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20 | Amel, 55 ans – Grandir sous l’autorité d’un beau-père tyrannique

Révolution des Cœurs

September 30, 2025

Amel est arrivée en France du Maroc à l’âge de 2 ans. Elle raconte son enfance et son adolescence marquées par l’autorité d’un beau-père tyrannique.Dans cet épisode elle revient sur les années passées sous cette domination et sur les mécanismes d’emprise qui ont façonné son quotidien.

Speakers Amel

TopicsRelationshipsSociety & Culture

SPEAKER_1 (0:00)

Bienvenue sur Révolution des Coeurs, le podcast qui libère la parole des femmes de culture arabo-musulmane. Ici, nous brisons les tabous et nous parlons d'amour et de liberté.

Dans ce nouvel épisode, le 20ème du podcast soit dit en passant, Amel, arrivé en France du Maroc à deux ans, nous raconte son enfance et son adolescence difficiles, sous l'autorité d'un beau-père tyrannique. Malgré les nombreux obstacles, Amel finit par arracher sa liberté. Femme, épouse et mère accomplie, son récit d'émancipation, un véritable ascenseur émotionnel ne vous laissera pas indifférent. J'aimerais faire un petit clin d'œil à la fille aînée d'Amel, qui a découvert le podcast la première et a ainsi joué les intermédiaires. Merci Amel pour ce témoignage captivant et émouvant, un grand bravo et bonne écoute à tous !

Amel (0:58)

Je m'appelle Amel, j'ai 55 ans, je suis née au Maroc et je suis arrivée en France à l'âge de deux ans et demi. Mon arrivée en France était un peu spéciale, c'est pas dire je passe partie d'une migration qui débarque en France pour s'enrichir ou par souci financier. C'était une histoire malheureuse, on va dire quelque part. C'est le divorce de mes parents. Mes parents divorçaient juste un peu avant ma naissance. Et je suis restée, ma mère est venue vivre en France, un peu oubliée, l'homme de Sorby, je vais dire, donc en voyage en France. Elle y est restée et elle a rencontré un autre homme. Et moi, j'ai vécu avec ma grand-mère jusqu'à l'âge d'un an, jusqu'à l'âge de deux ans. Et puis ma mère a décidé de venir me chercher. Et d'une grande maison sous le soleil, une maison de joie, d'amour et de bonheur, je me suis retrouvée à atterrir à Yance-et-Folas, dans une glie grise. Bon, j'en parle comme ça avec du recul des enfants, je n'avais pas eu de tout la notion d'espace, la notion de temps, forcément. J'avais juste l'impression de voyager avec une jeune femme qui pouvait être ma sœur, que je trouvais extrêmement belle. Il n'y a pas du tout ma maman. Et qu'à l'heure du goûter, on rejoins chez ma grand-mère. Donc, je veux dire que ma seconde vie débute en province française, avec un monsieur que je ne le connaissais pas. La mère m'avait dit voici ton père. Donc, je parlais très bien arabe déjà à cet âge-là. Et j'avais dit à ma mère que ce n'est absolument pas mon père. Il ne sera pas mon père. J'avais planté le décor en train d'échanger dans cette sorte de conflit. Et puis, on s'est retrouvés effectivement dans cet espace, dans cette ville que j'ai trouvée grise et pluvieuse. Ça comproisait totalement avec le soleil et les odeurs du Maroc de mon enfance. Et là, dès le lendemain, j'ai dû aller chez ma nourrice. Et j'ai dû faire ma rentrée en petite section. Et ma mère avait décidé à ce moment-là qu'elle me parlait en français. Donc, par souci de l'intégration. Il fallait absolument, pour elle, l'école, c'était quelque chose d'extrêmement important. Donc, il fallait que je m'adapte au privit. Et pour elle, c'est assez drôle parce que je ne pensais pas le dire ça comme ça. C'est comme si je faisais un bilan de ma vie en racontant ça comme ça, de manière spontanée. C'est qu'elle était quand même, peut-être inconsciemment... Il y avait chez elle une volonté d'émancipation. Donc, elle se disait que ma fille va parler en français, nous sommes en France, j'aimerais qu'elle soit indépendante, qu'elle puisse subvenir ses besoins. Je pense qu'elle avait cette idée-là, mais sans l'affirmer totalement. Parce que ma mère est une usulmane, et c'est une femme qui a toujours été soumise, en fait, jusqu'à sa retraite, on va dire. Jusqu'à son deuil, précisément, quand elle a perdu son second mari, mon beau-père.

