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14 | Fadila, 49 ans – Homosexualité, violence familiale et liberté

Révolution des Cœurs

July 2, 2025

Dans cet épisode, Fadila née en Belgique de parents marocains, partage un témoignage fort autour d’un sujet rarement abordé dans le podcast: l’homosexualité.Avec beaucoup de pudeur elle revient sur une enfance marquée par la violence familiale et sur le prix à payer pour conquérir sa liberté.

Speakers Fadila Maroufi

TopicsRelationshipsSociety & Culture

SPEAKER_1 (0:00)

Bienvenue sur Révolution des Coeurs, le podcast qui libère la parole des femmes de culture arabo-musulmane. Ici, nous brisons les tabous et nous parlons d'amour et de liberté. Dans ce nouvel épisode, Fadila, né en Belgique de parents marocains, nous livre un témoignage fort, abordant notamment un sujet pas encore traité jusqu'à présent, l'homosexualité. Fadila raconte, tout en pudeur, une enfance violente et le prix a payé pour conquérir sa liberté. Bravo Fadila, femme courageuse et libre, et merci pour ta belle conclusion à l'égard du podcast. Bonne écoute !

Fadila Maroufi (0:44)

Je m'appelle Fadila Maroufi, je suis éducatrice spécialisée et anthropologue de formation, donc j'ai fait un master en anthropologie. Je suis née à Bruxelles en 1976, j'ai 49 ans. J'ai l'impression d'avoir qu'encore que 5 ans.

J'ai grandi à Bruxelles et je suis issu d'une famille de 8 enfants, je suis l'aînée, et que dire de plus, de troisième génération, d'origine marocaine, berbère plus précisément du nord du Maroc. Alors mes parents étaient croyants, musulmans. Je dois dire que mes parents n'étaient pas, ils pratiquaient pas la prière, mais ils pratiquaient le ramadan. Voilà, c'était plutôt ramadan. Il y avait des principes de base qui étaient connus, mais c'était un peu à la carte. Mais ils vivaient quand même à l'époque de leur temps, c'est-à-dire qu'ils aimaient la musique, qu'ils vivaient, c'était des vivants. Bon, c'était pas facile non plus parce que mon père avait quand même pas mal de difficultés, il était assez violent avec nous. Mais à côté de ça, c'est quelqu'un qui a toujours travaillé, qui a connu aussi une enfance pas très joyeuse et qui était extrêmement violente. Mais je dois dire que sinon pour le reste, on était plutôt ouvert à la culture belge. Donc il n'y avait pas ce côté formatage vraiment religieux, mais en même temps il y avait des principes et des choses qui revenaient quand même, que je pense que beaucoup de familles musulmanes connaissaient. Notamment quand on mange, avant de manger on disait Bismillah, il y avait des petits mots magiques comme ça, mais c'était pas rigoriste et c'était pas un islam fermé comme on pouvait le connaître, c'était plutôt un islam traditionnel on va dire. Je n'ai pas vraiment eu une enfance très très joyeuse en réalité. J'ai beaucoup vécu dans la peur, j'ai vécu énormément de choses qui étaient très douloureuses et très violentes.

Et disons que c'est à partir du moment où j'ai quitté ma famille que j'ai commencé vraiment à vivre et à respirer. Mais disons que toute mon enfance et l'adolescence a été assez compliquée et la religion a commencé à prendre de plus en plus de place au fur et à mesure que je grandissais, que je commençais à m'approcher de l'âge où la fille a ses règles. C'est-à-dire que même si on, depuis petite, très très jeune d'ailleurs, on m'expliquait qu'il y avait des endroits où on ne pouvait pas me toucher parce qu'il ne fallait pas être des viergées. C'est vraiment, je pense, la chose qui nous lie un peu toutes les femmes d'origine de la culture musulmane. Et peu importe le niveau de religiosité, il fallait absolument préserver sa virginité. Et ça, on le sait des très, très jeunes, des petites. Moi, je pense qu'à partir de quatre, cinq ans, ça commençait déjà à m'être expliqué sans vraiment de détails. Mais au plus, je m'approchais, disons que je dirais que c'est à partir de vraiment neuf ans où ça commence vraiment à être plus fort, où on commence à dire attention, il ne faut pas trop jouer avec les garçons, attention, ceci, cela. Et où vraiment le séparatisme commence entre les garçons et les filles. Et moi je ne le vivais pas très bien parce qu'en plus j'étais un peu garçon manqué, j'aimais bien jouer au foot et j'étais très forte en sport en fait. En fait, je pense que j'étais plus prédisposée à être une championne dans un domaine sportif, on va dire. C'était vraiment le domaine que j'excellais.

