36 | Nadia, 28 ans – Tabous, apostasie et liberté d'aimer
Révolution des Cœurs
May 27, 2026
Dans cet épisode, Nadia raconte son parcours au sein d’une famille algérienne kabyle où la culture, les tabous et la religion contrôlaient silencieusement sa vie.Dès l’enfance, elle apprend à contourner les interdits pour préserver la paix familiale.
Speakers Nadia
TopicsRelationshipsSociety & Culture
SPEAKER_1 (0:00)
Bienvenue sur Révolution des Cœurs, le podcast qui libère la parole des femmes de culture arabo-musulmane. Ici, nous brisons les tabous et nous parlons d'amour et de liberté.
Aujourd'hui, je reçois Nadia au micro du podcast. Nadia grandit au sein d'une famille algérienne kabyle où la culture, les tabous et la religion contrôlaient silencieusement sa vie. Au fil des années, Nadia entame un cheminement intime qui la conduit à questionner sa foi, à étudier les textes religieux, puis finalement à quitter l'islam. Pour vivre selon son libre arbitre, elle devra affronter l'autorité paternelle, la culpabilité et le risque du bannissement. Aujourd'hui, à 28 ans, Nadia s'apprête à épouser son conjoint non musulman. Malgré la rupture avec une partie de sa famille, elle avance fièrement, soutenue par ses frères. Je vous propose ici un témoignage fort sur les tabous, l'apostasie, les dynamiques merphys et le combat nécessaire pour reprendre possession de sa propre vie.
Merci Nadia pour ce cri de liberté. Un grand bravo et bonne écoute à tous.
Nadia (1:15)
Alors bonjour, je m'appelle Nadia, j'ai 28 ans. Je suis née en France, dans le nord de la France, et je suis d'origine algérienne. Mes deux parents sont algériens et viennent de Kabili.
Donc mon père est né en France pour le coup, et puis ma mère, elle est arrivée à l'âge de 8, 9 ans à peu près. Et donc ils se sont rencontrés en France. J'ai trois frères et sœurs, donc je suis l'aînée de la fratrie et les autres me suivent à peu près au niveau de l'âge. Moi, je suis ingénieure. Je mets en reconversion professionnelle parce que c'est un milieu de travail qui ne me convenait pas. Donc là, je suis en reconversion professionnelle. Mais voilà, j'ai fait des études d'ingénieur. J'ai eu un double diplôme ingénieur-manager et j'ai suivi un petit peu les traces de mon papa d'ailleurs. Déjà, d'un point de vue religieux, j'ai grandi dans une famille qu'on va considérer comme modérée. Mes parents ont toujours fait la prière. Par contre, voilà, c'est le ramadan. On a une éducation un peu pas stricte au point de vue de la religion, mais plutôt stricte d'un point de vue peut-être culturel. C'est voilà, on ne sort pas le soir.
Moi, j'ai le droit d'avoir des copines filles, mais pas garçons, mais avec beaucoup de tabou. Donc, on ne me le disait pas. On ne me disait pas, il ne faut pas que tu aies deux copains garçons, mais j'ai vite compris que je ne devais pas parler à des garçons, etc. Donc, il y avait pas mal de tabou là-dessus, mais sur la religion, on n'en parlait pas non plus. J'allais à l'école arabe. Moi, à l'époque, j'ai fait cinq ans à peu près à l'école arabe, où finalement, c'était le seul endroit où on m'apprenait un peu la religion.
Mais ça restait quand même assez de surface, l'éducation religieuse que je recevais là-bas. Et donc chez moi, voilà, c'était juste... En fait, le ramadan, on ne m'a jamais dit de faire la prière, on ne m'a jamais dit de lire le Coran ou quoi que ce soit. Mais voilà, j'ai grandi avec des tabous en lien direct quand même avec la religion. Par exemple, les règles aussi. Le fait d'avoir eu mes règles, je me souviens, j'avais posé la question à ma mère pour savoir ce que c'était, les règles, juste avant de les avoir. Et elle m'avait dit, c'est pas ton âge, tu verras plus tard. Et puis, à peu près deux ans après, j'ai eu mes règles et finalement, toujours ce tabou. Je n'ai pas eu le droit d'avoir des explications. Elle avait tendu une serviette hygiénique.
Et puis, c'est toi, elle m'a dit, tu mets ça dans ta culotte. Et puis, fin du débat, fin du sujet. Donc, c'est plein de tabous de ce style-là, finalement, qui ont construit mon éducation. Et puis, pendant le ramadan aussi, il ne faut pas montrer que tu jeûnes pas quand t'as tes règles. Parce que du coup, ça montre que t'as tes règles, à ton père, et il ne faut absolument pas faire une chose pareille. Donc, c'était un peu, voilà, quand j'avais mes règles, il fallait que je mette rapidement de la nourriture dans mes poches, ou si je me faisais une assiette ou un bol, il fallait que je tente l'oreille pour voir si personne n'allait descendre dans les escaliers, voir si je pouvais monter vite en cachette dans ma chambre. Donc voilà, c'était plein de choses comme ça. On ne m'a jamais dit tu n'as pas le droit de faire ça, mais je l'ai compris en voyant mes parents un peu toutes seules. Tout comme le fait de ne jamais sortir avec un garçon. On ne me l'a jamais dit texto, mais c'est des choses que j'ai compris à travers les tabous.
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