[Critique] Jamais frères ?: Ukraine et Russie : une tragédie postsoviétique (Anna Colin Lebedev) Résumé.
9Natree French
September 17, 2026
Jamais frères?: Ukraine et Russie: une tragédie postsoviétique (Anna Colin Lebedev) - Amazon Worldwide Store: #Mythedespeuplesfrères #Héritagesoviétique #Russkiymir #Euromaïdanet2014 #Identiténationaleukrainienne #Jamaisfrres Publié en 2022, *Jamais frères?
Speakers Olivier
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Olivier (0:00)
Bonjour, je suis Olivier. Bienvenue dans le podcast de 9Natree. Aujourd'hui, je vais résumer et critiquer le livre, publié en 2022, Jamais Frères. Ukraine et Russie, une tragédie post-soviétique, est un essai de science politique dans lequel Anna Colin Lebedev, spécialiste des sociétés post-soviétiques, examine les liens, les écarts et la rupture entre les sociétés russes et ukrainiennes. Son titre répond directement aux récits politiques russes présentant les deux populations comme des peuples frères, un récit que l'autrice confronte aux expériences historiques, culturelles et politiques des deux pays. L'ouvrage ne prétend pas réduire une guerre à une seule cause, ni effacer les liens familiaux, linguistiques et mémoriels qui ont existé. Il montre plutôt que la proximité ne garantit ni l'égalité, ni une identité commune, ni l'acceptation d'un même avenir politique. En s'appuyant sur son travail de terrain et sur une mise en perspective allant de l'héritage soviétique à l'invasion russe de février 2022
Colin Lebedev propose une synthèse accessible. Elle est claire comment des trajectoires nationales distinctes et le refus russe de reconnaître pleinement l'altérité ukrainienne ont rendu le conflit intelligible sans le banaliser.
Je vais vous présenter les points clés de ce livre.
Premièrement, le mythe des peuples frères confrontés à une relation historiquement asymétrique, l'un des apports centraux de Jamais Frères, consiste à déplacer la question il ne s'agit pas de nier les proximités entre Russie et Ukraine, mais d'interroger ce que ces proximités ont réellement signifié.
Les deux sociétés ont partagé des espaces politiques successifs, des circulations humaines, des usages linguistiques et une longue expérience soviétique. Pourtant, l'autrice souligne que cette familiarité s'est inscrite dans des rapports inégaux, où les particularités ukrainiennes ont fréquemment été pensées depuis un centre russe plutôt que reconnues pour elles-mêmes. La formule des peuples frères devient alors problématique, elle peut paraître affective ou rassembleuse.
Mais elle sert aussi à présupposer une unité que les Ukrainiens ne sont pas tenus d'accepter. Cette distinction est essentielle pour comprendre le propos du livre. Une histoire entremêlée ne produit pas automatiquement une communauté politique légitime. Pas plus qu'une langue partagée par une partie de la population ne décide d'une appartenance nationale. Colin Lebedev montre ainsi pourquoi l'argument de la parenté historique. Mobilisé par le pouvoir russe, ne peut justifier une hiérarchie entre les deux pays ni l'effacement de la souveraineté ukrainienne.
Le livre invite à prendre au sérieux la coexistence de liens réels et de conflits profonds. Il combat donc deux simplifications, l'image d'une séparation historique totale, comme celle d'une fraternité naturelle qui rendrait l'indépendance ukrainienne artificielle. Deuxièmement, l'héritage soviétique une expérience commune, des mémoires et des effets politiques divergents, l'Union Soviétique occupe une place structurante dans l'analyse. Non comme un simple décor du passé, mais comme une expérience dont les traces demeurent visibles dans les institutions, les pratiques sociales et les mémoires collectives. Russie et Ukraine ont vécu sous le même régime, mais elles n'en ont pas nécessairement retenu les mêmes récits. L'ouvrage s'intéresse notamment aux divergences de perception concernant la Seconde Guerre mondiale, la Shoah et les violences du XXème siècle. Ces écarts mémorielles ne relèvent pas seulement de querelles symboliques, ils influencent les définitions de la nation, les figures valorisées dans l'espace public et le rapport à l'état. L'autrice évite ainsi de traiter l'URSS comme une identité homogène, qui aurait définitivement fusionné les peuples. Le cadre soviétique a créé des références partagées, mais il a également organisé des formes de centralisation politique et culturelle dont l'héritage est contesté. Après 1991, les deux États ont suivi des évolutions distinctes. L'Ukraine a développé plus fortement des politiques, visant à donner une place centrale à sa langue et à sa culture nationale, notamment parce qu'elles étaient perçues comme marginalisées auparavant. Cette dynamique n'est pas présentée comme un rejet mécanique de toute culture russe, mais comme une affirmation de capacité politique propre. Comprendre cette pluralité d'expériences post-soviétiques permet de sortir de l'idée selon laquelle l'indépendance ukrainienne serait une rupture incompréhensible avec un passé. Commun. Troisièmement, langue, culture et monde russe, quand la proximité devient un instrument d'effacement. Une partie importante de l'essai porte sur la langue et les représentations culturelles, terrain, où se joue concrètement la distinction entre proximité et assimilation. La présence étendue du Russe en Ukraine, les pratiques bilingues et les liens culturels transfrontaliers sont des réalités que l'autrice ne minimise pas. Mais elle montre qu'il est erroné d'en déduire une absence d'identité ukrainienne ou une adhésion politique spontanée à Moscou. Une langue de communication, une histoire familiale ou une consommation culturelle ne détermine pas, à elle seule, une loyauté nationale. Cette clarification est particulièrement utile pour examiner l'idée de Ruskimir le monde russe, sous une apparence de communauté culturelle ou civilisationnelle. Cette notion peut servir à placer hors de Russie des populations et des territoires dans une sphère d'influence supposée naturelle. Le problème analysé par Colin Lebedev n'est donc pas l'existence de la culture russe, mais la transformation d'affinité culturelle en droit politique de parler au nom d'autrui. L'affirmation de l'Ukrainien et d'une culture nationale prend, dans ce contexte, une fonction de protection de l'autonomie collective.
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