16 | Myriam, 46 ans – Double vie, mariage arrangé et liberté
Révolution des Cœurs
August 6, 2025
Dans cet épisode, Myriam née en France de parents algériens, raconte son adolescence marquée par la double vie et les attentes familiales.
Speakers Myriam
TopicsRelationshipsSociety & Culture
SPEAKER_1 (0:00)
Bienvenue sur Révolution des Coeurs, le podcast qui libère la parole des femmes de culture arabo-musulmane. Ici, nous brisons les tabous et nous parlons d'amour et de liberté. Dans ce nouvel épisode, Myriam, né en France de parents algériens, nous livre un témoignage dynamique, avec un franc parlé qui ne vous laissera pas indifférent. Myriam nous raconte son adolescence et le début de la double vie, ainsi qu'une tentative de mariage arrangé. Myriam dénonce également certaines traditions misogynes et le fléau des mariages consanguins. Il est aussi bien évidemment question de liberté et d'amour, car Myriam est un esprit libre et en couple avec son Jules depuis 14 ans maintenant. Merci Myriam pour ce vent de fraîcheur, un grand bravo et bonne écoute à tous !
Myriam (0:53)
Bonjour, je m'appelle Myriam, j'ai 46 ans, je suis née à Anir-sur-Seine dans les Hauts-de-Seine, je suis née en France et mes parents et moi-même, nous sommes d'origine algérienne du côté de Haurent. Je viens d'une famille, d'une fratrie de quatre soeurs et un frère, mes deux parents sont algériens et cousins germains, voilà, donc eux-mêmes ils ont été mariés via un mariage arrangé, et donc je voulais parler un peu de mon adolescence, pouvoir échanger sur ma période sentimentale et un peu ma bataille finalement contre tout ce que j'ai pu vivre sur mon adolescence jusqu'à l'âge de maintenant 46 ans. Donc ça, jusqu'à mon enfance, ça a été relativement normal et épargné, je n'ai pas eu de problématiques particulières, c'est-à-dire qu'on a été assez préservé au final, et on n'avait pas aussi toutes ces problématiques liées au voile, c'est-à-dire que mes parents ne nous ont jamais emmené à la mosquée, je ne sais absolument pas faire la prière, je parle l'arabe couramment, ça n'a pas de problème, mais c'est vrai qu'on n'avait pas cette emprise en tout cas du religieux, comme on peut le constater maintenant sur certaines familles. Et donc sur l'enfance, pas de problématiques. En revanche, à l'approche de l'adolescence, vers 15-16 ans, on a commencé à avoir des réflexions, c'est-à-dire que souvent, quand j'avais de la famille qui venait chez mes parents, c'était, ah, vous avez plein de filles à marier, puisque pour le coup, cinq sœurs, il y avait du monde. Et c'était, ah oui, donc il faut aller faire le ménage. Enfin, des petites réflexions. Nous, sur le coup, on ne faisait pas attention, on faisait de la rigolade. Mais on a eu après, donc après, pendant l'adolescence, moi, je ne l'ai pas super bien vécu parce que je n'étais pas à l'aise dans mon corps, je n'étais pas bien. Et donc avec mes parents, ça a commencé à devenir compliqué. Avec mes sœurs aussi, on n'avait absolument pas le droit de sortir. C'est-à-dire que quand on allait au collège, une fois que c'était fini, il fallait rentrer. Donc interdiction de sortir, de voir des amis, même en après-midi, même de prendre le bus pour aller au centre commercial, c'était l'expédition. Et donc tout ce qui était fait d'anniversaire, tout ça, on oublie. Parce que passer un âge, en fait, quand on a un corps qui se forme et qu'on devient femme, ça devenait compliqué de pouvoir sortir. Mes parents voyaient vraiment le mal partout, ils s'imaginaient que limite, on sort dehors, on allait coucher avec tout ce qui bouge, donc c'était un peu compliqué.
