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4 | Djamila, 50 ans – Culte de la virginité et union avec un homme non-musulman

Révolution des Cœurs

November 6, 2024

Dans cet épisode de Révolution des Cœurs Djamila raconte son parcours de vie et sa quête d’émancipation.Elle évoque la pression exercée par sa mère, son mariage et les blessures profondes laissées par les grossesses rejetées.

Speakers Djamila

TopicsRelationshipsSociety & Culture

Djamila (0:09)

Aujourd'hui, à 50 ans, je me définis fièrement comme une fille de la République. Mon parcours a été certes semé d'embûches, un chemin pavé de doutes, d'affrontements, mais avec du recul surtout d'amour. Mon histoire, elle, elle commence en 1974, dans une petite ville où je suis née en tant que première fille, alors que tout le monde s'attendait à un garçon. Déjà, cette première déception m'a appris que je devais lutter pour me faire une place dans un monde qui avait des attentes bien définies. En grandissant, j'ai eu la chance de vivre, enfin, je le croyais à ce moment-là, dans une famille où la structure était certes traditionnelle. Mon père, il partait chaque jour à l'usine avec sa cantine, tandis que ma mère, bien que peu visible à l'extérieur, exerçait un pouvoir silencieux à l'intérieur de notre foyer. Ce que beaucoup pourraient interpréter comme un patriarcat, en fait, en réalité, c'était un matriarcat. Ma mère, en tant que femme d'autorité, elle guidait nos vies avec une main de fer, imposant des valeurs qu'elle considérait comme sacrées. Avec la religion, elle attissait une toile d'attente et de règles qui pesaient lourdement sur mes choix. Dans son esprit, la préservation des traditions et les valeurs religieuses étaient non seulement essentielles, mais aussi sa manière de préserver notre identité. Elle le pensait, fondamentalement. L'une des manifestations les plus troublantes de cette emprise était la pression qu'elle exercait sur ma vertu. Chaque année, pour se rassurer, pour prouver ma pureté, je devais passer par la douloureuse formalité des certificats de virginité. Pour moi, ces papiers étaient des rappels constants de son doute et de ses attentes. Je me souviens des moments où je me sentais dévalorisée, réduite à un morceau de papier, alors que l'essence de ma personne était bien plus complexe que cela. À l'adolescence, j'étais piégée entre l'envie de me conformer à ses attentes et le désir de vivre sur la même propre norme. Chaque certificat de sa virginité devenait une signature de soumission à sa pensée, une preuve de ma conformité à un idéal qui, au fond, ne m'appartenait pas. C'était douloureux de réaliser que mon corps, mes choix et mes aspirations étaient toujours à la merci des jugements d'autrui. J'ai essayé de comprendre. À 18 ans, elle a été mariée avec un homme une trentaine d'années de plus qu'elle. Un homme, tout en étant présent, son mari, mon père, était souvent comme un fantôme dans le cadre de cette structure matriarcale. Les affrontements amplifiaient mes frustrations, alors que je tentais de concilier mes croyances avec celle de ma mère. Je commençais à comprendre que son esprit, tout en étant influencé par la religion, était aussi profondément ancré dans son désir de protection et de préservation de ce qu'elle pensait être notre héritage. Mes années de collège ont été cruciales pour ma prise de conscience. Des professeurs, et je pense notamment à une professeur, qui a été présente d'ailleurs à mon mariage, une passionnée, m'a ouvert les yeux sur le potentiel que je pouvais atteindre. L'histoire de France était devenue mon sujet favori, un moyen d'évasion qui me permettait de rêver d'un futur meilleur, loin des règles et des attentes de ma mère. À cette époque-là, j'ai compris aussi qu'être une burette signifiait également naviguer à travers des nuances de complicité.

J'ai vu des amis partir au pays et ne jamais revenir.

Mon père, sur ce coup-là, m'a sauvée. Il m'a ramenée un été où elle avait décidé de me marier avec un cousin quelconque. Peut-être aujourd'hui, tout en y réfléchissant, je serai en train de pêtre des chèvres dans une montagne et je n'exagère à peine. Après avoir reçu mon bac avec détermination, je cherchais un emploi d'appoint pour financer mes études. Et à 22 ans, j'ai rencontré celui qui allait devenir mon mari, le père de mes enfants. Mais notre amour a été tout ce simple. À peine la nouvelle s'était répandue que le scandale avait éclaté. Il était protestant et était perçu comme un intrus dans un monde où chaque détail de mon existence a été soigneusement orchestré par ma mère. Mon père, quant à lui, il maintenait un contact discret avec moi. Il apparaissait parfois en arrière-vie de plan de ma vie. Par exemple, lors de la naissance de mon premier fils, il a même fait le chemin pour le voir, mais sans jamais le dire à ma mère. Quand j'ai découvert que j'étais enceinte de mon premier enfant, la joie a été remplacée rapidement par la peur. Ma mère, toujours soumise à ses croyances, a menacé de tuer mon enfant dans mon ventre. Et c'est à ce moment-là que j'ai choisi de me battre. Chaque jour, je me retrouvais plongée dans un conflit, me défiant à la fois de l'héritage matriarchal de ma mère et des attentes de mon amour pour mon homme. J'ai vécu cette grossesse comme une aventure douloureuse, m'accouchant à l'idée d'une nouvelle vie. Un jour même, lors d'une rencontre avec une amie de ma mère, j'ai ressenti l'impact de ma décision. Elle m'a regardée avec désert décomposée et m'a dit, mais t'es pas morte. Elle ne comprenait pas que j'avais choisi, malgré la douleur, l'amour comme un chemin de vie. À chaque battement du cœur de mon enfant, je savais que ma lutte avait un sens, que ma décision transcendait les limites imposées par ma mère. Je ne l'ai pas vue pendant plusieurs années. Mon parcours, semé de cicatrices et de blessures, a aussi été le récit de ma résilience. Les souvenirs, les coups de Martinet, les tentatives de circoncière, plus tard, mes enfants, n'ont fait qu'affermir ma détermination à me libérer. Aujourd'hui, je suis en paix. J'ai forgé ma propre identité en dépôt de la pression, de la matriarcat rigide, loin des attentes qui pesaient sur moi. Finalement, le plus beau cadeau que ma mère m'ait fait, mais laissé malgré toutes ses contradictions, c'est la capacité d'élever mes deux enfants dans le respect du libre choix, du libre arbitre. J'ai choisi de leur inculquer l'importance de décider de leur vie, de leur propre destin, de ne pas renoncer à leurs rêves, indépendamment, dépression familiale ou culturelle. Ils grandissent avec la compréhension que l'amour et la liberté de choisir leurs chemins sont essentiels. Aujourd'hui, je me retrouve en folie, confrontée à l'absence de celle qui a façonné une partie de ma vie. Et souvent, je repense à cette jeune femme de 18 ans qui a quitté sa contrée algérienne pour vivre une existence qu'elle se réservait souvent subie ici en France. J'en veux beaucoup au regroupement bapminial, mais ça, c'est encore un autre débat. On en parlera peut-être un jour. Elle rêvait de liberté, peut-être, d'autonomie.

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