D’où vient l’image négative des drogues ? - Avec Zoë Dubus - ENTRETIEN
Nota Bene
October 3, 2026
En France de nos jours, d’une manière générale, les drogues ont une image négative. Mais comment cette image s’est-elle construite? Dans l’histoire, ces substances ont eu des usages très variés, comme en médecine, mais c’est loin d’être le seul, et c’est ce dont on va parler aujourd’hui!
Speakers Benjamin Brillaud, Zoë Dubus
TopicsHistorySociety & Culture
Benjamin Brillaud (0:01)
Mes chers camarades, bien le bonjour ! En France, d'une manière générale, les drogues ont une image assez négative. Mais comment est-ce que cette image s'est construite ? Dans l'histoire, ces substances ont eu des usages très variés, comme en médecine, mais c'est loin d'être le seul, et c'est ce dont on va parler aujourd'hui. Et pour ça, j'ai le plaisir de recevoir dans un nouvel entretien historique Zoë Dubus, qui travaille notamment sur le rapport des médecins aux drogues durant l'époque contemporaine. Et bien je vous souhaite une bonne écoute sur Nota Bene.
Bonjour Zoë.
Zoë Dubus (0:39)
Bonjour tout le monde.
Benjamin Brillaud (0:41)
Comment ça va ?
Zoë Dubus (0:41)
Ça va très bien. J'ai hâte et je suis très contente d'être là avec toi. Ça fait très très longtemps que je te suis, donc c'est un honneur d'être là.
Benjamin Brillaud (0:48)
Petite question en préambule que je pose à tous les gens qui passent au Grille dans cette émission. Quel a été ton parcours pour en arriver là aujourd'hui ? Alors moi j'ai fait 2 ans de travail, je suis en France depuis 2 ans.
Zoë Dubus (0:56)
Alors moi j'ai fait, d'abord j'ai fait l'un des pires lycées de France à l'époque en termes de résultats au bac. J'étais dans le Var, dans un petit village du Var. Et puis après j'ai fait une prépa littéraire et je suis allée à la fac pour faire des études d'histoire. Donc j'ai une licence, un master et un doctorat d'histoire. J'ai pas du tout de formation en médecine, même si je suis historienne de la médecine, je suis seulement historienne.
Et pour en arriver sur les substances, sur les psychotropes, les drogues, etc.
J'ai toujours été intéressée par l'histoire sociale, culturelle. C'est ça qui m'intéresse, d'essayer de comprendre comment les gens du passé vivaient et comprenaient leur existence.
Et quand en master il a fallu choisir un sujet de recherche, ma directrice de l'époque, qui était Anne Caroll, m'a dit qu'il n'y a rien en ce moment sur les drogues. Donc si ça t'intéresse, tu pourrais aller creuser ça. Et ça m'a vraiment fascinée de découvrir qu'on pouvait travailler sur ce sujet-là d'abord, parce que même encore aujourd'hui, il y a plein de gens qui, comme moi, ne savaient pas qu'on peut faire de l'histoire des drogues. Et ça m'a tellement passionnée que j'ai vraiment continué. Et à l'origine, mon sujet, c'était vraiment l'usage au 19e siècle de manière générale. Et puis assez rapidement, on s'est rendu compte que les sources principales, c'étaient des sources médicales. C'est les médecins qui s'expriment le plus sur ces sujets-là. Donc naturellement, on est parti sur un axe un peu plus médical d'essayer de voir comment ces substances, elles avaient été utilisées en médecine notamment parce que c'est ce qui paraît le plus étonnant en fait. Ces substances, elles sont complètement diabolisées aujourd'hui. C'est les substances les plus dangereuses qui soient, etc. Et pourtant, c'étaient des médicaments à l'origine, en tout cas chez nous en Occident. Donc moi, c'est ce changement que j'ai voulu étudier et voilà, je suis toujours là aujourd'hui. Le projet ARCH dont tu as parlé, c'est un projet qui est spécifique sur les psychédéliques et qui étudie du coup ce qu'on appelle la renaissance psychédélique. C'est ce mouvement de redécouverte de ces produits récemment en Occident où la science et de manière plus générale, la société s'intéresse à nouveau aux psychédéliques. Et donc nous, on étudie en France comment tout ça émerge au niveau médiatique, au niveau politique, au niveau économique, chez les psychonautes, etc.
Benjamin Brillaud (3:14)
Alors ça me paraît important de préciser dans quel contexte aussi on s'est rencontré entre guillemets pour arriver à ce live. C'est vrai que sur Nota Bene, on a fait une vidéo sur l'histoire des drogues en décembre 2025 Alors ce live, vous l'avez vu, s'intitule donc, Pourquoi cette image négative des drogues ?
D'où est-ce qu'elle vient ? Effectivement dans cet épisode sur l'histoire des drogues, on avait un pendant plutôt négatif des drogues qui méritait tout de même d'être nuancés ou en tout cas d'avoir un complément sur l'autre versant de l'usage des drogues. Et donc c'est pour ça que t'es venue à juste titre râler un peu dans les commentaires en disant que ça serait bien quand même qu'on parle des drogues d'une autre manière. Et c'est à cette occasion là qu'on a pu prendre contact pour planifier ce live.
Zoë Dubus (4:02)
Oui alors moi comme je disais, je te suis depuis vraiment le début j'adore tes vidéos, j'adore aussi le versant un peu politique que tu as pris au moment de l'affaire Zemmour pour rappeler que l'histoire c'est une science et qu'on peut pas en faire n'importe quoi avec les données historiques. Et du coup tu es un peu déçu de cette vidéo qui est un peu disons qui n'est pas basée sur des travaux d'historiennes et d'historiennes alors que de manière générale tes vidéos en tout cas je ne suis pas spécialiste des sujets que tu abords dans les autres vidéos. Mais j'ai l'impression que c'est beaucoup plus sourcé, il y a beaucoup plus de travail derrière alors que sur celle là c'était un peu plus ce bon limite qui entoure ces substances. Par exemple tu parles de la secte des Achichins. Bon bah ça maintenant c'est déconstruit depuis les années 60 quand même. Cette histoire là on sait aussi qu'il y a une histoire raciste très forte derrière qui est la colonisation française avec de Sacy qui invente ce mythe là pour pouvoir dire que les gens au Maghreb qui consomment du cannabis c'est des sous-êtres humains et qu'il faut les civiliser parce que sinon ils deviennent violents à cause de cette substance là. Donc tout cet imaginaire là maintenant chez les historiens et les historiennes c'est bien acquis.
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