35 | Mariama, 26 ans – Religion punitive, violences familiales et double vie
Révolution des Cœurs
May 13, 2026
Dans cet épisode, Mariama raconte son parcours au sein d’une famille guinéenne où la religion, vécue sous un prisme militaire et punitif, contrôlait chaque aspect de son existence. Dès l’enfance elle grandit dans la peur. La moindre erreur peut entraîner des violences.
Speakers Mariama
TopicsRelationshipsSociety & Culture
SPEAKER_1 (0:00)
Bienvenue sur Révolution des Cœurs, le podcast qui libère la parole des femmes de culture arabo-musulmane. Ici, nous brisons les tabous et nous parlons d'amour et de liberté.
Aujourd'hui, je reçois Mariama, une jeune femme de 26 ans d'origine guinéenne qui a grandi sous une emprise religieuse et familiale absolue. Pendant des années, elle a été la petite fille parfaite, celle qui étouffait ses propres désirs pour survivre à un système de contrôle, de violence et de punition. Mariama nous explique comment elle construit aujourd'hui sa vie à l'abri des regards de sa famille, protégeant son autonomie comme un trésor précieux. Elle se réapproprie enfin son corps et son identité. Mariama nous partage sa soif de vivre, qu'elle étanche désormais à travers la musique, la danse et ses voyages en solo à l'autre bout du monde. Merci Mariama pour ce témoignage touchant. Un grand bravo et bonne écoute à tous.
Mariama (1:01)
Bonjour, je m'appelle Mariama, j'ai 26 ans. Je suis d'origine guinéenne, mais j'ai toujours vécu en France. Je suis née dans une grande ville et j'ai toujours vécu une bonne partie de ma vie en tout cas avec mes deux parents, ma mère, mon père et j'ai trois frères, un grand frère et deux petits frères. J'ai des parents qui ont toujours baigné dans un environnement hyper religieux musulman. Mon père est née en Guinée dans un petit village, puis avec sa famille, on est emménagé dans une plus grande ville. Et dans un environnement, comme je le disais, hyper religieux. Tous les jours, il avait des cours de religion, à savoir que mon grand-père, du côté de mon père, est un peu vu comme une figure religieuse. C'était le référent environné religieux de son village puis de la ville dans laquelle il est emménagé. Donc, il organisait des cours de religion, des écoles coraniques finalement tous les matins. Mon père se réveillait super tôt le matin pour apprendre le Coran. Et c'était dans un climat assez particulier, assez violent, parce que lorsqu'il faisait des erreurs, il se faisait frapper.
Donc, ça obligeait à une sorte d'un peu perfectionnisme religieux. Et c'est un truc qu'il a par la suite réutilisé envers ses enfants pour plein de choses. Moi, il comprit, mais j'en parlerai un peu plus tard. Donc voilà, mon père a toujours grandi dans cet environnement hyper religieux. Mon grand-père avait quatre femmes. Donc, on fait une multitude de frères et soeurs un peu partout dans le monde, notamment aussi en France. Et pour le côté de ma mère, elle, elle est née en Sierra Leone, qui est un pays à majorité musulmane, mais où il y a quand même une grosse population chrétienne. Elle a déménagé en Guinée parce qu'il y a eu la guerre en Sierra Leone en les années 90 Elle a rencontré mon père et ils sont tous les deux venus en France en les années 90 À savoir que ce n'était pas un mariage forcé, alors que généralement, de côté de ma mère comme de côté de mon père, les mariages sont forcés. C'est toujours des cousins plus ou moins éloignés, parfois pas du tout éloignés avec lesquels on se marie, parce que le poids des traditions, c'est important que nos enfants aient la même éducation et qu'on soit d'accord là-dessus. Et tout simplement parce qu'il y a un peu ce truc, on considère qu'une personne qui a les mêmes traditions que nous, vaut mieux finalement que le reste, parce qu'on partage les mêmes valeurs et que nos valeurs sont plus importantes et sont meilleures que les valeurs que toutes les autres personnes, toutes les nationalités et cultures différentes peuvent avoir. Comme je le disais plus tôt, j'ai un gros frère et deux petits frères. On a vécu dans un climat assez particulier, assez violent, dans la mesure où lorsqu'on faisait des bêtises, que les bêtises soient liées à la religion ou non, c'était sinon une de coups. Typiquement, moi, j'avais très bons résultats scolaires, que ce soit à l'école républicaine ou à l'école coranique, parce que j'allais à la mosquée tout le week-end pendant 4-5 ans pour apprendre la religion, ce qui n'était pas nécessairement le cas de mon frère. Et donc, lorsqu'il avait de mauvaises notes, il savait qu'il allait se refrapper. Je savais qu'il allait se refrapper, ce qui m'a toujours amené à avoir une sorte de perfectionnisme dans la manière dont j'envisage l'école, dont j'envisage la religion. Et finalement, si j'étais aussi bonne élève ou une aussi bonne musulmane quand j'étais petite, que je faisais mes 5 prières par jour, je faisais régulièrement au courant, etc., ce n'est pas tant parce que je croyais, mais plus parce qu'on m'a dit que c'était comme ça qu'il fallait faire et que je ne le faisais pas, et bien