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27 | Nadia, 49 ans – Briser le silence, choisir sa liberté

Révolution des Cœurs

January 21, 2026

Dans cet épisode, Nadia, née en Algérie et arrivée en France à l’âge de 6 ans, livre un témoignage fort sur son parcours de femme issue d’une culture arabo-musulmane en quête de liberté.

Speakers Nadia

TopicsRelationshipsSociety & Culture

SPEAKER_1 (0:00)

Bienvenue sur Révolution des Coeurs, le podcast qui libère la parole des femmes de culture arabo-musulmane. Ici, nous brisons les tabous et nous parlons d'amour et de liberté. Dans ce nouvel épisode, Nadia, née en Algérie et arrivée en France à 6 ans, nous livre un témoignage riche et passionnant. À travers son récit, Nadia aborde différents sujets comme l'inégalité homme-femme, le culte de la virginité ou encore le tabou de la sexualité. Elle est mariée à un homme algérien, apostat comme elle, avec qui elle a bâti un foyer sain, emprunt de tolérance et de liberté. Nadia est parvenue à briser le schéma intergénérationnel, une belle nouvelle pour ses filles, débarrassées de toute pression religieuse ou culturelle. Merci Nadia pour ce témoignage qui donne de l'espoir. Un grand bravo et bonne écoute à tous !

Nadia (0:57)

Je m'appelle Nadia, j'ai 49 ans. Je suis née en Algérie, mais je suis arrivée en France à l'âge de 6 ans. Mon père est arrivé en France à la fin de la guerre d'indépendance pour chercher du travail. Il subvenait aux besoins de son père et de sa mère qui étaient restées au pays à l'époque.

Ensuite, quand il est arrivé à un âge adulte, autour de 20 ans, il a voulu se caser, trouver une femme, il fondait une famille. La logique de l'époque faisait qu'on allait chercher sa femme au bled. Donc il est reparti en Algérie pour essayer de se trouver une femme. Il est tombé sur ma mère et je peux comprendre qu'il est voulu immédiatement l'épouser.

