22 | Salima, 33 ans – Pression religieuse, violence familiale et émancipation par les études
Révolution des Cœurs
October 29, 2025
Dans cet épisode, Salima livre un témoignage très émouvant.Elle raconte son adolescence marquée par la pression religieuse autour du Ramadan, la violence exercée par son frère et le contrôle familial qui pesait sur sa vie quotidienne.
Speakers Salima
TopicsRelationshipsSociety & Culture
SPEAKER_1 (0:00)
Bienvenue sur Révolution des Coeurs, le podcast qui libère la parole des femmes de culture arabo-musulmane. Ici, nous brisons les tabous et nous parlons d'amour et de liberté. Dans ce nouvel épisode, Salima nous livre un témoignage très émouvant. Elle raconte à l'adolescence la pression du Ramadan, la violence infligée par son frère, l'émancipation par les études et la distance géographique pour vivre sereinement. Salima aborde également un sujet encore jamais traité sur le podcast, qui ne manquera pas de vous émouvoir. Sur une note plus joyeuse, Salima est enceinte et son accouchement est timidant. Je souhaite donc à Salima tout le bonheur dans cette nouvelle aventure. Un grand bravo pour ta participation au podcast et bonne écoute à tous !
Salima (0:55)
Alors je suis Salima, j'ai 33 ans. Je suis née en France de parents algériens, qui sont tous les deux nés en Algérie. On est une famille plutôt nombreuse, on est quatre enfants et je suis la dernière. En ce qui concerne la religion, mon père était moyennement croyant. Il est décédé en 2013 et ma mère est croyante pratiquante aujourd'hui, mais c'est depuis finalement le décès. Alors, concernant mon adolescence, c'est peut-être à ce moment-là où j'ai commencé à comprendre que ça allait être un petit peu compliqué. J'ai remarqué plusieurs signes. C'est à partir de cette période où on a commencé un petit peu à me fliquer, regarder un petit peu mes tenues, essayer aussi de m'imposer finalement le ramadan. Je n'ai jamais trop compris pourquoi le faire. Je n'avais pas spécialement envie de commencer en tout cas. Donc, ça a été une période un petit peu pas forcément évidente parce qu'on m'imposait quelque chose assez jeune et je n'avais pas forcément envie de le faire. Je ne comprenais pas pourquoi en fait à cet âge-là, j'avais besoin d'énergie, j'avais besoin de bouger, de courir, de me comporter comme une jeune fille finalement de 12-13 ans et on m'imposait ça sans trop m'expliquer pourquoi. Donc voilà, on me flique un petit peu sur les tenues, il ne faut pas que ce soit trop pour, il y a le ramadan à faire, etc. Et surtout ce qui me dérange en fait, c'est qu'on ne laisse pas tellement le choix. On me dit de le faire, que c'est comme ça et voilà. Donc j'ai deux sœurs, j'ai un frère, comme je t'ai dit, je suis la plus petite. Et je remarque aussi sur cette période-là, 12-13 ans en fait, que mon frère a finalement plus de droits, c'est le plus vieux également. Donc il n'est pas forcément très bon à l'école, mais ce n'est pas très grave. Il n'est pas forcément très sympa au quotidien, mais ce n'est pas très grave. C'est comme ça au quotidien et surtout, et le plus important, c'est qu'il a le droit à la violence et ce n'est pas très grave. Donc il y a un climat assez jeune chez moi en fait de violence. Donc voilà, il y a un climat de violence qui s'installe et surtout, et ce qui me dérange et je m'en rends compte assez jeune, il y a un climat en fait de normalité. C'est que c'est toujours de pire en pire mais c'est finalement, ça se ferme un peu par étape en fait. Au début c'est une claque, après c'est un coup de poing, le lendemain c'est autre chose et c'est normal. Parce que c'est finalement un homme, c'est le plus grand des frères et c'est toujours pardonnable parce que c'est lui. Je n'aurais fait même pas le quart de ce qu'il a pu faire depuis qu'il a pu dire que je ne sais pas trop ce qu'on aurait fait, mais ça n'aurait jamais été accepté et certainement pas comme ça. Donc voilà, il y a un climat de violence qui s'installe, de normalité. Je me rends compte aussi sur cette période que quand je vais chez des amis, finalement le climat est plus serein.
