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[EXTRAIT] Cinq minutes pour faire basculer une vie d’artiste | Johan Creten (Perrotin) artwork

[EXTRAIT] Cinq minutes pour faire basculer une vie d’artiste | Johan Creten (Perrotin)

TheBoldWay

September 12, 2026

Un appel de New York, un billet d’avion offert, puis une dizaine d’œuvres achetées en cinq minutes. Johan Creten raconte sa rencontre avec Robert Miller, le marchand de Louise Bourgeois et de Mapplethorpe, et les portes qu’elle lui a ouvertes.

Speakers Johan Creten, Adrien Garcia

TopicsBusinessArts

Johan Creten (0:00)

Celui qui pense en dehors des règles, celui qui essaye de questionner différemment, n'importe si c'est un écrivain, un poème, un journaliste, un podcasteur. Et c'est ça, cette liberté pour laquelle il faut aussi se battre.

Adrien Garcia (0:14)

Qui es-tu ? Que fais-tu ? Et qu'est-ce qu'on va apprendre et découvrir aujourd'hui ?

Johan Creten (0:18)

Qui est-ce que je suis ? Je ne le sais pas. Je pense que c'est une des choses qui me motif aussi dans ma vie, découvrir qui je suis, qui sont les autres, et pourquoi on est là en 88, où je dis, regarde ce qui va se passer avec le monde, c'est que cette chose-là va transformer l'esprit.

Adrien Garcia (0:38)

J'en parlais hier soir avec mes parents, que les réseaux sociaux nous cuisaient la cervelle et que ça nous rend incapable maintenant d'avoir de l'attention sur le temps long, de pouvoir lire à nouveau, etc.

Johan Creten (0:47)

Tout commence avec le décès de mon père, qui est mort il y a trois ans. À ma mère et mes sœurs, il a laissé un hangar dans lequel il a entassé, depuis les années 80, des ordinateurs.

Adrien Garcia (0:59)

Comment est-ce qu'on devient, on décide ou comment ça te tombe dessus de devenir artiste ? Comment tu l'as vécu les années où tu gagnais pas ta vie, les doutes, tout ça, en fait, j'ai un peu compris.

Johan Creten (1:08)

Je me retrouve dans un couloir de ministère et je commence à pleurer parce que je suis à Paris, j'ai tout, j'ai l'atelier, je peux travailler, mais je n'ai plus de sous.

Adrien Garcia (1:19)

Toi, tu as envie de laisser quoi ?

Johan Creten (1:21)

Il me prend vraiment pour un vieux monsieur. L'histoire est toujours la même. Je fais, ça se vend, tout ce que je vends, je réinvestis moi-même dans mon travail.

C'est des décisions qui ont été un peu dures parce que, ce que je disais, j'ai choisi la terre 30 ans, 40 ans avant que c'est à la mode chez les jeunes artistes. Par exemple, j'ai montré une oeuvre au Centre Pompidou. Elle est rentrée dans les collections du Centre 30 ans après. Le choix de la céramique, c'était une liberté, mais c'était aussi un risque.

Adrien Garcia (2:10)

Un sacerdoce, sinon ?

Johan Creten (2:11)

Oui, c'était un peu… Et mes décisions, je ne sais pas, c'était de suivre mes intuitions. Évidemment, même ici, à chaque fois, je me bats avec la galerie, dans le sens que les expos que tu vois ici, c'est souvent des super expos, mais c'est aussi l'idée de… c'est une galerie de vente. Maintenant, Emmanuel Perrotin a toujours été très fort aussi pour donner à un artiste la liberté de ce qu'il veut faire. Donc moi, là, je me rends d'avis super obligé.

Parce qu'un collectionneur, il veut voir ces pièces-là 10 fois pour faire un choix. Ce qu'on disait tout à l'heure, le marché te demande une sorte de truc de répétition reconnaissable. Et là, c'est sûr qu'amener 100 ordinateurs qui pèsent en tout plus d'une tonne de faire une œuvre qui sera vendue pour une charité, etc.

Bon, je ne sais pas si on est sur un bon sujet.

Adrien Garcia (3:27)

Non, mais c'est intéressant.

Johan Creten (3:29)

Tu vois, donc, est-ce que je fais des choix d'être un peu...

Adrien Garcia (3:33)

Pourquoi ce choix d'être radical comme ça ?

Johan Creten (3:35)

Parce que je pense que je n'ai jamais, quand j'étais enfant, je n'ai pas enlevé la chemise verte.

Adrien Garcia (3:44)

Tu l'as gardé.

Johan Creten (3:45)

Une noire ou une blanche.

Adrien Garcia (3:47)

Tu n'as pas voulu rentrer dans le moule.

Johan Creten (3:48)

Je n'ai pas voulu rentrer dans le moule. Et je pense que c'est un truc, ça se paye, mais c'est aussi une force, je pense.

Adrien Garcia (3:58)

Bien sûr.

Johan Creten (3:59)

Et je pense justement, j'adore les artistes qui sont radicaux, qui poussent les murs, tu vois, qui ne pensent pas forcément, moi je ne sais pas de quoi je vais manger dans trois mois. Ce n'est pas parce que tu es dans les plus grandes galeries, justement, j'ai eu un très grand marchand, malheureusement à la fin de sa vie, qui un jour, j'étais à Rome, j'avais un atelier à Rome, il m'appelle de New York et c'était Robert Miller, qui était le marchand de Mapplethorpe, John Mitchell, Alice Neal, Louise Bourgeois, qui m'a dit, j'ai vu tes sculptures en céramique, tu fais une révolution, viens à New York, je lui ai dit, mais je ne suis pas à Rome, on t'envoie le billet, tu viens à New York.

Je suis allé le voir. Après trois jours, on a passé dans les dépôts de la galerie, je lui ai dit, mais qu'est-ce qui se passe ? Il m'a dit, montre ton book. Il me dit, is this available ? C'est à vendre ? Oui. Bon, c'est combien ? Il a acheté en cinq minutes, dix oeuvres, dix ou douze oeuvres. Et il m'a dit, on fait une expo.

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