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Diversité sexuelle et relationnelle - Carl Rodrigue

Connexions CRIPCAS

September 22, 2023

Carl Rodrigue, Ph.

Speakers Éliane Dussault, Carl Rodrigue

Éliane Dussault (0:15)

Dans cet épisode de baladot Connexions CRIPCAS, je reçois Carl Rodrigue, professeur au département de Sexuality, Marriage and Family à St. Jerome's University à Waterloo, Ontario. Carl a développé une expertise sur la diversité sexuelle et relationnelle dans le cadre de ses études à la maîtrise et au doctorat en sexologie, complétée sous la direction de Martin Blais, qui est professeur au département de sexologie de l'UQAM et chercheur régulier au CRIPCAS.

Dans cet épisode, Carl et moi discutons diversité sexuelle et relationnelle, plus précisément sous l'angle des configurations relationnelles non conjugales et des relations non monogames consensuelles. Je m'appelle Éliane Dussault, je suis candidate au doctorat en sexologie à l'UQAM et membre étudiante du CRIPCAS. Bonne écoute! Salut Carl, merci beaucoup d'avoir accepté l'invitation à participer à cet épisode de podcast.

Fait qu'aujourd'hui, on va parler de diversité sexuelle et relationnelle, un vraiment gros sujet. Par quoi tu aurais envie de commencer à nous parler sur ce sujet complexe?

Carl Rodrigue (1:18)

Ben, je me disais que ça se fait une bonne idée de commencer par, disons, le référent par excellence quand on parle de relations sexuelles amoureuses, le fameux couple. Et bon, moi je trouve que c'est toujours pertinent de commencer par discuter des normes qui encadrent la manière dont on donne un sens et on prend des décisions sur nos relations. Et ben, dans le cas du couple, ben, il y a des auteurs qui parlent, en fait, qui utilisent plusieurs concepts pour parler de cette norme-là. Il y en a qui parlent simplement de la norme de couple. Il y en a qui parlent même d'une idéologie du couple, qui en gros suggère qu'on nous socialise à l'idée que le couple, c'est la relation sexuelle amoureuse qui est naturelle, qui est supérieure et qui définit, en fait, qui est la résultante d'un processus de maturation adulte. C'est comme un adulte est supposé se mettre en couple, éventuellement, pour indiquer qu'il est pleinement mature. Puis, cette fameuse norme de couple-là, on pourrait... En fait, il y a des auteurs qui parlent de trois prémices qui caractérisent cette norme de couple-là, ou l'idéologie du couple. La première étant que tout le monde veut être en couple. Au fond, nous-mêmes, quand on devient un adulte, on cherche tout à un moment donné à être un couple et à finir sa vie en couple. Et bien qu'on tolère à certains moments de la vie, du moins dans nos sociétés contemporaines, qu'on tolère qu'à un certain moment de la vie, on cherche pas nécessairement à être en couple. Donc, à l'âge adulte émergent, on va être juste dans vingtaines, c'est correct encore du temps. Mais à un certain moment, on s'attend à ce que tu te causes. Parce que si tu cherches pas à te causer à un certain moment, on pensait que c'est louche. On va dire, tu as nécessairement un problème. Tu as peut-être un problème d'attachement, t'es trop difficile, t'as peur de l'engagement. Le concept de peur d'engagement est souvent évoqué dans des discussions autour du désir d'être en couple. Ça pourrait être intéressant de déconstruire cette idée-là, de peur d'engagement dans quelques instants. Il y a cette première prémisse. La deuxième, c'est que le couple est la relation la plus importante de notre vie. En fait, on le voit souvent, c'est l'espèce d'idée de famille nucléaire.

Il y a cette espèce de noyau qui est le partenaire de couple avec qui on devient parents et qu'on a des enfants qui forment le noyau et toutes les autres relations qu'on parle de famille élargie, qu'on parle d'amis, c'est comme des espèces de relations satellites. Oui, c'est ça que c'est des satellites qui ramènent autour de ce noyau-là. Puis, ce n'est pas pour rien aussi qu'il y a des gens qui, quand ils se mettent en couple, ils vont un peu s'isoler de leur réseau élargie. Par exemple, ils vont moins parler à leurs amis, moins parler à leurs familles, des trucs comme ça. C'est vraiment pas rare qu'on voit ça. Puis, c'est ça, il y a une espèce de repli. On valorise cette espèce de repli-là sur le couple. Et la troisième prémisse, c'est que les gens qui sont en couple, que ce sont des gens qui sont plus accomplis, des gens qui ont plus de valeur comme individus, des gens plus matures, etc., que des gens qui ne sont pas en couple. Puis, bien, il y a des études qui ont été faites aux États-Unis. En fait, aux États-Unis, c'est qu'on compare les gens mariés. Au Québec, on a une relation assez différente au mariage que le reste de l'Amérique du Nord. Mais comparer les perceptions que les gens avaient envers les personnes célibataires versus les personnes en couple, il y avait des résultats, par exemple, les gens célibataires étaient perçus comme moins belles, moins intelligentes, moins beaucoup de choses, en fait. Puis, tu as peut-être déjà entendu des questions ou des commentaires du genre. C'est comme, ah, t'es donc moins belle, donc moins intelligente, pourquoi t'es pas en couple? Puis ça, ça révèle cette fameuse prémisse-là que si t'es célibataire, t'es nécessairement une personne de moins bonne qualité, en guillemets, que les personnes en couple. Et pourtant, on connaît tous des gens qui sont en couple qu'on considère, disons, très peu recommandables pour être gentils. Mais voilà. Puis, ça repose sur cette idée-là que quand t'es célibataire, t'as un problème. Il y a un concept qui est avancé par une chercheure aux États-Unis qui s'appelle Singulism, qui est comme l'idée de stigma autour du célibat. Justement, on associe le célibat par défaut comme une situation qui est problématique. On va souvent applaudir les gens qui vont se mettre en couple, puis on va pas, disons, autant ou on va pas du tout célébrer l'idée de ne pas être en couple.

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