[EXTRAIT] Jusqu’à vivre dans son atelier : le prix d’une passion | Matéo Garcia (Matéo Garcia Audio)
TheBoldWay
September 19, 2026
« J’ai dû vivre dans mon atelier parce qu’en fait, tout passait dans le projet. » Une cabane dans l’atelier, des nuits à expérimenter, tout son argent investi dans ses enceintes. Matéo Garcia raconte ce moment où créer prend littéralement toute la place.
Speakers Matéo Garcia
Matéo Garcia (0:00)
Le seul objet vraiment de valeur qu'il y avait à la maison, si on nous cambriolait, le seul truc à prendre, c'était l'empli à la paire d'enceintes qu'ils avaient achetées. T'es né où, t'as grandi où, c'était quoi le contexte familial quand t'étais petit, et comment t'es tombé dans le son ? Malheureusement pour mon frère, je voulais toujours comprendre ce qu'il y avait derrière les objets, donc j'ai démonté. Tu peux nous faire un petit cours d'histoire du son ? Cet objet, l'enceinte, comment ça fonctionne ? L'être humain s'est rendu compte du vertige que c'était de pouvoir réécouter ultérieurement une voix, parce que ça questionne le rapport à l'immortalité, à la mort etc. J'avais eu un peu un déclic en voyant les gens danser devant un dispositif autonome, sculptural, devant une espèce d'architecture dans une architecture, comme une espèce de locomotive sans conducteur, comme ça lancé. Votre driver c'était quoi ? C'était de l'expérimentation ? On voulait vraiment faire vivre quelque chose d'exceptionnel au public qui venait. On voulait un peu choquer les gens. Tu te projettes dans quoi ? À cet âge-là, il y a ce côté, tu kiffes, tu as plein de rêves dans la tête. Ça va être quoi ta vie ? Comment je vais gagner ma croûte ? J'ai toujours rêvé un peu secrètement de monter une petite entreprise qui tourne. Ça a toujours été une sorte de fantasme. Votre vocation, c'est quoi ? C'est faire que des événements ? Ou c'est aussi de faire du matériel que tout le monde peut acheter ? Ou faire des gros chantiers ? C'est quoi la vision que vous avez pour cette boîte ? Aujourd'hui, on a besoin de marques qui sont incarnées par un projet sincère et puissant. J'ai dû vivre dans mon atelier parce qu'en fait tout passait dans le projet. Chaque fois, dans tout ce que j'ai fait jusqu'à très récemment, la totalité du temps et du budget était consommée dans son maximum des ressources pour faire le truc le plus fou possible.
Toutes l'argent passait dans le projet. Moi, à ce moment-là, j'ai dû aussi, je vivais en colocation. J'ai dû vivre dans mon atelier parce qu'en fait, tout passait dans le projet. Et je pense aussi que c'était un peu un rêve de me construire un macamane. Donc, je me suis construit mon habitat dans mon atelier. Donc, je me suis construit une mécanine. J'ai amené l'eau, l'électricité. Je me suis fait mon évacuation. Je me suis créé une espèce de cabane dans mon atelier. Et ça me permettait de pouvoir travailler tout le temps, de faire des écoutes tout le temps, tard, de faire plus de faits, d'être vraiment à fond, à fond, à fond dans ma pratique et du coup, de ne pas dépenser d'argent dans un loyer parce que tout passe là-dedans.
Et donc, d'embrayer vraiment la deuxième et sur ce sujet-là, et finalement, aussi progressivement, de faire le choix de ne faire que ça. Et à ce moment-là, j'ai commencé à arrêter de faire du design d'objets. J'en faisais encore un petit peu.
Je continuais aussi dans des petites missions conseils, par ci par là, parce que ça gagnait quand même bien. Et petit à petit, j'ai arrêté tout ça pour me consacrer uniquement à cette recherche de formes, sculptures, design et sons.