Ça, c'est pour la partie adolescence. Et donc après, je vais quand même intervenir sur ma croyance en Dieu, puisque j'ai vraiment eu un basculement à l'âge de 15-16 ans. J'ai toujours cru en Dieu quand j'étais jeune. Je faisais le ramadan, on faisait l'aïd, mais toute proportion gardée, rien à voir avec ce qu'on peut avoir maintenant. C'est-à-dire où on nous faisait rater l'école. Ça, mon père là-dessus a toujours été un peu en avance. Je vais me mettre un peu en porte-à-faux. Mais c'était de nous dire que comme on est en France, il fallait aller à l'école et que si on vraiment voulait vivre en tant que religieux pratiquants, il fallait retourner au bled. Donc ça là-dessus, pas de souci. Et donc j'ai perdu la foi à partir de 15 ans. Et ça, j'arrive à le situer assez clairement puisque j'étais à un mariage. Donc les femmes étaient dans la cuisine. Il fallait d'abord servir les hommes. Et il fallait que nous, on vienne manger limite après les restes. Et ça m'avait choqué parce que je ne comprenais pas pourquoi nous, en tant que femmes, on devait toujours passer au second plan, on devait tout faire. Ça, c'est déjà des éléments qui commençaient à me travailler de manière instinctive et inconsciente. Et puis, alors un jour, on avait un imam dans le quartier qui était en train de faire un cours aux garçons. Et moi, j'ai passé à côté. Et il leur dit, bah voyez-vous, la fille qui est là, elle a moins de chance de rentrer au paradis parce que c'est une femme. Enfin, 50 % quand même. Et je trouvais ça fou puisque je me disais, mais je n'ai absolument rien fait. Et quelque part, le fait d'être une femme, et bien on était condamné à finalement, on était un peu le mal incarné, la mauvaise personne. Et voilà, il y a plusieurs choses qui ont fait que j'ai commencé à me poser des questions. Je trouvais l'islam tellement injuste et inégalitaire que pour le coup, j'ai commencé à m'en éloigner rapidement. Après, j'ai eu cette chance, quand j'étais petite, mes parents ne nous emmenaient vraiment pas beaucoup au bled. Parce que c'est un coup d'emmener une famille de 8 personnes au bled entre la traversée du bateau et tout ça. Ça représentait un sacré budget. Donc je pense que j'ai pas forcément baigné dans ce background d'aller en Algérie, ou même au Maroc, parce que l'Algérie avec la guerre civile, ça a été compliqué. On allait quand même un peu plus au Maroc. Mais si je comptabilise, je suis allé peut-être, en toute ma vie, je suis allé trois fois au bled. Donc effectivement, j'étais un peu coupé de tout ça, en sachant que mon père était un peu libéral sur les bords, mais pas non plus, c'était pas un daddy cool, faut pas rêver. Donc effectivement, j'ai pas forcément eu cette influence. Donc pour en revenir après à ma perception en tant qu'adolescente, moi je ne comprenais pas pourquoi je ne pouvais pas aller à des anniversaires, sortir, ou même avoir un copain. Ça c'était inimaginable de toute façon, mon père s'était clair et net, mais c'était surtout très affirmé chez ma mère. Et c'est là où c'est une question qui m'a toujours préoccupé, dans la mesure où je me disais que finalement, en tant que femme, elle a subi ça, mais elle n'hésite pas elle-même à le refaire à ses filles. C'est là où j'ai compris après coup qu'effectivement, le rôle de la mère était quand même très prenante, et c'était quand même elle qui était gardienne de toutes ces vieilles traditions, et traditions un peu misogynes finalement. Donc passe l'adolescence, donc après de toute façon, comme je disais, c'est une période que je n'ai pas forcément vécu, j'étais un peu obèse avec de l'acné, donc j'ai envie de dire, là pour le coup, je n'avais pas de problématique à me faire draguer. Arrivée vers l'âge de 20 ans, forcément l'université, donc je me mets au sport et effectivement, je vais mieux, et j'ai commencé à vouloir sortir. Et là, ça a été très compliqué parce que je n'avais pas le droit, mais j'avais cette porte de sortie, l'université qui me faisait pour le coup, qui me donnait des raisons et des motifs pour pouvoir bouger. Donc mes parents se posaient moins de questions. Je me revois à refaire des plans, à dire à mes parents, ouais, je vais en Belgique, je suis invité chez une amie. Alors que ce n'est pas vrai du tout, j'allais voir un mec, enfin bref, des trucs complètement tirés par les cheveux. Et donc pendant les 3 ou 4 ans, j'ai vécu comme ça à faire des plans loucetés avec des copines qui essaient de me couvrir avec des alibis. Et donc j'arrivais quand même à voir un semblant de vie, entre guillemets, occidental, normal, où je me sentais quelque part libre de faire ce que j'avais envie de faire. Et donc l'année de ça, ça devait être dans les 23 à 24 ans, mes parents me disent, On t'offre un voyage au Maroc. J'aurais trouvé ça bizarre, j'aurais dû m'effier, parce que mes parents m'offraient des vacances, je trouvais ça louche. Mais bon, j'étais pas non plus, j'ai envie de dire, inconsciente. Je savais qu'il y avait quelque chose qui se tramait. Bon après, moi j'ai toujours eu un goût du challenge et de l'aventure, je suis allé effectivement à l'aéroport. C'est, je crois que c'était à Oujda. J'avais mon futur mari qui m'attendait. Et donc, bon, je n'étais quand même pas surprise, mais quand même, je trouvais ça assez gonflé de mes parents de me préparer un mari là-bas. Et donc, mon futur mari m'a demandé si j'avais tous les papiers pour pouvoir passer devant la préfecture du Maroc, en fait, qu'on appelle aussi des RAD. Je lui ai dit pardon, même n'importe quoi. Bon, à l'époque, j'étais célibataire et je me suis dit, bon, allez, pourquoi pas tenter. Donc, on a commencé à discuter. Mais alors, j'ai vu la bêtise crasse de cette personne, de me dire que je n'avais pas le droit de travailler, pas le droit de sortir. Et je suis rentré au bout d'une semaine, alors que j'ai été prévu pour rester trois semaines. J'ai fait un scandale, je voulais rentrer. Et je suis rentré et je lui ai dit, mais écoute mon vieux, déjà que je n'écoute pas mes parents, je vais certainement pas t'écouter. Donc après, je suis revenu en France et j'ai décidé. J'ai commencé à fréquenter un garçon et j'ai décidé d'aller m'installer avec lui. Celle-là, ça a été la partie, je pense, peut-être la plus dure de toute ma vie. Je revois ma mère qui me dit, je vais mourir à cause de toi, tu ne te rends pas compte de ce que tu me fais, c'est la honte, tu es la honte de notre famille. Et donc à pleurer, moi j'étais pas bien parce que j'ai toujours été mine de rien. On a la famille qu'on a, mais ça reste notre famille.
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