Oui, ma mère est plutôt une belle-femme, il faut le dire. Et du coup, ils se sont mariés. Mon père avait 24 ans, je crois, à l'époque. Ma mère en avait 16 Ils ont commencé à fonder une famille, mais nous on restait au bled et mon père revenait en France pour continuer à travailler. Il envoyait à ce moment-là de l'argent pour subvenir aux besoins de sa famille en Algérie. Et au bout d'un moment, ma mère, la distance lui pesait. Donc mes trois frères et moi, on arrive en France en 1983 Donc on a quitté notre belle Kabylie, les belles montagnes de Kabylie, les belles montagnes de Verdoillante pour une cité HLM un peu glauque dans les quartiers nord du 93 Et une vie tranquille. J'avais une six ans. Je suis rentrée immédiatement à l'école. C'était assez simple. Enfin, j'ai appris le français assez rapidement. Je me suis très bien adaptée. Et puis c'était un peu l'âge de l'insouciance. J'avais six ans, donc forcément, moi, je pensais plus à sortir, m'amuser, jouer avec les autres enfants. Et puis il y avait cette ambiance villagee dans la cité. Tout le monde se connaissait, on sortait, on jouait avec tous les autres enfants. C'était une cité très cosmopolite, il y avait un peu de tout, bien sûr beaucoup, pas mal d'algériens et des marocains. Mais encore beaucoup de, il y avait encore à l'époque beaucoup de français, de blancs et d'autres nationalités. Donc on se mélangeait tous et on jouait tous ensemble, sans distinction. C'était bon enfant et à l'époque c'était sympa. Les années 80 c'était bien. Mais comme je l'ai dit, j'étais la seule fille, donc j'avais trois frères. C'était un peu sport à la maison, c'était beaucoup de chahutage, de bagarre. Donc à la maison, la seule fille et donc forcément ma mère a voulu m'élever comme une fille, malgré le fait que la proximité avec mes frères et sœurs faisait que j'imitais en fait leur jeu, leur façon d'être et je me comportais plus comme un garçon, entre guillemets. Je jouais au même jeu qu'eux, ma mère ne faisait pas de différenciation. Je mettais même les vêtements de mon grand frère quand ça lui allait plus. Donc ma mère m'habillait comme un garçon. On avait peu de moyens à l'époque, il y avait que mon père qui travaillait. Et du coup, ma mère restait à la maison et du coup, on n'avait qu'un seul salaire pour toute cette famille. Et sachant qu'après, ma mère a eu deux autres enfants, donc j'ai eu deux petites sœurs par la suite. Mais elle a une grande différence d'âge, j'avais huit ans et neuf ans de différence. Avec mes deux petites sœurs, je les resservais plus de babysitters que de grandes sœurs. J'étais une deuxième maman, je m'occupais de mes petites sœurs, comme ma mère aurait pu s'occuper d'elle. Et du coup, j'ai grandi avec mes trois frères et j'étais comme un garçon. Mais comme j'étais la seule grande fille de la famille, bien évidemment, les corvées de ménage, de cuisine et c'était pour moi. Mes frères avaient le droit à avoir des activités extrascolaires. J'avais un frère qui faisait du foot, un frère qui faisait de la boxe, un autre qui faisait du karaté. Et moi, je n'avais pas le droit d'activités extrascolaires. Je devais faire mes corvées et aider ma mère à la maison au maximum pour pouvoir tenir la maison. Je faisais le ménage dans la chambre de mes frères. C'est moi qui faisais le lit de mes frères, qui rangeait leurs affaires, qui repassait leurs affaires. J'avais mon grand frère qui aimait bien qu'on repasse ses affaires. Tous ses jeans devaient être repassés. Donc j'étais corvée de repassage. Mais bon, je prenais ça bien parce que je mettais un peu de musique. Et y'a de là, comme on dit. Et je me mettais à repasser. Je me mettais devant la planche à repasser tout en dansant sur la musique que je mettais en fond et je repassais. Et du coup, le temps passait plus vite. C'était plus facile. L'école, c'était sympa. Enfin, j'aimais l'école. J'étais une bonne élève justement et c'était, on va dire, une des valeurs par laquelle on me reconnaissait parce que je n'étais pas forcément une fille très féminine. Donc, je n'étais pas, et en plus, je suis brune, plutôt mate. Donc, je ne correspondais pas aux critères de beauté pour qu'on puisse m'accorder cette valeur-là. Mais j'ai été très bonne élève et du coup, on me reconnaissait cette qualité. Et ma mère était plutôt fière de moi du fait, peut-être que j'étais en tout cas toute la primaire, première de ma classe à chaque fois, malgré le fait que j'arrivais en France à 6 ans. Donc, pas un mot de français au départ. Et puis, le français est arrivé assez rapidement et les résultats scolaires également. Donc, l'enfance s'insouciante. Puis, en grandissant, l'approche des années 90 au collège, les années où