Et eux avaient des savoir-faire qui étaient au-delà de moi mes savoir-faire que j'avais. Et donc ça m'a permis d'aller plus loin dans l'objet, dans les finitions de l'objet, dans des matériaux que j'utilisais pas ou des choses comme ça.
Et après, petit à petit, j'ai eu de plus en plus de clients, donc ça restait quand même globalement des petits clients. Et en sortant un jour de la maison du haut-parleur, je recroise Marcello qui venait manger à nos dîners à l'époque et qui me dit écoute, moi je suis en train de finir un projet qui est full béton et vert, qui est très compliqué acoustiquement, donc si ça t'intéresse, je te donne les clés du chantier. Oui, le chantier, c'est à toi de répondre à ce truc-là. Est-ce que tu acceptes ? Je dis oui, oui, à fond, ça m'intéresse. À ce moment-là, j'allais beaucoup à la Maison du haut-parleur, je faisais des écoutes, j'y discutais avec eux, c'était hyper intéressant. Maison du haut-parleur, c'est quoi ? C'est une boutique ? La Maison du haut-parleur, c'est une boutique qui fait de la vente d'enceintes, de la restauration d'enceintes, qui est hyper intéressante parce qu'ils n'ont pas ce statut que peuvent avoir certaines boutiques de sons, de cette tête où ils vendent rien en dessous d'un certain prix ou si on vient avec une vieille enceinte Bose, ils vont se moquer. Eux, ils jugent personne et si on veut du très haut de gamme, ils peuvent en proposer. Si on a une enceinte, même Bluetooth connectée, qui ne marche plus, ils vont essayer de la réparer. Et franchement, c'est précieux et moi au départ, quand j'ai commencé à vouloir m'intéresser vraiment à la précision du son, ils ont été de très bons conseils et c'est vraiment le partage. Donc, très intéressant. Et quelque part, c'est avec eux que j'ai fait ce premier modèle pour Marcelo, qu'il n'a toujours pas. Parce qu'en fait, on a commencé à travailler ensemble, on s'est super bien entendu, je pense qu'on a aimé ensemble cette complicité. Lui, il est beaucoup plus âgé que moi, il a 60 ans passé et je pense qu'il y a eu un match intéressant et il m'a proposé qu'on crée ensemble une marque audio plutôt que je me développe comme un artiste plasticien qui fait des enseignes sculpture pièce unique, ce que je faisais. Et moi, en fait, j'ai toujours rêvé un peu secrètement de monter une entreprise, une petite entreprise qui tourne. Je pense que ça a toujours été une sorte de fantasme. Même quand j'étudiais justement l'histoire de JBL et d'Altech, il y avait ces images du hangar, de ses premiers hangars, où il y avait ce nom Lansing, puis Altech Lansing, puis JBL, enfin James Hulot Lansing, puis JBL, etc. Et ces images de l'intérieur de ces usines avec les gens qui fabriquent les pavillons, etc. C'est des choses qui m'ont toujours fasciné. Là-bas, j'ai une photo imprimée de la petite usine. Et quand lui m'a parlé de ça, tout de suite, ça m'a parlé, ça m'a excité. C'était un peu un rêve. Et tout seul, je savais que j'y arriverais pas. J'ai toujours besoin de travailler avec d'autres gens. Les quelques fois ou pendant quelques années où je me suis retrouvé seul, je me suis assez vite ennuyé. J'ai besoin d'être confronté à un autre regard, une autre pratique, une autre vision. C'est de cette tension-là que je trouve que les choses sont les plus intéressantes. En tout cas, moi, je sais que j'ai besoin de ça. Et je voyais que lui allait pouvoir apporter aussi ce qui manquait en termes de, justement, comment on monte une entreprise. Je voyais que la manière dont on avait monté nos premières boîtes à des moments avait été bancale sur la manière de la tenir, de la gérer, de faire qu'elle dure dans le temps. Et donc, je sentais avec lui que c'était à la fois quelqu'un d'entrepreneur, mais aussi d'extrêmement créatif. Et je pense que c'est très rare d'avoir un peu ce mélange de profils.
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