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Les origines de la Mafia - NOTA BENE

Nota Bene

September 27, 2026

Quand on dit « Mafia », on dit beaucoup plus de choses que quand on parle simplement de la pègre, du milieu du crime organisé. Le mot est super chargé: la Mafia, ça porte un imaginaire, une esthétique, un récit qui doit évidemment beaucoup au cinéma de Francis Ford Coppola ou de Martin Scorsese.

Speakers Benjamin Brillaud

TopicsHistorySociety & Culture

Benjamin Brillaud (0:02)

La langue française usuelle, celle des dictionnaires, représente à peu près 35 mots. Bon, c'est nettement plus quand on ajoute des mots chelous, comme astragal ou foutriquet, mais 35 000, c'est déjà pas mal.

Du côté des fournisseurs, le latin arrive en tête. On a 80 % du vocabulaire tout de même. Mais comme la langue française a une belle tradition d'accueil, le français compte aussi 15 % de mots étrangers. Beaucoup d'anglais, mais pas mal d'italien aussi. Et là, tout le monde pense tout de suite à pizza.

Enfin, moi je pense tout de suite à pizza en tout cas. Mais l'Italie des mots, ça ne sent pas que le risotto et la mozzarella. Parfois ça respire aussi le crème et la poudre. Et si je vous dis Mafia, il y a des chances pour que ça vous évoque tout de suite une flaque de sang qui sèche au soleil. Ça reste rouge, mais c'est plus de la sauce tomate.

Quand on dit Mafia, on dit beaucoup plus de choses que quand on parle simplement de la paigre, du milieu du crime organisé. Le mot est super chargé. La Mafia s'apporte un imaginaire, une esthétique, un récit qui doit évidemment beaucoup au cinéma de Francis Ford Coppola et de Martin Scorsese. Quand on voit les affranchis ou quand on passe toute la nuit devant la trilogie du parrain, ça forge une vision de la Mafia en général et de la Mafia italo-américaine en particulier. Avec Marlon Brando, Al Pacino ou encore Robert De Niro, Hollywood installe un paquet de clichés. La Mafia vue par Hollywood, c'est un crime en costard qui hésite toujours entre le minable et une élégance de façade. On fait péter des rotules pendant que les marmites de pâte bouillent dans l'arrière cuisine. D'accord, mais avec un œillet à la boutonnière et un chapeau à 500 balles.

C'est l'image de la mafia et liée aux Etats-Unis par notre imaginaire, c'est pourtant, on le sait bien au fond, un produit d'importation. Parce que la mafia américaine, c'est à peu près aussi italien que les pâtes à la carbonara. Les mafias italiennes, on peut grosso modo en distinguer trois. Il y a la Camorra, c'est à dire la mafia napolitaine. Il y a la Drangheta, celle qui a vu le jour en calabre, à la pointe de l'Italie. Mais la toute première, celle des origines, c'est la Cosa Nostra, la mafia sicilienne, celle qui a donné ses lettres de gloire au mot mafia.

Enfin de gloire, moi je veux pas d'ennui, mais c'est quand même une gloire légèrement problématique. En tout cas, revenir aux origines de la première mafia, c'est se poser une question à laquelle on va tenter de répondre, en priant pour que je ne me retrouve pas avec une tête de cheval mort dans mon lit. Pourquoi la mafia naît au 19e siècle en Sicile et pas ailleurs ? Parce qu'après tout, elle aurait pu voir le jour n'importe où non ? Le crime organisé, ça n'est pas propre à l'Italie. L'idée des brigands qui forment une société bien à eux, ça n'a rien de spécifiquement sicilien. Les bandes qui tournaient autour de cartouches ou de mandrin, les pirates des Caraïbes, les cartels du Mexique ou de Colombie, tout ça, ça n'a rien de méditerranéen en soi. Alors, pourquoi au XIXe siècle et pourquoi en Sicile ? Qu'est-ce qui explique que c'est là que cette forme particulière de crime organisée voit le jour ? Le premier facteur à prendre en compte, c'est qu'on fait difficilement plus bordélique que la Sicile du XIXe siècle. Et grâce à qui ? A notre bon vieux Napoléon Bonaparte, évidemment ! Gloire à la France, on est partout ! En 1806, quand les troupes de l'empereur commencent à rouler sur l'Italie, la Sicile appartient au royaume de Naples, et c'est une société dont le fonctionnement repose sur des bases encore bien féodales. Napoléon, qui a le sens de la famille, décide alors d'installer son propre frère sur le trône de Sicile. Joseph Bonaparte, c'est son petit nom, sera bientôt remplacé par un de ses généraux, Murat. Les deux hommes appliquent alors le code civil qui a déjà vu le jour en France. Ils suppriment aussi le système féodal qui règne encore en Sicile, avec une société d'ordre et de privilèges qui ressemble à notre ancien régime. En soi, tout ça c'est assez logique, mais on ne bouscule pas comme ça un fonctionnement millénaire, surtout quand on débarque les armes à la main. Napoléon fait disparaître une organisation sociale profondément inégalitaire, d'accord, mais sans la remplacer par un système solide. Comme il n'y a pas vraiment de nouvelles structures sociales pour remplacer celles qui viennent de péter, et bien ça créé une sorte d'appel d'air. Et quand ce n'est pas l'Etat qui s'en occupe, pour savoir qui répartit le pouvoir, les terres et les richesses, et bien le seul moteur qui fonctionne efficacement, c'est la violence. Alors attention, je ne dis pas que c'est bien, je dis que c'est efficace.

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