2 | Meriem, 31 ans – La culpabilité d’aimer un homme non-musulman
Révolution des Cœurs
November 6, 2024
Dans cet épisode de Révolution des Cœurs, Meriem raconte son parcours et son chemin vers l’émancipation.Elle a grandi au Canada dans une famille algérienne et musulmane entre deux cultures et deux visions de la vie.Au cœur de son témoignage se trouve un sentiment très présent: la culpabilité.
Speakers Meriem
TopicsRelationshipsSociety & Culture
Meriem (0:10)
Salut, moi c'est Meriem et j'ai 31 ans. Si je commence par le début, mes parents ont immigré au Canada d'Algérie alors que j'avais trois ans. Je dirais qu'ils m'ont donné une éducation assez sévère. Comme j'étais l'aînée, les attentes étaient hautes. Et jusqu'à mes 18 ans, je ne causais pas de problème à mes parents, même si j'étais assez indépendante. Mais à partir de mes 18 ans, j'étais aux études préuniversitaires et j'ai commencé à m'intéresser aux garçons. Moi aussi, je voulais être amoureuse, comme tout le monde. Et c'est là que j'ai rencontré mon ex-copain. Ça a été une relation très dure psychologiquement et violente physiquement. Au point où ça a été filmé par une caméra de surveillance. La police a réussi à m'identifier à partir de la vidéo et ils sont venus chez moi, chez mes parents. Et c'est comme ça que mes parents ont appris la relation. Après, ça a été la période la plus dure de ma vie jusqu'à maintenant. Mes parents ont arrêté de me parler pendant plus d'un an. En gros, j'étais une honte pour eux. Je m'étais aussi isolée de mes amis parce que à ce moment-là, j'avais choisi ma relation avec lui plutôt qu'avec elle. Et en plus, la famille de mon ex-copain et lui me blâmaient pour la situation. Selon eux, j'avais fait quelque chose qui l'avait obligé à me violenter.
Mais le temps a eu passé et je me suis remise sur pied petit à petit. Je travaillais beaucoup et ça a été un vrai échappatoire de pouvoir passer du temps à l'extérieur de la maison et pas avec ma famille. Le travail, ça a aussi été une opportunité pour moi de penser à mon avenir et à mon autonomie. Et ça m'a permis d'entrevoir la possibilité d'avoir mon propre appartement, même si mes parents allaient refuser. Mais je me disais quand même que c'était le seul moyen que ça fonctionne.
C'était que je sois capable de tout assumer financièrement. Et je voulais vraiment quitter la maison familiale parce qu'à ce stade, ma culpabilité d'avoir été en couple, alors que c'était interdit, c'était petit à petit transformé en colère et en sentiment d'abandon. Mes parents ne m'ont pas supporté. Au contraire, ils me faisaient culpabiliser encore plus. Donc, si je reviens à l'histoire de l'appartement, j'y suis restée quelques années et j'ai bien aimé. J'ai eu beaucoup de dates Tinder et je sortais souvent. Mais malgré tout, je ressentais une nouvelle sorte de culpabilité constante, la culpabilité d'avoir abandonné mes parents. Surtout qu'à cette période, ma soeur avait des psychoses et je respectais pas ma religion parce que je ne priais plus. Donc, j'ai été très à plat pendant cette période-là. Et en plus, j'avais plus d'argent. Donc, je suis retournée chez mes parents et on a dû gérer les psychoses de ma soeur pendant près de deux ans. Mes parents avaient beaucoup de frustration à cause de ça. Ils ont jeté une partie sur moi. Et à ce moment-là, je priais beaucoup. Je priais pour ma soeur, pour mes parents, pour moi. Encore une fois, je voulais vraiment partir. Mais à ce moment-là, le COVID est arrivé. Je continue à travailler beaucoup d'heures par semaine, au point où j'ai pu économiser assez pour acheter un appartement et pour avoir une promotion. Et à ce nouveau poste que j'ai occupé, j'ai rencontré un Québécois.
Dans mon entourage algérien, musulman, même si ça fait des années qu'on est installé au Québec, au Canada, on a toujours reproché aux Québécois de pas avoir les mêmes valeurs que nous. Mais ce Québécois-là, j'ai aimé beaucoup et il avait les mêmes valeurs que moi. Il me tirait vers le haut, il me respectait, il était doux, il me faisait rire. Et surtout, je pouvais être moi-même avec lui. Il était tout ce que je voulais et tout ce dont j'avais besoin. Mais il n'était pas musulman. Sauf qu'à force de parler avec lui, je suis tombée amoureuse. Et j'ai choisi de suivre ma tête et mon cœur plutôt qu'une religion qui m'apportait plus de caissons que de réponses. Et en gros, ça faisait un moment que je commençais à m'éloigner de l'islam petit à petit. Parce que ce n'était plus une religion qui me représentait, qui représentait mes valeurs. Et j'avais lu des choses horribles sur l'islam et des choses qu'on nous cache. Donc rencontrer mon mari, c'était vraiment la dernière goutte qui a fait déborder le vase. Et on a fini par se marier. Mes parents, à ce stade-là, respectaient mon autonomie. Et ils savaient très bien qu'on allait se marier avec ou sans eux. Donc ça s'est bien passé avec eux, malgré tout. Et je sais que mes parents sont de bonnes personnes. Et le fait qu'ils aiment beaucoup mon mari me conforte beaucoup dans mon choix. Donc voilà mon histoire. J'ai fait petit à petit beaucoup de chemins. Ce qui fait que je peux aujourd'hui dire que je suis très chanceuse d'avoir un homme et une famille qui me supportent.
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