Et j'aimais beaucoup ça et je pouvais l'exprimer surtout quand j'étais à l'école et puis je me rends compte vers l'âge de 9 ans que petit à petit, en fait, j'avais des restrictions. Jouer au foot, même en présence de mes parents, ça devenait de plus en plus difficile. Mon père me faisait des remarques à il faut arrêter là, etc. Donc, j'étais vraiment limitée dans mes mouvements. Et pour moi, ça, ça va être très, très dur. En tout cas, je vais le vivre très mal. Le rapport à mon père est très compliqué. Même si j'apprécie certaines choses de lui, il avait quand même des bons côtés. Et je dirais que le bon côté, c'est qu'il a une culture politique. Il a une culture quand même de la critique. Ça, je pense, c'est ce que je vais hériter de lui. Par contre, pour les questions, on va dire, émotionnelles vraiment d'un père vis-à-vis de sa fille, c'est une relation très distante, pratiquement inexistante, même s'il est présent. Et donc, sa présence, pour moi, elle est assez violente en tout cas, aussi bien psychologiquement que physiquement. Alors là, la soirée avec ma mère, quand j'étais plus petite, c'était vraiment bien. Je dois dire que ma mère n'était pas non plus, je ne la voyais pas comme étant quelqu'un de très, comment je dirais, qui impose les choses, elle aimait vivre, elle écoutait de la musique, elle regardait ses séries, etc. Elle était vraiment ouverte à ce qui est autour d'elle. Elle ne portait pas le voile, d'ailleurs, quand j'étais petite. Ça commence vraiment à changer avec l'âge, parce que d'abord, je ne correspond pas à la fille comme elle aurait souhaité, comme la plupart des mères marocaines ou ma grébine veut l'avoir, c'est-à-dire une fille qui aime, comment dirais-je, qui s'intéresse au mariage, qui rêve d'être mariée, qui s'intéresse à avoir des enfants, qui fait les choses que les femmes feraient. Moi, j'étais plutôt axée sur j'aimais lire, j'aimais faire du sport. Et puis, elle veut que je m'intéresse au mariage. On était très souvent invités au mariage et on sait très bien que dans les mariages, les femmes te regardent, elles te reluent, qu'elles préparent déjà le terrain pour essayer de négocier avec la mère pour les mariages. C'était ta fille, elle est bien, je la verrai bien pour mon fils, tata tata. Et même si j'avais 9 ans, 10 ans, 11 ans, les mères étaient déjà à l'affût. Et moi, je ne supportais pas ça. Et très vite, je vais demander à ma mère de ne plus aller à ses mariages parce que ça me gonflait, parce que ces trucs de Ah ben, est-ce que tu veux pas épouser mon fils ? Mon fils, il est bien, nan, nan, nan. Et j'avais 9, 10 ans quoi, et j'avais envie de dire Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse de ton fils ? Et ça, je ne supportais pas. Et ma mère, elle, elle était flatée de ça. En plus, moi, j'étais pas du tout attirée par les hommes, donc je le savais déjà petite. Donc moi, j'avais l'impression d'être complètement à côté de la plaque, que je n'étais pas normale, et que finalement, j'étais la seule au monde, que j'étais dans le mauvais corps, que finalement Dieu ne m'avait pas fait comme il fallait, qu'il avait raté son coup, qu'il y avait un truc dans la production qui a mal tourné, que le corps et l'esprit n'étaient pas du tout dans le bon. Et je me suis posé plein de questions, je me disais mais enfin, attend Dieu, mais tu t'es trompé quoi, tu ne peux pas me faire un truc pareil, c'est horrible ! Et je me suis dit mais comment je vais m'en sortir dans une famille où justement, et c'est sûr que dans la communauté musulmane, ce n'est pas le bon choix ? Et en même temps, je ne pouvais pas aller à l'encontre de ça, je me sentais bien qu'il y avait une dissonance entre le corps et l'esprit. Et puis finalement, je finissais par l'accepter, par le taire, je n'en parlais pas parce qu'évidemment, je savais aussi dans la communauté maghrébine, en tout cas de chez nous de Nador, du Nord, c'est qu'une fille, si elle commençait à s'intéresser trop à la sexualité, parce qu'il fallait s'intéresser mais en même temps pas trop, on te disait t'étais naïve si tu t'intéressais pas trop, mais en même temps, il ne fallait pas que tu montres que tu étais dévergondée et tout. Donc il y avait des choses que je cachais, donc ma sexualité, le fait aussi, et j'aurais primé beaucoup, donc je m'en intéressais pas du tout. J'aimais bien la lecture, donc je disais beaucoup des romans, j'étais très… comment je dirais… J'aimais bien la culture mais j'étais très intéressée aussi par la lecture. Mais de tout, j'aimais bien les voyages parce que j'avais un professeur à l'école qui nous racontait beaucoup ses voyages à l'école primaire, donc élémentaire, et qui nous racontait beaucoup