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26 | Amina, 29 ans – Vivre une double vie

Révolution des Cœurs

January 7, 2026

Dans cet épisode, Amina, 29 ans, issue d’une famille tunisienne musulmane partage un témoignage sensible sur ce que signifie vivre une double vie.Mentir à ses parents pour préserver sa liberté.Mentir à ses amis pour protéger sa famille.

Speakers Amina

TopicsRelationshipsSociety & Culture

SPEAKER_1 (0:00)

Bienvenue sur Révolution des Coeurs, le podcast qui libère la parole des femmes de culture arabo-musulmane. Ici, nous brisons les tabous et nous parlons d'amour et de liberté. Dans ce nouvel épisode, Amina se livre à travers un témoignage aussi doux qu'instructif. Issue d'une famille tunisienne musulmane, Amina raconte ce que cela signifie de vivre une double vie, mentir à ses parents pour préserver sa liberté et mentir à ses amis pour protéger sa famille des jugements. Entre loyauté, peur de décevoir et besoin d'être soi-même, son témoignage met des mots sur une réalité que beaucoup connaissent mais que peu osent raconter. Merci Amina pour ce témoignage honnête et nuancé, un grand bravo et bonne écoute à tous.

Amina (0:53)

Bonjour, je m'appelle Amina, j'ai 29 ans, et je suis née en France d'une famille tunisienne. Mes parents sont nés en Tunisie, donc ils ont vécu en Tunisie jusqu'à l'âge de 20-25 ans, et puis ils sont arrivés en France. Et donc mon frère et moi, on est nés ici, on est nés en France. J'ai un grand frère de 31 ans, et puis c'est tout, on est une fratrie de deux. Donc on a toujours été très proches de notre famille avec mon frère, mais autant notre famille proche que notre famille qui est restée en Tunisie. Le reste de notre famille est restée en Tunisie. Mes cousins sont arrivés tout récemment en France, ce qui fait que j'ai de plus en plus de famille en France, mais la grande majorité de ma famille est restée en Tunisie. Et on a toujours été très proches du reste de ma famille aussi, parce que mes parents, depuis qu'on est tout petit, deux fois par an organisent un voyage pour aller en Tunisie pour retrouver la famille. On a grandi comme ça et on a toujours été très proches de la famille, et aussi dans un environnement... comment dire... On a toujours baigné en fait dans la culture tunisienne et la culture musulmane, autant ici qu'en Tunisie, par justement les voyages qu'organisait mes parents pour qu'on... comment dire... pour qu'on ne se sente pas déraciné en fait, c'était un peu l'idée. Et par rapport à la place de la religion dans notre famille, je dirais que ma mère est très croyante, très pieuse, contrairement à mon père. Mon père qui est arrivé lui beaucoup plus tôt en France, qui a eu le temps de se défaire un petit peu de tout ça, de se rendre compte que c'était avant tout un héritage culturel, et qui a même un jour dit je suis musulmane parce que je me suis réveillée et qu'on m'a dit que j'étais musulmane. Oui. Mais attention parce qu'il n'y a pas trop le droit de dire ça. Voilà, donc il y a ma mère dans le coin qui le regarde et qui lui dit d'arrêter.

Et disons que c'est ma mère qui resserre un petit peu, je dirais, les boulons et qui impose que malgré tout, on soit une famille musulmane comme traditionnelle, malgré le fait qu'on habite en France. Donc c'est un peu ça notre rapport avec la religion. Mes parents ne sont pas très conservateurs, mais en fait je dirais que ça dépend des sujets, tout simplement. Ça dépend des sujets. Ça veut dire que je n'ai pas du tout eu l'impression d'avoir grandi dans une famille hyper conservatrice, encore moins intégriste. J'ai l'impression d'avoir vécu dans une famille différente quand même. De celles de mes amis français athées. Mais pour autant, j'ai pas l'impression d'avoir été trop bridée ou trop avoir été dans une famille conservatrice pour le coup. Alors moi, je me rappelle avoir été destinataire de tout ce qui était en rapport avec la religion depuis que je suis toute petite. Donc depuis que je suis toute petite, mes parents ont essayé de me transmettre tout ce qui est en rapport avec la culture tunisienne. Je n'arrive pas trop à faire de distinction entre la culture tunisienne et la religion. Pour moi, les deux sont imbriqués. Et très vite, enfin très tôt dans ma vie, j'ai été... Du coup, on m'a transmis tout ce qui est en rapport avec la religion, avec la culture tunisienne. On m'a transmis ça de base comme... Enfin, on m'a expliqué ce en quoi je devais croire. Et puis on m'a expliqué aussi ce que je devais faire, mais très rapidement, parce que j'étais jeune. Donc, principalement, c'était relatif aux piliers, aux cinq piliers de l'islam. Mais des nouveaux sujets ont émergé cette fois quand j'ai grandi, en fait. Tout simplement, quand j'ai évolué aussi bien physiquement que mentalement, quand je suis passée de enfant à adolescente, jeune femme. Et c'est là que j'ai découvert une religion un petit peu différemment, un petit peu comme un dispositif d'interdit. Globalement, c'est l'idée. Un dispositif d'interdit de... Bon, aujourd'hui, je suis capable de le dire. Avant, je n'étais pas trop capable de le voir comme ça, mais comme un dispositif de domination, de différence, de distinction, en fait, entre femmes hommes, entre femmes musulmanes, femmes adées. Enfin, globalement, j'avais l'impression d'être différente de tous. Donc, on m'a présenté ça comme ça sans pour autant m'expliquer les fondements de toutes ces interdictions. Alors, peut-être que les choses auraient été différentes, je ne suis pas sûre, mais en tout cas, bon, voilà, moi, on m'a expliqué ça, enfin, on m'a décrit ça sans m'expliquer, alors que pour le coup, j'ai toujours été... je veux dire que... j'ai toujours aimé comprendre avant toute chose. J'ai toujours été assoiffée d'explications. Et pour le coup, sur la religion, j'ai cru comprendre qu'on n'explique pas, en tout cas très peu, on ne discute pas non plus, on ne remet pas en cause. Et tout de suite, moi, j'ai eu un problème. Parce que vraiment, depuis que je suis toute petite, je demande des explications sur tout. Et donc oui, tout de suite, j'ai eu un souci avec le principe même, avec le concept. Et disons que mes parents, enfin surtout ma mère, très tôt aussi m'a du coup, enfin explicité, tous ces dispositifs d'interdit par exemple, par rapport aux vêtements, tout simplement. Alors évidemment, on m'a jamais imposé le voile ou quoi que ce soit, mais sans m'imposer le voile, on m'a quand même expliqué que moi en tant que femme, je ne pouvais pas, enfin je devais quand même, comment dire, pas me cacher, mais je devais, en tant que femme, respectable, entre guillemets, je ne devais pas porter des habits moulants, pas porter de décolleté. En somme, je ne devais pas faire comme mes copines, voilà. Qui, elles, découvrent leur corps, qui veulent s'apprêter, qui veulent se maquiller. Pour le maquillage, par exemple, je n'ai jamais eu de difficultés, mais en fait les interdictions ne venaient pas que de mes parents, elles venaient aussi de ma famille un petit peu plus éloignée, notamment mes oncles, et j'ai déjà assisté à une scène terrible pour une jeune ado, où mon père se faisait clairement engueuler par mon oncle sur sa façon de m'éduquer, parce qu'il ne m'empêchait pas de me maquiller.

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