30 | Bahia, 30 ans – Double vie, pression religieuse et rupture familiale
Révolution des Cœurs
March 4, 2026
Dans cet épisode, Bahia née en France de parents tunisiens, raconte l’étouffement d’une adolescence sous pression religieuse et la double vie qu’elle mène pour survivre.Le déni de grossesse de sa sœur et le reniement brutal de ses parents agissent comme un séisme.
Speakers Bahia
TopicsRelationshipsSociety & Culture
SPEAKER_1 (0:00)
Bienvenue sur Révolution des Cœurs, le podcast qui libère la parole des femmes de culture arabo-musulmane. Ici, nous brisons les tabous et nous parlons d'amour et de liberté.
Dans ce nouvel épisode, Bahia, née en France de parent tunisien, raconte l'étouffement d'une adolescence sous pression religieuse et la double vie qu'elle mène pour survivre. Le déni de grossesse de sa soeur et le reniment brutal de ses parents agissent comme un séisme. Elle analyse avec lucidité les mécanismes de l'emprise familiale, le poids du regard communautaire et le conflit intérieur entre loyauté et besoin d'autonomie. De la rupture nécessaire au mariage célébré loin de ses parents, Bahia montre que s'affirmer n'est pas trahir mais se reconstruire. Un témoignage fort sur la pression religieuse, la double vie, le reniement parental et le chemin vers l'autonomie. Merci Bahia pour ce témoignage honnête et puissant. Un grand bravo et bonne écoute à tous.
Bahia (1:08)
Je m'appelle Bahia, j'ai 30 ans, j'habite en région parisienne. Je suis l'aînée de trois enfants, j'ai une petite soeur qui a 28 ans et un petit frère qui a 26 ans.
Et du coup, je suis la fille de deux parents qui sont en fait à l'origine cousins. J'ai un père qui est arrivé en France à l'âge de 3-4 ans, de Tunisie. Et ma mère qui a grandi en Tunisie jusqu'à l'âge de ses 28 ans. Et en fait, ce qui est assez drôle, c'est que mon père a vécu une vie assez folle. Il a fait les 400 coups, il était jeune dans les années 70 Donc quand il parle de son enfance, il parle beaucoup de soirées, de quand il était d'hygiénier. Il a eu plein d'aventures quand il a parcouru l'Europe, etc. Et lorsqu'il a eu une quarantaine d'années, malheureusement, il a perdu sa maman. Et de ce que je comprends à travers ces histoires, c'est qu'il a souhaité chercher une femme qui ressemblait à sa mère. Et donc il s'est marié avec ma mère. Et ma mère qui est venue en Tunisie à 28 ans. Et donc, quand ma mère est arrivée en France, elle a vécu dans l'appartement avec mon père. En fait, il faut savoir que mon père n'a jamais quitté l'appartement de son enfance. L'appartement dans lequel mes parents vivent est toujours le même, celui quand ils sont arrivés dans les années 50-60 en région parisienne. Donc à l'origine, il s'était dans un appartement insalubre. En fait, mon grand-père avait fait la seconde guerre mondiale. Et la France lui avait dit, bah écoutez, est-ce que vous souhaitez rester dans la marine nationale ou est-ce que vous voulez venir en France ? Donc il a dit, bah je préfère venir en France. Donc il a rapatré tous ses enfants. Et en fait, dans cet appartement-là, ils ont fait grandir mes oncles et mes tantes, etc. Et mon père est resté. Et du coup, ma mère s'est mariée avec mon père. Ils ont vécu dans cet appartement-là. Et donc la chambre dans laquelle j'ai grandi quand j'étais petite, c'est la même chambre dans laquelle mon père a grandi. Donc comme je disais, je suis née de trois enfants. Donc j'ai vécu toute ma vie avec mes frères et soeurs. On était ensemble dans la même chambre. Et en fait, dans notre appartement, on a aussi grandi avec notre grand-père. Quand j'étais petite, mon grand-père, je ne le voyais pas beaucoup parce qu'il voyageait énormément. Et ensuite, lorsqu'il a pris de l'âge, petit