21 | Rima, 30 ans – Quand la maternité remet en question la religion
Révolution des Cœurs
October 15, 2025
Rima a grandi dans une famille algérienne très conservatrice où la pression religieuse est omniprésente notamment avec le port du voile imposé par sa mère.Elle raconte une adolescence marquée par le poids de la religion et les attentes familiales.
Speakers Rima
TopicsRelationshipsSociety & Culture
SPEAKER_1 (0:00)
Bienvenue sur Révolution des Coeurs, le podcast qui libère la parole des femmes de culture arabo-musulmane. Ici, nous brisons les tabous et nous parlons d'amour et de liberté.
Dans ce nouvel épisode, Rima, issue d'une famille algérienne très conservatrice, nous raconte son adolescence marquée par le poids de la religion, notamment le port du voile imposé par sa mère. Rima se marie plus tard à un homme musulman et lors de sa deuxième grossesse, alors qu'elle attente une fille, Rima commence à questionner la religion et c'est alors que débute son parcours d'émancipation. Merci Rima pour ce témoignage très courageux et émouvant, un grand bravo et bonne écoute à tous !
Rima (0:50)
Je m'appelle Rima, j'ai 30 ans, je suis née en Algérie. Je suis arrivée en France à l'âge de 8 ans. Je suis issue d'une famille très conservatrice, et je suis l'aînée d'une grande fâtrie. Mes parents nous inculquaient la religion depuis le jeune âge. Il fallait apprendre le Coran par cœur, on devait aller au cours islamique, au cours d'arabe, et je n'avais pas le droit d'aller au cours de natation par exemple, au collège. Pendant ces week-ends-là, quand j'allais au cours d'arabe, j'étais voilée. Et un jour ma mère me dit, tu vas le porter pour toujours, le voile, et j'étais sous le choc. Je ne savais pas quoi faire, je n'arrivais pas à dire non, je n'arrivais pas à me rebeller. J'ai juste demandé à ne pas le mettre pour aller au collège. Je n'arrivais pas à le mettre devant mes copains, mes copines au collège, durant le lendemain, venir avec ce tissu. Mon ego était touché, je n'arrivais pas à le montrer en face aux autres. Après les années de collège, je suis partie dans un lycée musulman où j'ai pu porter mon voile du coup tous les jours. J'étais qu'avec des filles voilées, avec des garçons musulmans, donc on était dans un milieu communautaire. Donc je me fondais dans la masse. Je pratiquais plus ou moins bien la religion.
Le seul gros péché que je faisais, c'était de sortir avec un garçon à l'âge de 18 ans. Même si cette fréquentation avait pour but le mariage, mais quand mes parents l'ont découvert, c'était vraiment la fin du monde pour eux. C'était très grave de fréquenter un garçon, même si c'était pour un mariage. Donc ils ont vite voulu officialiser les choses. Donc on a dû faire le chlène, donc le mariage religieux, à mes 18 ans. Finalement, ce mariage religieux n'a pas abouti à un mariage, un vrai mariage.
Je l'ai découvert que cet homme-là n'était pas fait pour moi, et puis c'était que le début de ma vie relationnelle, amoureuse. J'arrivais à la fac, j'ai rencontré d'autres personnes. À cause de cette pression religieuse et familiale, j'ai dû faire un mariage religieux à 18 ans, alors que je n'étais pas prête. Mais vu que les relations hors mariage sont harames, elles sont interdites. Alors on est toujours obligé d'avoir une relation, et puis tout de suite, penser au mariage, on ne peut pas prendre notre temps. En plus de ça, on a plein d'interdictions en tant que femme. Je ne pouvais pas voyager seul, je ne pouvais pas faire ce que je voulais. Je devais toujours négocier juste pour faire un champagne entre copines. Je n'avais pas le droit, par exemple, de faire des voyages scolaires, des sorties scolaires. Je ne pouvais pas parler aux garçons. Je me sentais vraiment étouffée. Donc pour moi, le mariage, c'était comme une sorte de liberté. Je me suis quand même mariée à ma vingtaine, donc j'avais 23 ans. C'était un mariage religieux. Après une mokabala, une mokabala, c'est une rencontre entre un homme et une femme qui ne se connaissent pas et qui se présentent pour un futur projet de mariage avec l'entourage, avec la famille. Avec cet homme-là, avec qui j'ai fait cette mokabala, quelques mois plus tard, on s'est mariés. Alors on s'est mariés avec amour. Vraiment, c'était un coup de foudre. J'ai eu une chance énorme d'être tombée avec un homme que j'aime, que j'aime toujours. Je me suis rendue compte avec le temps qu'on a pris un énorme risque de se marier aussi vite et avec cette façon-là, sans même nous connaître, connaître nos défauts, nos qualités, vraiment de cohabiter ensemble. Vraiment, c'est un énorme risque et que maintenant je ne conseille à personne.
