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Que signifient vraiment les lignes de Nazca ? - NOTA BENE artwork

Que signifient vraiment les lignes de Nazca ? - NOTA BENE

Nota Bene

October 4, 2026

Si on lui demande “quelle est la plus grande œuvre d’art du monde”, un fan de Lego dira forcément: "c’est évident, c’est les 21 m de fresque à Brest, avec ses 250.000 legos"!

Speakers Benjamin Brillaud

TopicsHistorySociety & Culture

Benjamin Brillaud (0:02)

Si on lui demande quelle est la plus grande oeuvre d'art du monde, un fan de Lego dira forcément, bah c'est évident, c'est les 21 mètres de fresques à Brest, avec ses 250 Lego. D'autres pourront citer les 182 mètres de haut de la statue de l'unité en Inde, ou encore la city de Michael Heizer, une oeuvre de 2,4 km de long en plein désert du Nevada. Mais si je vous disais que tout ça, c'est du pipi de chat, face à ce qu'on trouve au Pérou. Et oui, aujourd'hui on va parler des lignes de Nasca. 1300 km de long, ça va être compliqué à battre comme record. Sauf que... est-ce que c'est vraiment une oeuvre d'art ? Est-ce que ce serait pas plutôt un site religieux ? Un repère spatial ? Une carte des eaux souterraines ? Une carte du ciel ? Et bien tout ça, c'est difficile à dire.

La région de Nazca se situe à 400 km au sud de Lima, la capitale péruvienne. Ces lignes, ou plutôt ces geoglifs, englobent plusieurs centaines de dessins gigantesques tracés sur la surface du désert.

Ils sont si grands qu'ils ne sont visibles que depuis une certaine hauteur. Et s'ils avaient été déjà mentionnés ici ou là par des observateurs attentifs, c'est donc seulement en 1926 qu'un archéologue péruvien, Toribio Meia-Respé, a officiellement établi leur découverte. Au total, Nasca compte aujourd'hui plus de 1170 tracés différents qu'on va classer en trois catégories. D'abord, il y a les lignes droites. On en compte environ 800 et la plus longue fait près de 50 km de long. Puis il y a à peu près 300 tracés géométriques. Ce sont beaucoup de spirales mais il y a aussi des triangles, des parallèles épipèdes, des flèches, etc etc. Certaines de ces formes mesurent plusieurs kilomètres de large. Enfin, il ne faut pas oublier les 70 dessins figuratifs. Là, on parle de dessins biomorphiques parce qu'ils ont la forme du vivant. On retrouve des plantes, des animaux, des oiseaux. Ce sont les plus connus avec par exemple le condor, le colibri, le serpent, l'araignée et le singe. On compte même quelques figures anthropomorphiques spécifiquement liées à l'être humain. Par exemple, une main, une paire de jambes, une divinité et une silhouette très célèbre qu'on surnomme l'astronaute. Et à ce propos, ça n'a absolument rien à voir avec un astronaute. Avec ses yeux écarquillés, cette figure représente probablement le dieu Ibu, une figure préhispanique récurrente qui est liée à la pluie et à l'eau.

Ah, et d'ailleurs, ce dieu Ibu, c'est un pétroglyphe. Et oui, parce que réalisé sur le sol, on appelle ça un géoglyphe, mais gravé dans la roche, on appelle ça un pétroglyphe. Bon, c'est un détail, ce qu'il faut retenir, c'est que ces dessins gigantesques, on n'arrête pas d'en découvrir de nouveau.

Par exemple, en 2020, on a une équipe d'archéologues qui a détecté un dessin de félins de près de 37 mètres de long. Et si les découvertes continuent, c'est parce que Nasca forme une zone très étendue, de plus de 753 km².

Pour la plupart des tracés, c'est facile. Ils sont situés sur la côte, dans le bassin fluvial des rivières Grande de Nazca et Ingenio. Mais un grand nombre sont dans des zones plus difficiles d'accès, au nord, comme les collines de Palpa ou la Pampa de Jumana. Et là, on parle de conditions extrêmes, avec un désert aux températures très élevées, où il ne pleut quasiment jamais, avec un taux d'humidité parmi les plus bas de la planète. Et si c'est ce climat qui a permis la réalisation et la conservation des lignes, c'est aussi lui qui rend l'enquête plus difficile.

Mais bon, on ne va pas se plaindre, d'autant que les lignes de Nazca sont un véritable portail pour découvrir toute une civilisation méconnue.

Ces lignes ont été réalisées sur une durée assez longue. Là, on parle de près de 1400 ans. Ça nous emmène de la période Chavin, du IXe au Vème siècle avant notre ère, jusqu'à la période Nasca, du Ier siècle avant notre ère jusqu'à l'an 700 environ. Les plus anciens géoglyphes datent vraisemblablement de 800 avant notre ère environ, et ce ne sont que quelques silhouettes simples formées d'empilements de pierre. Certaines ont sans doute été effacées volontairement pour laisser place à de nouveaux tracés. Les plus récents n'ont absolument rien à voir. La datation carbone de poteaux de bois et de restes organiques retrouvés sur place les situe au VIIe siècle de notre ère, et ils sont réalisés par une autre civilisation qui se développe alors dans la région, les Nazca.

Les Nazca sont issus de la culture Paraca, établie plus au nord. C'est l'une des nombreuses civilisations sud-américaines qui existait bien avant l'émergence de l'Empire Inca. Leur atout, c'est de s'être installés dans les bassins fluviaux pour créer une agriculture intensive basée sur l'irrigation. Et c'est comme ça que leur civilisation a pu devenir florissante dans une région pourtant particulièrement inhospitalière et aride. Si nos connaissances à leur sujet sont limitées, on estime que leur population était répartie en différents villages, mais tous connectés entre eux par des échanges économiques, une culture et une religion commune. Contrairement à ce qui a pu être avancé dans les années 1970, les Nazca ne semblent pas avoir constitué d'états centralisés. En revanche, ils entretenaient des relations commerciales avec des peuples des Andes, vu que leurs textiles sont réalisés avec de la laine de l'ama, et que cet élevage ne peut être fait que dans des zones de montagne. Mais alors, comment on sait tout ça ? Et bien, parce que les Nazca n'ont pas laissé que des grands géoglyphes derrière eux, mais aussi toutes sortes d'autres traces archéologiques qui sont précieuses pour nous. On connaît leur culture et leur religion à travers leur production de céramiques particulièrement raffinées, caractérisées par l'usage de couleurs vives et variées. C'est également le cas de leurs métalliques, mais aussi leur textile avec ses riches broderies, ses tapisseries et ses brocares. Tous ces artefacts comprennent de nombreuses figures de félins qui semblent importants aux yeux des Nazca. Mais leur culte principal semble être celui du dieu masqué, qui lui aussi apparaît très souvent et qui incarnerait la puissance de la nature. On l'associe à l'eau et à la fertilité des récoltes, et d'ailleurs c'est le cas de beaucoup de divinités Nazca. Et ça n'a rien d'étonnant vu leur important système d'irrigation. Il a si bien été réalisé, qu'il est d'ailleurs encore en usage aujourd'hui.

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