Et donc, mon enfance, j'ai souvenir de mes nourrices françaises. Ma maman travaillait énormément, son mari également. Donc elle travaillait au milieu hospitalier, ce que je la voyais peu, peu. Et je lui disais, je lui ai fait la remarque par la suite, en disant, j'avais l'impression que tu étais du vent. Une maman qui passait, qui repassait. Et donc, j'ai été fille unique jusqu'à l'âge de 10 ans. Visiblement, enfin, ce qui m'a intriguée, donc j'ai des souvenirs mais pas... C'est quelques souvenirs précis. Mais le reste, c'est assez vague. Je me souviens surtout que je passais beaucoup de temps à observer la fenêtre, à regarder les avions. Et à observer le ciel, une chose que je fais toujours à mon âge, dans l'Amoureuse du ciel. Et tout ce que je souhaitais en France, c'est que cet avion puisse revenir me chercher, me ramener chez mon grand-mère au Maroc. Ma vie a été rythmée. Maintenant, le soleil est venu des avions, l'observation du ciel. Et j'ai sauté une classe, simplement, j'ai maîtrisé assez rapidement le français. Ça a été plus un choc qu'autre chose pour moi, cette classe. Mais d'un côté, ma mère ressentait une certaine fierté. C'est toujours comme ça, un enfant qui saute une classe, on considère qu'il est surdoué. Et on le savait, cet enfant était surdoué. N'empêche que j'avais, comment dirais-je, je niais en fin d'année. Donc, en lui en sautant une classe, je suis arrivée en 6ème à l'âge de 10 ans, toute petite, avec un gros cartable. Et là, il y a eu une bascule dans mon existence. Je n'étais plus le petit enfant unique gâté. Donc ma maman avec son second mari a un premier enfant, un garçon, j'avais 10 ans. Donc un an et demi plus tard, elle a un second garçon. Et il décide de déménager pour avoir un logement un peu plus grand. Et on me laisse dans cet établissement, j'avais 10 ans. On me considérait déjà comme une adulte finalement, alors que avec du recul à présent, quand je vois mes enfants à 10 ans, je pense que je n'aurais jamais confié la garde de petit. Mais je pense que c'était comme ça. Dormir du mal, par exemple, une petite de 10 ans est tout à fait capable de faire le ménage, de s'occuper de ses petits-frères, ce sont des bébés. Mon adolescence a été très très compliquée. Cette année-là, j'ai redoublé ma psydième parce que j'étais sous le choc de ce changement des distances, de voir qu'il y avait deux enfants. J'étais au sein d'une famille qui portait le même nom, et moi je ne portais pas le même nom parce que j'étais issu du premier mariage de ma mère. Et j'avais l'impression de ne pas être aimée en fait. Et je me trompe, finalement, c'était juste le fait que le mari de ma mère qui était algérien, pour lui, la femme, j'étais pas une femme, j'étais une enfant, mais j'étais une femme en devenir, donc je vais rester à la maison, m'occuper des petits. Au point où j'avais vraiment l'impression d'être au service de ma famille. Je ne me sentais pas vraiment aimée. Je me sentais comme une petite bonne en fait, comme les bonnes qu'on peut retrouver au Maroc, qui arrivent dans des camps de famille, qui sont issus de familles pauvres qui subvenaient à leurs besoins. Et c'est de l'esclavage qui ressemble. Et en grandissant, 12 ans, 13 ans, 14 ans, 14 ans je ne m'en pouvais plus. À 14 ans il y a une espèce de bouleversement. C'est-à-dire que d'un côté je voyais mes amis occidentales, qui respiraient la joie de vivre, auxquels on n'a posé absolument rien. Donc il y avait des bouts, des sorties, des premiers flirts. Et moi, si je terminais mon cours à 18h, il y avait le soir à la maison à 18h05. Il fallait surtout que le prof ne tarde pas à donner les devoirs. Il fallait absolument être à l'heure, parce que ça devenait une guerre atroce. Et j'avais peur, j'avais peur de rentrer tard, j'avais peur de violence, j'avais peur de remontrance. Le mari de ma mère était quelqu'un qui avait son histoire aussi, qui avait son éducation.

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