à petit, il avait passé de plus en plus de temps à la maison. Et ma mère, qui était sa belle-fille, c'était mon père, son fils, c'est ma mère qui a pris soin de mon grand-père toute sa vie. Donc tous les jours, j'avais une vie de l'extérieur très parfaite, parce que ma mère, c'était vraiment une femme au foyer modèle, comme on peut l'imaginer dans l'idéal maghrébin, c'est-à-dire la femme qui fait tout pour son mari, qui fait à manger parfaitement pour les enfants, qu'on était parfaitement habillés, on était super polis. Moi, j'ai des souvenirs de gens qui complimentaient ma mère toujours en disant vos enfants, ils sont parfaits. Et en fait, quand je pense à mon enfant, je me dis qu'on avait de l'extérieur la famille parfaite, mais en fait, à l'intérieur, c'était vraiment particulier. Et ça, j'ai le recul pour le dire aujourd'hui avec mes yeux d'adulte, mais sur le coup, je ne le comprenais pas. Je ne comprenais pas que ce n'était pas normal que mes parents se parlaient peu. Je ne comprenais pas que ma mère pour nous, c'était un peu comme une figure de surveillante. Ce n'était pas la maman avec l'imaginaire qu'on peut avoir classique de la maman qui fait des câlins, la maman qui on peut parler. C'était comme dans une sorte de pensionnat. Donc, il fallait qu'on fasse les choses bien. Si on ne faisait pas les choses bien, on était punis. Moi, j'avais tout de suite compris que, enfin, je ne sais pas si c'était dans ma personnalité naturelle ou si c'est mon inconscient petite-fille, mais du coup, je faisais tout parfaitement. Donc, j'étais la première de la classe. Je ne répondais jamais à mes parents. J'aidais mes frères et soeurs pour les devoirs. Enfin, et en fait, ce qui est drôle, c'est que j'ai retrouvé des journaux intimes quand j'étais petite. Et dans ces journaux-là, je faisais déjà des listes. Donc, je disais, pour être bien, pour être une bonne fille, il faut que je fasse ça. Il faut que je fasse la prière. Il faut que je fasse que je ne réponde pas à ma mère. Il faut que mes affaires soient bien rangées. Et en fait, pour moi, la religion, c'est comme ça que j'ai découvert. La première lecture de la religion que j'ai eue, pour moi, c'était plus un code de conduite. Et en même temps, c'était assez particulier parce que je voyais mon père, du coup, qui s'était marié à 40 ans, lui-même découvrir un peu la religion. Parce que même s'il est né dans une famille maghrébine, musulmane en tant que tel, en tant que jeune Français qui a vécu toute sa vie en France, il n'y avait pas forcément une approche de la religion hyper proche. Je pense que pour lui, la religion, c'était plus quelque chose de culturel. D'ailleurs, il ne parlait pas très bien arabe. Jusqu'à aujourd'hui, quand il parle arabe, il a un peu l'accent cassé. Mais en fait, il a appris à parler arabe avec ma mère. Il a appris à prier avec ma mère. Et petit à petit, quand je pense à mon enfance, je pense à comme un shift. On est passé d'une famille plutôt religieusement commune à une famille trépieuse. Et ça, bien sûr, je ne peux pas l'expliquer parce que je n'ai pas l'explication de mes parents. Et si je posais la question à ma mère, elle me dirait que c'est la bénédiction de Dieu. On se rapproche tout simplement, il n'y a pas vraiment d'explication. Mais moi, je pense que c'est un peu une influence qu'elle a eu en France. Parce que quand je regarde ma famille en Tunisie, ils sont, on va dire, pieux culturellement. Il y a les codes de la religion, on jeune, etc. Mais la religion n'est pas le centre de notre vie. Et en fait, moi, j'ai l'impression qu'avec mes parents, c'était vraiment la religion qui est devenue le centre de nos vies.
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