potentiellement il y a des amours qui se créent, évidemment, je n'avais pas le droit forcément à avoir un petit ami. On était surveillés de très près non seulement par la famille, par mon grand frère, parce que j'avais un grand frère moi, et également par les garçons du quartier. Tout le monde se surveillait et il ne fallait surtout pas qu'on naisse une réputation de fille facile qui sort avec des garçons, etc. Donc je savais que c'était un interdit, que je ne devais pas avoir d'amoureux. Je me souviens même que quand j'avais huit ans, ma mère m'a autorisée à aller en colère une vacance avec mon frère. Donc on est parti à La Rochelle avec mon frère et il y avait un garçon, bizarrement j'avais huit ans, mais il y avait un garçon qui me suivait partout, qui avait un petit bégain pour moi. Et mon frère me regardait de travers pendant toutes les vacances, pendant tout le séjour en colère une vacance, mon frère me regardait de travers parce qu'il y avait un garçon qui avait des yeux sur moi, alors que moi ça m'intéressait pas du tout, j'avais huit ans, ça me passait au-dessus, mais juste j'avais un garçon qui me suivait partout, qui me harcelait, et mon frère en était très très fâché. Et j'ai un peu subi son couru, mais bon, heureusement il n'a pas été jusqu'à me molester ou me user de violence non, et juste de grands yeux noirs pour me dire qu'il n'était pas d'accord et que je faisais quelque chose de mal alors que je ne faisais rien, j'avais huit ans. Et ensuite, je n'ai plus jamais retourné en colline de vacances parce qu'après ça, vers dix ans, j'ai eu mes règles. Donc à partir du moment où on a ces règles, on ne nous envoie plus en voyage comme ça, avec une possibilité de mixité avec des garçons loin en colline de vacances. Donc je ne suis pas retournée en colline de vacances après une fois que j'ai eu mes règles. Donc je restais à la maison et mes frères partaient en colline de vacances. J'ai commencé ma puberté vers dix ans avec l'arrivée de mes premières règles. Et ensuite, le processus naturel fait que les autres phénotypes, les autres expressions de la puberté font qu'ils apparaissent progressivement avec une poussée de poitrine et bien sûr... Et du coup, forcément, je commençais à plaire à des garçons au collège et bien évidemment, je savais que c'était un interdit. Donc j'ai toujours refusé de me mettre avec un garçon tout le collège. De toute façon, ça ne m'intéressait pas forcément. Je préférais sortir avec mes copines. Un collège assez tranquille, mais à part que comme c'était les années 90, forcément étant d'origine algérienne, on partait en vacances en Algérie dans les années 90, quasiment tous les deux ans, pour voir la famille au bled. Et c'était la décennie noire à l'époque. Et c'était un peu effrayant tout ce qu'on a raconté, tout ce que nos cousins, toute la famille qu'on a laissé là-bas, parce que quand nous on était de nouveaux arrivants en France, on avait encore beaucoup d'attaches avec nos familles en Algérie. Et c'était très effrayant, tout ce qu'on racontait, les massacres, les tueries. Moi j'ai perdu un cousin pendant la décennie noire, il était gendarme et il s'est fait assassiné. On a tenu une embuscade. Et en plus il venait tout juste de se marier, c'était un jeune marié. Et il était marié avec une autre de mes cousines qu'il a laissé enceinte. Donc elle a eu un garçon qui n'a jamais connu son père. Et on était très triste. Bon, c'était une tragédie. Ça a un peu cassé la famille parce que sa disparition a laissé vraiment un vide. Il y a eu des complications familiales derrière. Je ne raconterai pas, mais moi ça m'a traumatisée parce que c'est vraiment quelqu'un qui était en âge, déjà proche de moi. Il avait cinq ou six ans plus que moi. Donc je le côtoyais, je le connaissais, je l'ai fréquenté. Et de me dire que tout à coup, comme ça, il s'est fait tuer, qu'on a tenu une embuscade, ça m'a un peu traumatisée. En plus, il était génial, c'était un gars génial. Bien évidemment, chaque année quand on est allé au bled, on devait faire attention parce qu'on devait traverser tout Algérie pour aller en Kabylie. On avait peur des barrages, des faux barrages. Donc c'était la panique. À chaque fois qu'on devait aller en Algérie, on ne savait pas si on allait arriver en entier jusqu'à la maison. Ça m'a un peu traumatisée cette période-là. Mais malheureusement, ce que j'avais remarqué, c'est qu'en France même, je voyais aussi une transformation. Dans mon quartier, dans le quartier où j'ai grandi, je voyais une transformation des mœurs, on va dire. Je voyais qu'il y avait de plus en plus de frères. Donc il y avait une recrudescence de la pratique.

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