#90 - Fast-fashion : un fléau écolo ? Julia Faure
Greenletter Club, l'écologie décortiquée
March 27, 2023
Teintures toxiques, déchets plastiques et pollutions à gogo: la Fast-fashion produit d’immenses quantités de vêtements à l’autre bout du monde, détruisant des emplois au Nord et l’environnement au Sud. D’où cette question, la Fast-fashion est-elle un fléau écolo?
Speakers Maxime Thuillez, Julia Faure
Maxime Thuillez (0:00)
Bonjour, c'est Maxime, l'hôte du Greenletter Club. Vous le savez, sur le Greenletter Club, on ne fait pas de pubs ou de partenariats bizarres. Bref, on est 100% indépendants et pour le rester, on a besoin de vos dons. Alors, n'hésitez pas à nous donner un petit coup de pouce sur Tipeee, vous trouverez le lien dans la description de l'épisode. Et pour se financer, on organise aussi des fresques du climat ou de la biodiversité et des conférences sur les questions climatiques. Si ça vous intéresse, n'hésitez pas à nous écrire. Un grand merci du fond du cœur et bonne écoute.
Bienvenue dans le Greenletter Club, la chaîne qui décortique les grands sujets écologiques. Aujourd'hui, nous allons parler de l'industrie textile, teintures toxiques, déchets plastiques et pollutions en tous genres. La fast-fashion produit d'immenses quantités de vêtements à l'autre but du monde, détruisant des emplois au Nord et l'environnement au Sud.
Pour cette question, la fast-fashion est-elle un fléau écolo? Pour y répondre, nous recevons Julia Faure, co-fondatrice de Loom, une marque de vêtements éthiques et présidente de l'association en mode climat qui réunit près de 600 entreprises qui appellent à mieux réguler le secteur du textile et de l'habillement en demandant des législations écologiques et sociales plus strictes.
Bon, pour être merci de venir dans le Greenletter Club, pour être tout à fait franc avec les auditeurs, on se connaît depuis quelques années déjà parce qu'on avait un peu travaillé ensemble au moment de Loom. Depuis, Loom est devenu une marque qui compte dans le milieu de la mode éthique. Vous avez aussi créé un mouvement qui s'appelle en mode climat et qui vise à faire pression auprès des autorités publiques pour mettre en place des législations plus contraignantes écologiquement et socialement sur le secteur du textile et de l'habillement. Première question, est-ce que tu peux déjà nous expliquer ce qu'est Loom et ce que vous visez avec en mode climat?
Julia Faure (1:51)
Alors Loom, c'est une marque de vêtements éthiques, globalement. C'est-à-dire qu'on produit localement, essentiellement en France et au Portugal, des vêtements majoritairement en matière naturelle, majoritairement en coton bio. Et notre but, c'est de faire en sorte que les gens les rachètent le moins possible parce qu'ils sont de bonne qualité, parce qu'ils durent longtemps, parce qu'on accompagne les gens pour en prendre soin, mais surtout parce qu'on incite pas les gens à consommer des choses dont ils n'ont pas besoin. Donc c'est pour ça qu'on ne fait pas de soldes, pas de collection, pas de promo, etc. Et en mode climat, c'est une coalition d'entreprises dont Loom fait partie. Et cette coalition, c'est comme un lobby, c'est-à-dire que c'est un mouvement d'acteurs économiques du secteur textile, sauf que nous utilisons notre pouvoir d'influence, notre pouvoir de lobbying, non pas pour servir nos intérêts économiques propres, mais pour servir l'intérêt général. Globalement, on demande des lois, des régulations qui forcent notre secteur, le secteur textile, à faire mieux, à faire avec les limites de la planète.
Maxime Thuillez (2:49)
Alors on va parler de Fast-fashion. On en parle beaucoup. Est-ce que tu peux d'abord commencer par nous expliquer ce que c'est que la Fast-fashion?
Julia Faure (2:56)
La Fast-fashion, c'est presque un modèle économique du secteur de la mode. C'est donc une manière de vente des vêtements en s'appuyant sur deux piliers, le bas prix et les incitations à consommer. Si on veut tirer un peu derrière tout ça, qu'est-ce qui permet finalement d'obtenir les bas prix dans la mode? Ce qui permet d'obtenir les bas prix, c'est d'aller produire dans des pays où les salaires sont très bas. Donc l'essentiel des vêtements qu'on porte sont produits en Asie et au Maghreb. Et comment ça se fait que ce n'est pas cher de produire là-bas? On pourrait se dire que le niveau de vie là-bas est moins cher, donc c'est pour ça que ce n'est pas cher de produire là-bas. Dans les faits, ce n'est pas ça. Enfin, ce n'est pas que ça. La vraie raison pour laquelle ce n'est pas cher de produire dans ces pays, c'est que le salaire minimum, c'est-à-dire le salaire auquel sont payés les ouvriers et les ouvrières du textile, n'est pas suffisant pour vivre dignement. C'est ce que les ONG appellent le salaire vital. Donc là-bas, le SMIC représente pas plus de 30% du salaire vital. Et le salaire vital, c'est le minimum du minimum qu'il faudrait avoir pour manger à sa fin, mettre ses enfants à l'école, avoir un toit sur la tête.
Donc voilà, les deux pieds de la fast-fashion, bas prix et incitation à consommer. Et les bas prix, ils sont obtenus quand même par l'exploitation des personnes à l'autre bout du monde.
Maxime Thuillez (4:07)
Et c'est aussi la capacité de mettre en production très rapidement et de très très nombreuses références. Quand on dit fast-fashion, ça veut dire aussi qu'il y a une idée de vitesse derrière l'industrie.
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