Voilà, que ce soit des voisins, des amis d'école, etc. En fait, tout est calme, il y a de la discussion, etc. Mais que je ne retrouve pas forcément chez moi. Et je comprends que ça ne va pas aller en s'arrangeant pas. Parce que là, en fait, je me rends compte que je suis une enfant, mais que plus je vais avancer dans l'âge, et plus on va essayer de m'imposer des choses qui ne me correspondent pas. Donc, toujours de la violence jusqu'à mes 20, 21 ans, c'est toujours de pire en pire. Parce que je grandis, parce que je deviens une femme. Et en fait, mon père est dépassé par les événements, il ne sait pas trop comment s'emporter avec mon frère. On a plus peur de mon frère que de mes parents, je pense à ce moment-là, ou avec mes sœurs. Et puis, même eux en fait, en tant que parents, ils sont dépassés, ils ne savent plus trop quoi faire. Et voilà, ma mère, dès qu'il y a une dispute, dès que ça part un peu en cacahuètes, c'est une crise de larmes. Mais à la fois, il faut toujours le protéger, il faut toujours mettre son énergie pour mon frère. Donc, il finit par partir, par quitter le foyer familial, mais il reste toujours dans la ville, en fait, dans la proximité. Donc, d'ailleurs, je ne comprends pas pourquoi, mais je pense que pour moi, c'était l'occasion de couper un petit peu les ponts avec lui, parce qu'il n'était plus habitant chez nous. Mais malgré tout, en fait, on continue de le voir, de faire comme si de rien n'était. Il vient au repas de famille, il y a un petit truc qui va de travers, il y a des disputes et violences et rebolote quelques semaines plus tard. En fait, c'est vraiment assez cyclique. On sait que ça va arriver, mais on continue de le faire parce que c'est lui. Ce n'est pas grave. Donc, je me rends compte après une soirée que j'ai envie d'appeler soirée de l'enfer, parce que c'était très compliqué, une soirée violente vis-à-vis de moi. Je ne sais pas trop ce qui se passe, mais voilà, je m'en prends un peu plein la tronche. Du coup, voilà, je décide, en fait, le seul moyen de me protéger, c'est de partir. Voilà. Donc, c'est compliqué parce que j'en veux à ce moment-là à mes parents, même si je sais qu'ils ne savent pas en fait comment faire, ou ils n'ont peut-être pas l'impression d'avoir des solutions pour me protéger. Moi, je pense que juste couper les cons ça aurait été largement suffisant, mais ils n'ont pas eu envie peut-être de le faire, je ne sais pas pourquoi. Mais je décide en fait de me protéger moi-même et que pour ça, il faut que je parte, que je trouve le moyen de partir. Et donc j'ai 21 ans et je me dis le moyen pour moi en fait de partir, c'est de partir pour les études. Donc, je pars en région parisienne pour faire mes études. Ce qui est assez contradictoire, c'est que j'ai quand même l'accord de mes parents, ils m'aident, ils sont vraiment derrière moi, ils motivent à réussir mes études, ils font en sorte que j'ai tout ce dont j'ai besoin pour réussir à obtenir mon diplôme, que je réussisse chaque année, etc. C'est assez contradictoire finalement avec le reste. Et quand je pars, je trouve clairement une autre vie, une vie de liberté. Et malgré tout, je ne fais pas forcément n'importe quoi, j'étudie très bien, j'ai mes responsabilités en tant que jeune femme, mais je découvre un autre monde. Je suis seule chez moi, je n'ai pas peur le soir quand je rentre. Si j'ai envie de traîner un petit peu avec des amis sans forcément faire de bêtises ou autre, malgré tout, j'organise mon temps comme une jeune femme, comme une jeune adulte. Et voilà, je découvre un petit peu ce goût de liberté qui me fait vraiment beaucoup de bien. Et forcément, j'ai un sentiment de culpabilité parce que je me rends compte que je suis mieux sur ma famille, sur mes parents.
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