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[EXTRAIT] L’opportunité qui rapporte peut aussi vous enfermer | Johan Creten (Perrotin) artwork

[EXTRAIT] L’opportunité qui rapporte peut aussi vous enfermer | Johan Creten (Perrotin)

TheBoldWay

September 14, 2026

Une proposition peut rapporter beaucoup d’argent et vous éloigner de la carrière que vous voulez construire. Johan Creten raconte le choix décisif d’un jeune artiste confronté à ce dilemme.

Speakers Johan Creten, Adrien Garcia

TopicsBusinessArts

Johan Creten (0:00)

Celui qui pense en dehors des règles, celui qui essaye de questionner différemment, n'importe si c'est un écrivain, un poème, un journaliste, un podcasteur, et c'est ça cette liberté pour laquelle il faut aussi se battre.

Adrien Garcia (0:14)

Qui es-tu ? Que fais-tu ? Et qu'est-ce qu'on va apprendre et découvrir aujourd'hui ?

Johan Creten (0:18)

Qui est-ce que je suis ? Je ne le sais pas. Je pense que c'est une des choses qui me motif aussi dans ma vie, découvrir qui je suis, qui sont les autres, et pourquoi on est là en 88, où je dis, regarde ce qui va se passer avec le monde, c'est que cette chose-là va transformer l'esprit.

Adrien Garcia (0:38)

J'en parlais hier soir avec mes parents, que les réseaux sociaux nous cuisaient la cervelle et que ça nous rend incapable maintenant d'avoir de l'attention sur le temps long, de pouvoir lire à nouveau, etc.

Johan Creten (0:47)

Tout commence avec le décès de mon père, qui est mort il y a trois ans. À ma mère et mes sœurs, il a laissé un hangar dans lequel il a entassé depuis les années 80 des ordinateurs.

Adrien Garcia (0:59)

Comment est-ce qu'on devient, on décide, ou comment ça te tombe dessus de devenir artiste ? Comment tu l'as vécu les années où tu gagnais pas ta vie, les doutes, tout ça, j'ai un peu compris.

Johan Creten (1:08)

Je me retrouve dans un couloir de ministère et je commence à pleurer parce que je suis à Paris, j'ai tout, j'ai l'atelier, je peux travailler, mais je n'ai plus de sous.

Adrien Garcia (1:19)

Toi, tu as envie de laisser quoi ?

Johan Creten (1:21)

Il me prend vraiment pour un vieux monsieur. L'histoire est toujours la même. Je fais, ça se vend, et tout ce que je vends, je réinvestis moi-même dans mon travail.

J'ai toujours eu la chance, et ça, c'est super important, on n'a pas parlé d'avoir des collectionneurs.

Adrien Garcia (1:44)

T'as toujours eu des collectionneurs ?

Johan Creten (1:45)

Parce que, depuis mon histoire, devant le magasin où j'ai vendu, j'ai toujours, même dans des périodes où je faisais des choses que le grand public ou le public avait du mal, que j'ai toujours eu des collectionneurs, dont des gens comme Peter Marino, je ne sais pas si le nom te dit quelque chose, Peter Marino a acheté beaucoup de mes œuvres, vit avec mes œuvres, les a placées dans des grands projets.

Ces types de collectionneurs sont super importants parce que c'est ça qui te fait manger. Ils t'ont suivi toujours. Mon problème, c'est par exemple, quand je suis rentré chez Robert Miller à New York, que tous mes collectionneurs belges, qui étaient professeurs, notaires, ils n'avaient plus les moyens. Ils n'avaient plus les moyens. En venant chez Perrotin, il y avait toute une partie de mes collectionneurs qui ne pouvaient plus suivre. Et donc, c'est là où c'est évidemment aussi à chaque fois un exercice. Par exemple, on parlait tout à l'heure de l'angoisse de la situation générale du monde.

Quand on a beaucoup de collectionneurs étrangers et les droits de douane changent, ça fout le bordel. Quand on a beaucoup de gens étrangers, c'est compliqué. La guerre d'Ukraine, elle a compliqué les choses.

Adrien Garcia (3:28)

Elle casse le marché. En tout cas, elle te coupe de certains marchés.

Johan Creten (3:33)

Elle t'oblige à être à nouveau inventif et à trouver d'autres solutions. Soupir.

Adrien Garcia (3:43)

Non, non, je regarde mes notes.

Johan Creten (3:48)

Mais effectivement, être soutenu par des gens de musée, par des collectionneurs, par ces marchands est super important. Ça sert, mais ça se construit.

Adrien Garcia (4:04)

D'ailleurs, tu le construis comment et tu l'entretiens comment ?

Johan Creten (4:09)

La différence, c'est que c'est un boulot. C'est un boulot ou c'est une amitié. Parce qu'avec certains collectionneurs, tu construis des amitiés. Et c'est des gens qui... Là, il y aura des gens demain qui vont, et après demain, qui vont venir de Hollande, de Belgique, spécialement pour moi qui n'ont pas forcément les moyens, mais qui vont venir pour voir l'expo et me soutenir, qui sont des collectionneurs, qui sont vends, ont des œuvres achetées tous les deux, trois ans. Mais ça s'entretient. Moi, au début, c'était à la main. Après, c'était une base de données. Maintenant, c'est une base de données sophistiquée en disant, regarde, il y a mes 2000 collectionneurs, renvoyer des messages, reprendre contact, etc. Maintenant, c'est Instagram. C'est essayer de trouver aussi un lien avec les jeunes artistes. Moi, je soutiens, je vais voir, j'achète si je peux.

Je vais voir les expos, je vais voir les foires, même si je n'y suis pas.

Je prends des risques. J'ai fait une expo à Istanbul. On a énormément vendu.

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