je serais frappée, je serais punie. Je n'aimais pas cette idée de Dieu comme une entité qui serait émense, mais plus comme une entité qui était punie si tu n'avais pas les bonnes choses, qui te fait aller en enfer parce que tu ne l'aimes pas assez, et même pas tu ne l'aimes pas assez, et qu'il ne respecte pas assez dans ce que tu fais, et qu'il te fait aller au paradis, c'est bien mais tu fuis toutes les règles. Et chez moi, comme dans la religion, j'ai toujours eu cette manière de voir les choses, ce qui m'a empêchée en fait de développer une pensée religieuse. Et au fur et à mesure du temps, je me suis détachée de la religion parce que je voulais me détacher de la famille, et la religion et ma famille, c'était deux choses qui étaient étroitement liées. Je ne voyais pas l'un sans l'autre. Donc, si je voulais prendre mon indépendance par rapport à ma famille, par rapport aux traditions finalement qu'ils avaient, c'était aussi prendre mon indépendance par rapport à la religion. Et vice versa, si je voulais prendre mon indépendance par rapport à la religion, c'était aussi prendre mon indépendance par rapport à la famille. Mais donc, voilà pour les premières années de vie qui étaient assez particulières. Mais pour autant, il y a des choses un peu paradoxales qui se sont passées typiquement. Je faisais de la danse classique quand j'étais petite. Donc, j'étais en juste corps, en petit collant. Pour autant, ça dérange vraiment mes parents. Mais je n'osais pas forcément en parler à la maison. J'allais à mes cours dedans, je revenais à la maison. Ce n'était pas vraiment un sujet de discussion. Lorsque j'avais des spectacles de danse, je ne leur disais même pas, parce que je savais qu'ils se désapprouvraient un peu. Et donc, j'avais toutes les copines de mes... Enfin, j'avais toutes les mères et tous les pères de mes copines qui allaient au spectacle et pas les miens. Déjà, dès petite, je me disais qu'il y avait un fossé entre ce que je pouvais faire lié à la danse et la religion. Et donc, je voulais vraiment éviter de mêler les deux un maximum. Mon père, qui est très religieux, ma mère qui est relativement religieuse, et qui croit en Dieu, disons, mais qui n'est pas forcément très pratiquante. À l'hiver, à l'amadam, on ne m'a pris pas cinq fois par jour, ce qui était assez bizarre parfois quand j'étais petite, parce qu'on faisait tous la prière. Dès qu'on avait des moments, on était tous à la maison ensemble, on faisait la prière ensemble, avec mes frères et mon père, et ma mère ne la faisait pas. Ça m'a toujours un peu questionnée par rapport à la religion qu'on pouvait avoir. Est-ce qu'être religieux, être un bon musulman, une bonne musulmane, ça voulait dire être super pratiquante, voire prier nécessairement, dire le courant toutes les semaines, ou est-ce qu'on pouvait avoir un rapport à la religion un peu plus serein, ou décider un peu ce qu'on avait envie de faire, sans forcément que ça remette en question notre croyance en Dieu et en croyance en l'islam. Du coup, mon enfance. Oui, mes premières années étaient assez particulières, et comme je disais, c'était un climat assez violent, mais pour autant, étonné que j'étais la bonne musulmane, la bonne petite fille qui a des bonnes idées à l'école, qui fait les choses très bien, qui est présentable lorsque l'on invite la famille à la maison, j'ai été frappée certes, et pas forcément dans des conditions super agréables. C'est-à-dire que lorsque mon père me frappait, typiquement un jour, il a découvert que quand je lui ai menti sur le fait que j'avais prié dans l'après-midi, il a découvert que j'avais menti parce que le tapis de prière n'était pas dans le salon. Alors, je lui avais dit que j'avais prié dans le salon. Donc à ce moment-là, il m'a frappée. Et c'était un truc, à chaque fois que mon père me frappait, des rituels assez humiliants, dans la mesure où on devait compter les coups. Si on les comptait mal, on était frappés davantage. Si on pleurait, on était frappés davantage. Donc ça m'a très vite appris qu'il fallait absolument que je fasse très bien les choses, que ce soit d'un point de vue religieux, que c'est un point de vue culturel, que je respecte la culture de mes parents, que si je ne le faisais pas, il y aurait des conséquences. Tout ça pour dire que, étant que mon frère, lui, l'a eu beaucoup moins facilement que moi, entre grosses guillemets, j'ai toujours compris que si jamais je ne faisais pas bien les choses, ça pourrait être pire. Et donc, j'ai toujours essayé de faire aussi bien les choses possible. Et donc, j'arrive au collège. Quand je voyais que mes potes, c'est bien un peu comme elles voulaient pour aller à l'école, sans que ça pose de problème, parce que, enfin, en disant pays libre, les gens font un pas ce qu'ils veulent. Moi, je me suis mise à me changer dans les... Il y avait un McDo, en gros, dans le trajet entre l'école et chez moi. Et heureusement qu'il ouvrait à 7 heures. Donc, lorsque j'allais à l'école, je passais assez souvent là-bas pour me changer.
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