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Les sorcières se droguaient ? - Avec Zoë Dubus - EXTRAIT

Nota Bene

September 30, 2026

Dans notre société, les drogues sont souvent mal vues. Mais ça n’a pas toujours été le cas, et c’est ce dont on a parlé avec Zoë Dubus, une historienne spécialiste de la question, dans un entretien qui sera disponible sur le podcast d’ici quelques jours.

Speakers Benjamin Brillaud, Zoë Dubus

TopicsHistorySociety & Culture

Benjamin Brillaud (0:01)

Mes chers camarades, bien le bonjour ! Dans notre société, les drogues sont souvent mal vues, mais ça n'a pas toujours été le cas, et c'est ce dont on a parlé avec Zoë Dubus, une historienne spécialiste de la question, dans un entretien qui sera disponible sur le podcast dans quelques jours. Les traces de consommation de ces substances, on les retrouve dès l'Antiquité et ça continue au Moyen Âge. Par exemple, le mythe de la sorcière qui vole sur son balais, ça viendrait de là. Et je vous avoue que perso, je m'y attendais pas du tout, et Zoë vous l'expliquera bien mieux que moi. Alors je lui laisse la parole. Bonne écoute !

Zoë Dubus (0:34)

Il n'y a pas de mot pour décrire en latin un problème lié à la consommation d'ocume. Par contre, on a une dizaine de mots pour décrire la même chose pour l'alcool. Ça, c'est intéressant. Ça montre que dans cette société-là, il y avait des savoirs et des règles qui faisaient que l'usage d'opium était un peu plus maîtrisé que l'usage d'alcool. Mais en tout cas, il n'y a pas de condamnation morale et tout va changer au moment où l'église chrétienne va prendre le rôle d'organisation de la société, donc autour du quatrième, cinquième siècle de notre ère à nous. Et là, toutes les modifications de l'esprit sont interdites, même pour l'alcool, c'est-à-dire que même si le vin entre dans le culte, on n'est pas censé être ivre. Et la raison pour ça, c'est que la raison justement, la conscience, c'est un don de Dieu. Et donc modifier son état de conscience, c'est forcément un acte diabolique. C'est soit que le diable essaye de rentrer en nous et nous fait faire des choses mauvaises, soit que c'est nous qui consommons des substances pour être en relation avec lui. Donc l'Église interdit toutes ces pratiques-là. On va arrêter d'importer du cannabis. Alors le chanvre reste une substance qui est très utilisée en France, mais le chanvre, c'est la partie du cannabis qui a peu de propriété psychotrape, donc qui est peu riche en THC.

Mais on arrête d'importer le cannabis riche en THC justement. L'opium est de moins en moins utilisé en médecine et puis on interdit du coup l'usage de toutes les autres substances qui peuvent pousser chez nous, notamment les délirogènes.

Benjamin Brillaud (1:57)

On peut le voir aujourd'hui quand on interdit un truc, ce n'est pas pour autant que ça disparaît, donc est-ce que ça disparaît à l'époque ?

Zoë Dubus (2:03)

Les substances qu'on importe plus, elles disparaissent progressivement. En plus, on détruit certainement beaucoup de livres qui présentaient ces usages-là, où on ne traduit plus, etc. Mais par contre, il y a plein de plantes qui poussent chez nous, la Béladone, la Jusquiam, ensuite le Datura. Toutes ces substances-là, c'est des délirogènes. Alors les délirogènes, c'est des substances, ce n'est pas comme les psychédéliques, c'est des substances qui plongent vraiment dans un délire. On ne se souvient pas qu'on a pris un produit et on vit vraiment ces hallucinations.

Et ces substances-là, elles restent consommées. Alors pour plein de types d'usages, pas forcément à des dosages qui sont délirogènes, pour des usages thérapeutiques, pour des usages cosmétiques aussi. Par exemple, la Béladone, ça s'appelle comme ça parce que ça dilate les pupilles. Donc les femmes, notamment en Italie, mettaient des gouttes de Béladone dans leurs yeux pour avoir les yeux très noirs. Donc Béladone, ça veut dire belle femme.

Voilà, il y a plein d'usages comme ça. Les gouttes dans les yeux, ça faisait certainement pas d'effet psychotrope très intense.

Mais peut-être qu'il y a aussi des usages, par exemple chez les sorciers et les sorcières, là, des doses beaucoup plus fortes. Malheureusement, c'est très difficile à documenter puisque c'est des communautés qui ne passent pas par l'écrit. Donc les seules traces qu'on a des possibles usages de psychotrope de ces personnes, c'est lors des procès de sorcellerie où on s'outirait des informations à travers la torture, où on plaquait aussi des représentations justement très diaboliques sur des pratiques qui étaient peut-être pas du tout réelles mais qu'on attribuait à ces personnes-là. Donc c'est des sources qu'il faut vraiment travailler avec des pincettes. C'est assez compliqué de savoir ce que les sorciers et les sorcières consomment vraiment. Mais comme il y a ces plantes qui poussent, il y a des champignons hallucinogènes aussi qui poussent en France, naturellement, donc c'est possible qu'elles en aient consommé mais c'est très difficile à préciser. On pense que le mythe des sorcières qui volent sur un balai, c'est lié à ce type de consommation-là parce que les sorcières pouvaient faire un ongant, donc une espèce de pâte, avec des délirogènes qu'elles enduisaient des bâtons déballés avec ça. Et ensuite, au moment des fêtes du sabbat, donc qu'elles tournaient autour d'un feu, on pense en tout cas qu'elles faisaient ça, elles tournaient autour d'un feu en chevauchant ses balais ou ses bouts de bois. Et le truc, c'est que les femmes jusque début du XXe siècle, elles portaient pas de culottes sous leurs robes. Et donc du coup, le sexe en contact avec les bâtons enduits de ces pommades faisait que ça absorbait les substances psychotropes et donc peut-être qu'elles avaient vraiment l'impression de voler sur des balais et d'être en relation avec le diable, etc. Donc le mythe des sorcières qui volent, c'est certainement dû à ça.

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