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37 | Héla, 38 ans – Police des mœurs, violence familiale et conquête de la liberté

Révolution des Cœurs

June 10, 2026

Dans cet épisode, Héla raconte son parcours au sein d’une famille tunisienne où la religion et le contrôle paternel dictent chaque aspect de sa vie.À 13 ans, sa vie bascule. Après avoir enlacé son petit ami dans les rues de Tunis, elle est arrêtée par la police des mœurs.

Speakers Soraya, Héla

TopicsRelationshipsSociety & Culture

Soraya (0:00)

Bienvenue sur Révolution des Cœurs, le podcast qui libère la parole des femmes de culture arabo-musulmane.

Ici, nous brisons les tabous et nous parlons d'amour et de liberté.

Aujourd'hui, je reçois Héla au micro du podcast. Héla a grandi en Tunisie, au sein d'une famille où la religion et le contrôle paternel dictaient chaque aspect de sa vie. Dès l'adolescence, elle fait face à une répression stricte, allant jusqu'à être arrêtée à l'âge de 13 ans par la police des meurs à Tunis pour avoir simplement pris son petit ami dans les bras. Face à la violence familiale qui en découle, Héla refuse de se soumettre. À 19 ans, elle choisit de braver l'interdit familial pour suivre ses propres choix d'études, quitte à affronter la précarité et la rue. Portée par des amitiés salvatrices et une immense force intérieure, Héla a tracé son propre chemin vers la liberté. Aujourd'hui, établi au Canada, elle a choisi de prendre la parole pour ne plus vivre dans l'ombre et pour porter la voix de toutes celles contentes de faire taire. Merci Héla pour ce témoignage percutant. Un grand bravo et bonne écoute à tous.

Héla (1:14)

Je m'appelle Héla, j'ai 38 ans. Je suis l'aînée d'une fratrie de deux garçons et deux filles. Je suis née en Tunisie. Mes parents sont tous les deux musulmans. Ma mère, elle est beaucoup plus conservatrice et pratiquante. Mon père l'est un peu moins, mais cela ne l'a pas empêché d'utiliser tous les codes de la religion musulmane pour nous manipuler, entre guillemets, pour avoir du pouvoir sur nous, sur ma mère et sur mes frères et soeurs. Alors, j'ai eu une petite enfance plus ou moins normale, une enfance où je ne me préoccupais pas de la religion.

Je ne savais même pas ce que c'était.

J'étais juste une enfant comme tant d'autres.

Et c'est à l'âge à peu près de 8-9 ans que j'ai commencé à ressentir cette pression et que j'ai commencé à ressentir cette emprise de la religion qui contrôlait essentiellement ma mère et qui contrôlait par la suite aussi notre vie.

Donc, comme j'ai dit, ma mère était très très pratiquante. Elle vient d'une famille très très pratiquante. Je ne sais pas si c'est le bon mot de dire radicale ou pas, parce que je pense qu'il n'y a pas d'islam radical et d'islam normal.

Je pense que c'est juste une religion et c'est juste l'islam. Et je me suis rendu compte de ça beaucoup plus tard. Mais pour revenir à mon enfance, donc voilà, l'âge de 8-9 ans, c'est l'âge où on commence à avoir un peu de forme. C'est l'âge où la puberté arrive. C'est l'âge où on a nos premières règles. J'ai annoncé ça à ma mère, je lui ai dit, il y a quelque chose qui cloche. Je ne sais pas ce qu'il se passe, maman, mais il y a du sang dans ma culotte. Et avec toute la splendeur du silence d'une maman musulmane, elle ne m'a rien dit, elle m'a juste pris par la main. Et elle m'a donné un petit orchant en coton. À l'époque, c'était plus un petit orchant en coton que les mamans fabriquées toutes seules. Elle m'a donné ce petit orchant et elle me l'a dit, tu vas le mettre dans ton slip, tu vas changer ton slip et tu vas mettre ce petit orchant dans ton slip. Et aujourd'hui, ma fille, tu es devenue une femme. Alors, comment vous dire que moi, je ne savais même pas ce que c'était déjà être un être humain, être un enfant et c'est quoi réellement le monde qui m'entoure. Et on me dit, aujourd'hui, tu es devenue une femme. Et j'étais aussi très, très marquée par le fait qu'elle a tout fait, caché ça à mon père. Elle a tout fait pour que mon père ne se rende pas compte que j'ai eu mes règles. Par ailleurs, ce phénomène-là m'a suivi pendant toute la période où je vivais avec mes parents. C'est-à-dire, on n'avait pas le droit de dire qu'on avait nos règles. Par la suite, quand on a commencé, moi et mes sœurs toutes seules, à aller acheter nos serviettes hygiéniques, il fallait absolument qu'on les cache.

