25 I Rabia, 73 ans – Grandir entre la France et l’Algérie, tracer sa voie
Révolution des Cœurs
December 17, 2025
Dans cet épisode, Rabia 73 ans doyenne du podcast, raconte son enfance en France puis son adolescence en Algérie où la condition des femmes a éveillé en elle une profonde soif de liberté.
Speakers Rabia
TopicsRelationshipsSociety & Culture
SPEAKER_1 (0:00)
Bienvenue sur Révolution des Coeurs, le podcast qui libère la parole des femmes de culture arabo-musulmane. Ici, nous brisons les tabous et nous parlons d'amour et de liberté.
Dans cet épisode exceptionnel, le dernier de l'année, j'ai voulu marquer l'occasion avec un récit riche en repondissements, aussi drôle que touchant. Rabia est une narratrice hors pair, vous verrez. Donc dans cet épisode, Rabia, qui est la doyenne du podcast, nous raconte sa naissance et son enfance en France, puis son adolescence passée en Algérie, où la condition des femmes a provoqué chez elle une rage de vivre et de liberté que personne ne pouvait éteindre. Le décès de son père, protecteur et voulant le meilleur pour ses filles, la pousse à revenir en France. Elle savoure sa liberté et réalise un de ses rêves, et cela implique un certain Elvis Presley. Merci Rabia pour ce témoignage fabuleux, je pèse mes mots, et un grand bravo. Quant à vous qui écoutez et soutenez ce podcast depuis maintenant un an, j'aimerais vous remercier de m'encourager à continuer. Ce n'est pas facile tous les jours, mais quelle fierté de libérer cette parole tabou et de rencontrer tant de femmes merveilleuses. Passez de belles fêtes et rendez-vous en janvier. Bonne écoute à tous !
Rabia (1:26)
Je m'appelle Rabia, c'est-à-dire Rabéa. Je suis née en 1952, accrochez-vous, j'ai 73 ans, mais dans ma tête, j'ai 16 ans. Rassurez-vous. Et donc, je suis née à Lyon en 1952 Mon papa, en Algérie, il a compris que ses futurs enfants, il n'avait pas d'enfant encore et qu'il n'était pas marié, n'irait pas à l'école parce qu'on était traités comme des fous, voilà, on n'était pas des personnes vraiment. Donc, il a enlevé ma mère qui s'est mariée avec elle et il l'a enlevé envers et contre la famille qui ne voulait pas, leur pauvre fille qui partait. Et il l'a amené en France, il a dit au moins mes enfants, eux, ils iront à l'école. Il était très jeune quand il a fait ça. Donc, il a enlevé ma mère, vous savez, avec la charrette en bas de la maison. Ma mère, la pauvre, elle est partie avec des robes à paillettes. Bien sûr, il fait beau en Algérie, c'est magnifique. Mais là-bas, ils sont arrivés à Lyon, dans les Nidonvilles.
Alors, elle est tombée malade, ma mère, parce qu'elle avait froid, elle ne savait pas parler français. Mon père, il parlait un peu, sûrement. Il a trouvé tout de suite du travail dans les usines Saint-Gobain. Et tout de suite, il est monté en grade, c'est-à-dire que sa situation s'est améliorée. Donc, il y a eu mon grand frère, qui est arrivé. Ensuite, mon deuxième frère, Abdelkrim, qui est né. Ensuite, c'est ma grande sœur Fatima, qui est née. Et ensuite, moi, je suis arrivée.
Ma petite sœur Farida, on était donc cinq. Et donc, on avait un appartement avec trois chambres. On était bien. Nous sommes les premiers à voir la télé. Donc, on recevait tous nos voisins. J'avais une voisine, une nuive, avec qui on s'entendait très bien. Et en face, j'avais madame Regaldo, qui était portugaise, avec qui on s'entendait très bien. C'est resté une cité d'ailleurs. Elle est toujours impeccable quand même. Et donc, voilà, on a vécu comme ça à Lyon. Et ensuite est arrivé le FLN. Ils ont contacté mon papa en France. Il y avait des réunions à la maison, dans la salle à manger. Il y avait des mecs qui venaient, ça fumait. On était tout petit, on regardait, on ne savait pas ce qui se passait. On ne savait pas. Et donc un jour, ils l'ont attrapé. Ils l'ont pris et l'ont emmené directement en Algérie, à Béthiwa, là où il vivait. Il a été emprisonné à Béthiwa. Ça il a disparu de ma vie, j'avais sept ans. Et il est resté en prison trois ans. Et nous, en France, soudain, on n'avait plus de papa, mais on faisait tous des études. Bien, voilà, mon grand frère. Et vous savez qui nous a aidé ? C'est l'école. Le surveillant général du lycée où était mon grand frère. Il venait voir ma mère. Ma mère ne savait pas parler français. Tout le monde a aidé ma mère. Mon... Le monsieur qui habite en bas, monsieur Attias, il nous avait acheté des robes. Je me rappelle des petites robes bleues à poids blancs. Moi j'adore, j'aimerais retrouver cette robe, je voudrais la reporter. Et on avait monsieur Régaldo. Enfin... Bon, mon père a disparu de chez nous. Mais voilà. Je sentais qu'on était différents, parce que ma mère parlait avec l'arabe. Mais mon père parlait un peu le français, puis il comprenait pas bien quand on ramenait les bulletins de notes et tout ça. Il y a un prof qui avait écrit. J'étais fantaisiste. Ça vous étonne, hein ? J'avais une peur bleue de mon père. C'était vraiment... On peut pas dire qu'on s'aime, nous, dans les familles arabes, hein ? Surtout pas. Mais j'ai changé, hein, maintenant. Je dis à tous ceux que je...
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