhambra, on va terminer sur une note plus positive. Et je vous propose de reprendre le chant des quilla payounes. Parce que le 11 septembre 1973, ce groupe de musique, les quilla payounes, qui avait chanté l'espoir de la victoire, puis la victoire en 70, qui avait chanté la lutte du peuple, ben ils étaient en France. Et ils étaient en France pourquoi ? Parce qu'ils étaient invités à la fête de l'Huma. En fait, la fête de l'Huma les a sauvés.
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