8 | Loubna, 44 ans – Survivre aux violences familiales et se reconstruire
Révolution des Cœurs
March 10, 2025
Dans cet épisode, Loubna raconte une enfance marquée par des violences physiques et sexuelles au sein de sa famille.Un récit difficile qui évoque les blessures profondes laissées par ces années de silence et de souffrance.
Speakers Loubna
TopicsRelationshipsSociety & Culture
SPEAKER_1 (0:00)
Bienvenue sur Révolution des cœurs, le podcast qui libère la parole des femmes de culture arabo-musulmane. Ici, nous brisons les tabous et nous parlons d'amour et de liberté.
Dans ce nouvel épisode, Loubna nous raconte son enfance difficile marquée par des violences sexuelles subies au sein de la famille, puis son émancipation arrachée avec perte et fracas. L'écoute de cet épisode peut être difficile au début, mais il termine bien. Bonne écoute !
Loubna (0:39)
Bonjour, je m'appelle Loumna, j'ai 44 ans, je suis née en France et j'ai grandi dans une famille de huit enfants. Je suis la cinquième de la fratrie. Je dirai que je suis un produit du regroupement familial puisque mes parents ont rejoint la France au début des années 70 Si à leur arrivée, mes parents n'étaient pas vraiment religieux et se sont progressivement radicalisés.
L'islamisation a atteint son point cumulant à la fin des années 80, quand mon père a décidé de parfaire ses connaissances théologiques au Moyen-Orient.
Ma mère s'est voilée dans le début des années 90, et à la maison, il n'était plus question de manger de la viande si elle n'était pas halal. Dans ce contexte, avec une pratique de plus en plus orthodoxe, ma vie de jeune fille prenait progressivement une tournure dramatique.
Je me souviens d'un épisode particulièrement marquant, où mon père avait jeté toutes mes peluches au feu, en disant que c'était haram. Je n'oublierai jamais la flamme sadique qui dansait dans son regard. Elle me hante encore aujourd'hui. Plus tard, il s'est mis dans la tête de m'apprendre le dîner. La religion. Il avait, en quelque sorte, recréé une madrassa à la maison dans une des chambres. Il m'apprenait la prière sous les coups de ceinture et les coups de bâton. Bref, des exemples comme ça, j'en aurai des milliards à compter. J'avais reçu très tôt l'interdiction de parler aux garçons en classe. Je ne savais pas vraiment pourquoi, mais déjà petite, je savais qu'il s'agissait d'un interdit très fort. Donc, c'est dans cette ambiance familiale pesante et oppressante que j'ai subi un inceste par l'un de mes grands frères. Ce fut le début d'un pan tragique de ma jeune existence qui allait me poursuivre une bonne partie de ma vie, en fait. Ces viols duraient tant qu'ils duraient, deux ou trois ans. Ils prenaient la forme de ces vis assez graves que je ne détaillerai pas ici. Sans le savoir, ces souillures de mon corps allaient entraîner des conséquences bien plus funestes sur ma vie que je n'aurais jamais pu imaginer. Et ça, au nom du sacro-saint Candiratou, les concernés comprends-vous. Mes parents, comme beaucoup de maghrébins, avaient le culte de la virginité. Une femme pure et vierge au mariage, c'était non seulement le signe d'une bonne éducation, mais ça réhaussait aussi l'honneur de la famille. À dire vrai, les alternatives pour m'en sortir semblaient quasi inexistantes. Avec cette prise de conscience, mon désespoir grandissait. Je ne valais rien. Comment mon père, violent et sadique, réagirait s'il apprenait que mon frère m'avait violé ? Est-ce qu'il me croirait au moins ? Je finirai enterré quelque part. J'en étais sûre. Je connaissais le degré de violence et de perversité de mon géniteur. La peur panique de mourir ne me quittait plus. Le poids de l'islam et les violences grandissaient à la maison et je me sentais de plus en plus désespérée. J'allais mourir jeune, et de façon violente, c'était certain. Un soir, vers 14-15 ans, je pris la décision insensée de mettre fin à mes jours. J'avais prévu de laisser un petit bout de papier avec écrit en rouge C'est à cause de… Itz, prénom de mon frère. Parce que dans mon esprit polytraumatisé d'enfant, je pensais que mes parents, qui ne pouvaient pas m'aimer de mon vivant, me regretteraient certainement dans la mort. Puis ma disparition leur permettrait d'éviter la honte, de ne pas avoir honte. Alors, heureusement, mon plan ridicule ne fonctionnait pas. Le lendemain matin, je me levais comme un charme pour aller à l'école. Donc un peu plus tard, lors d'un voyage fortuit avec ma grande sœur, je lui expliquais la raison de ma rancune envers ce frère incestueux. Je lui confiais également la peur panique que la découverte de ce secret susciterait chez mon père, chez notre père. Donc, branle-bas de combat chez mes aînés, ils décidèrent de provoquer une réunion impromptue chez le paternel. Je fus exfiltré chez mes parents. Mon frère aîné prétexte à vouloir me garder chez lui quelques jours. Donc je n'ai pas assisté à cette réunion, mais elle fut très très violente. Donc mes frères et sœurs amenaient le frère incestueux devant notre père, en pleine nuit.
Et mon père, forcément, était surpris de voir mes frères et sœurs toquer chez lui au beau milieu de la nuit.
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