Donc, voilà, pendant le mois de ramada, pareil, il fallait qu'on se cache pour manger, il fallait qu'on ne dise rien du tout à propos, en tout cas, de cette partie de notre vie, de cette transition dans notre vie d'enfant et de femme. Depuis que j'ai commencé à réaliser qu'il y a quelque chose qui existe et qui s'appelle religion, islam, et que c'est un concept qui va dicter ma vie, j'ai commencé à me questionner. Je n'ai jamais eu cette sensation de connexion que peut-être beaucoup ont eu du fait qu'ils vivent dans une famille musulmane pratiquante. Je n'ai jamais eu cette connexion-là, je n'ai jamais eu cette sensation-là. J'ai toujours considéré la religion comme un obstacle, comme un obstacle pour jouer comme je veux, pour dire ce que je veux, pour m'habiller comme je veux, parce que bien évidemment aussi, depuis que je suis devenue femme, entre guillemets, on m'a interdit de me baigner en maillot, on m'a interdit de sortir l'été en petite t-shirt et en petit short. Il fallait tout couvrir. À partir de ce moment-là, il fallait tout couvrir. Il fallait surtout pour ma mère que toute la grande famille, c'est-à-dire ses frères, ses soeurs, toute cette grande famille-là, il fallait qu'ils se disent que nous sommes de bonnes musulmanes et de bonnes filles pour qu'elle, elle soit aussi une bonne musulmane et une bonne femme, une bonne soeur, une bonne tante, etc. Donc la pression était ma mère qui voulait qu'on fasse tout comme il faut dans cette religion-là, c'est-à-dire prier. Je n'ai jamais, je n'ai jamais prié réellement. J'ai prié parce qu'on m'obligait à le faire. J'ai prié parce qu'il fallait le faire, mais je n'ai jamais de toute ma vie, toute seule, je me suis dit aujourd'hui, je vais prier, peut-être qu'il y aura un miracle ou peut-être qu'il y aura un changement positif dans ma vie. Voilà, j'ai vécu avec une mère qui regardait des émissions à la télé de Shuyukh, de l'Islam et qui, tout au long où elle regardait ces émissions-là, elle ne faisait que pleurer. Et donc, ce qu'il fait, elle nous mettait, moi et mes sœurs et mes frères, avec elle, devant la télévision. Elle voulait qu'on regarde. Elle voulait, je pense qu'elle pensait que ces gens-là qui sont complètement étrangers à nous et qui parlaient aussi à notre dialecte généralement, un dialecte qui est différent de notre langue, on va dire tunisienne. Donc, on était obligés à faire un double effort, d'un, pour comprendre ce que ces chouillours-là sont en train de dire et de deux, de participer et de voir notre mère devant nous en train de pleurer. On ne sait pas pourquoi elle est en train de pleurer. Du coup, par la suite, nous aussi, on commençait à pleurer et ça devenait une fête où tout le monde pleurait à la fin. Tous ces signaux-là de la religion, tout ce qui s'apparentait à la religion, que ce soit au niveau vestimentaire, au niveau de comment je dois réfléchir à mon avenir de femme bien pieuse, bien pudique, respectueuse, etc.

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