Même en étant musulmane, je ne le conseillais pas en fait. Je ne conseillais pas ce genre de moqaballah parce que c'est vraiment risqué. On peut tomber sur une personne qui ne nous correspond pas. Mais à ce moment-là, quand j'ai fait cette moqaballah, pour moi j'étais convaincue que Dieu allait bénir en fait cette relation. Vu que je faisais les choses dans les règles en suivant les règles du prophète et de la religion, pour moi forcément ma relation était bénie. Et que quiconque ferait la même chose, ça serait béni. J'étais complètement dans un monde de bisounours. Et dans l'ennemi en fait, je me suis rendu compte avec le temps que non, ce n'était pas possible pour tout le monde. J'ai eu une chance de tomber vraiment avec mon âme soeur, mais tout le monde n'a pas cette chance-là. Déjà en étant musulmane, je commence à me rendre compte de ça. Pour ma dote, dans le mariage on demande, la mariée a le droit de demander comme un cadeau, un grand cadeau, c'est une dote, et j'avais demandé un pèlerinage, chose qu'on a faite après quelques années de mariage. Pendant ce voyage, j'étais métigée, il y a des lieux où je me sentais bien et d'autres lieux moins, surtout des lieux comme la Mecque, vraiment, où c'est le lieu de pèlerinage. Et j'étais déroutée en fait, parce que je ne ressentais pas ce bonheur, ce bonheur qui me remplissait, que tout le monde en parlait, enfin, je n'arrivais pas, je me disais, il y a quelque chose qui cloche en moi, et je me remettais en question. Je me disais, c'est moi qui fais mal les choses, peut-être que je ne suis pas honnête dans ma pratique religieuse, je ne suis pas à fond dedans. Donc je me remettais en question, et après le pèlerinage, je suis rentrée à la maison, et après le pèlerinage, en fait, tous nos péchés sont effacés. Et je voulais continuer, en fait, dans cette lancée-là, à pratiquer ma religion correctement. J'ai arrêté d'écouter la musique, j'ai commencé à mettre des jupes pour progressivement mettre des abayas, et de mettre le voile légiféré, le vrai voile, pas en pantalon, tunique, voilà, tout en étant belle, maquillée, tout ça. Donc tout ça, je voulais arrêter. Je voulais réellement adorer Dieu comme il fallait, pour pouvoir revenir, refaire un peu le rinage correctement, ressentir cette spiritualité, ressentir tout ce qu'on doit ressentir. J'étais vraiment, à ce moment-là, j'étais connectée à mes émotions et je voulais ressentir ce que les gens disaient. Je voulais ça, je voulais pleurer en voyant la Mecque, je voulais l'Akabah, et ça je ne l'ai pas ressenti. Je voulais faire les choses correctement et repartir une autre fois. Je suis tombée enceinte de ma fille, qui était mon deuxième bébé. Et à ce moment-là, je ne l'ai pas trop acceptée en fait. C'est une grossesse que j'ai eu du mal à accepter parce que c'était une fille. Et je ne comprenais pas pourquoi. C'était vraiment difficile pour moi d'accepter ça. Comme si mes peurs sont remontées. Je me suis dit mais comment je vais éduquer cette fille ? Et j'ai eu peur. Et nous avons eu un dégât à la maison. Et tout mon entourage, dont mes parents qui sont très croyants du mauvais œil, me disaient oui c'est un mauvais œil, il faut mettre du coran à la maison, pour bénir un peu votre maison, tout ça. Et en fait, c'est la première fois où je me disais mais non, c'est pas le mauvais œil en fait. C'est pas le mauvais œil, c'est moi encore une fois qui fait mal les choses, c'est moi qui n'ai pas accepté mon destin, le fait d'avoir une fille. Donc Dieu est en train de me punir. Dieu est en train de me dire, bah non, remets-toi sur le droit chemin. Et je me suis remise dans le droit chemin. J'ai voulu en fait chercher plus en détail ma religion. J'ai cherché plus en détail parce que je me suis dit c'est pas possible en fait de toujours remettre sur quelque chose de l'extérieur. Ça peut pas être le mauvais œil, ça peut pas être les djinns par exemple, des identités invisibles, ou des personnes qui me veulent du mal. En fait, je dois prendre mes responsabilités, c'est ma faute. C'est moi qui n'ai pas accepté ça. Je me disais pourquoi Dieu me donne une fille, c'est tellement une grosse épreuve pour moi, je ne comprends pas, je fais tout bien, qu'est-ce qu'il se passe ? Donc j'ai commencé à chercher et à lire la religion, à lire les livres, à aller plus en profondeur, plus en détail. Au début, je ne lisais que les textes en dehors du Coran. Et déjà, il y avait plein de choses que je n'acceptais pas, comme le mariage de petites filles, l'esclavage, comment on traite la femme aussi dans la religion. Ça me rebutait, je n'aimais pas ça. Et pour moi, le Coran restait divin.
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