ses voyages quand il allait en l'Egypte, en Grèce, et puis il abordait beaucoup la Grèce antique et l'Egypte antique, et donc j'adorais ça. Donc j'allais beaucoup à la bibliothèque, je passais vraiment tous mes samedis matin, j'allais à la bibliothèque chercher des livres, je lisais beaucoup. Et donc ça, c'est vrai que ça m'a permis de voyager beaucoup, de m'évader beaucoup. Mais c'est vrai que plus j'avançais dans l'âge, au plus avec ma mère ça devenait conflictuel. Au plus je ne supportais plus ces trucs où elle revenait avec Ah mais tu sais, il faut que tu apprennes à faire la vaisselle, à faire des repas parce qu'il va falloir que tu serves ton mari, tata tata. Et ça, j'aimais pas du tout ça. Et donc le conflit s'installait, mais en même temps, j'étais pas non plus, pas au conflictuel dans le sens où je vais remettre en question ce que ma mère disait. Parce que ça chez nous, ça se faisait pas. Il fallait obéir, etc. Et en même temps, ce côté-là aussi de mon père que j'aimais bien, c'est que j'ai su normalement, il me disait, mais il faut de la paix, il faut qu'elle étudie, etc. Donc ça, ce côté-là chez mon père, je dois dire que c'était lui qui me préservait par rapport à ça. Et c'est ça qui était un peu, en fait, qui est complexe. C'est que, on peut pas dire que tout était noir et tout était blanc. Il y avait des choses qui étaient très négatives, il y a des choses qui étaient aussi positives. Et je dirais que le côté positif, c'est que mon père, à ce niveau-là, au niveau études, pour lui, c'était très important. Il voulait que ses enfants fassent des études. Et chez ma mère, il y avait une espèce de douceur, mais en même temps, il y avait ce côté traditionnel quand même qui était présent. Et ça, ça a été vraiment très dur. Et avec l'âge, ça devenait de plus en plus dur. Et donc, au plus je grandissais, au plus l'écart se creusait, au plus elle commençait à devenir violente, mais plutôt psychologique. Il y avait une pression qui s'installait. La pression pour le mariage. J'ai vu beaucoup de mes camarades, de mes voisines, amis, etc. qui étaient mariées très jeune, 14, 15 ans. Celles qui se révoltaient, elles se retrouvaient, on les ramenait au Maroc, on leur enlevait les papiers, elles étaient mariées là-bas, etc. Donc il y a beaucoup de violences en fait, ou de choses qui se sont produites, que les Occidentaux pour moi ne connaissent pas. Et ça pour moi ça en fait partie, parce qu'une fois qu'elles étaient au Maroc, elles ne faisaient plus partie des statistiques, puisque là-bas elles étaient marocaines, donc elles ne comptaient plus en Belgique. Et donc moi je savais ça. Et ça, ça me faisait peur. Et je savais que j'avais intérêt à me taire sur certaines choses, donc je n'abordais jamais la question de la sexualité. Il y avait des sujets qui étaient à bout. Et donc j'obéissais. Et moi je n'espérais qu'une chose, c'est un jour d'être libre. C'est un peu ce que les femmes, on va dire, occidentales avaient, même si dans les périodes des années 80, les femmes occidentales n'étaient pas totalement libres. Elles avaient des libertés, mais il y avait quand même encore des restrictions, elles n'avaient pas encore totalement le droit d'avoir un compte bancaire seul, etc. Il y avait quand même encore des choses, mais quand même, on voyait de plus en plus de femmes qui voyageaient, des femmes politiques, Simone Veil par exemple ou Elisabeth Bannater qui s'exprimait. Et c'est vrai que pour moi, les femmes ont joué un rôle, c'est-à-dire que ma mère, elle aurait pu très bien faire en sorte que ça se passe autrement, mais elle n'a jamais été de mon côté. Par contre, elle protégeait mes frères dans toutes les conneries qu'ils faisaient. Mon père n'était pas au courant parce qu'il travaillait tout le temps, mais ma mère, souvent, elle taisait ce que mes frères faisaient, mais moi, elle ne me ratait pas. Ça, c'était sûr et c'était très difficile pour moi. Quand j'ai mis mes parents, on m'a dit qu'on allait au Maroc, et pour moi, c'était merveilleux parce que c'était un pays lointain, on allait partir en voyage dans un pays lointain, bien qu'on avait déjà voyagé, on allait à la mer. Mes parents étaient plutôt cool pour ça, je dois dire, c'est qu'on partait à la mer, on n'allait pas tout le temps au bled et tout. Les premiers jours, oui, ça allait, mais très vite, ça va se transformer. Je vois que, non, ne regarde pas par la fenêtre, ah non, l'après-midi, les filles ne peuvent pas sortir. L'après-midi, c'est la sieste, tu sors le soir avec ta famille, tu ne traînes pas d'or. Ce n'est pas du tout le même rapport qu'ici, qu'en Belgique. Donc je vois le rapport aux femmes qui est encore plus restrictif qu'ici. Donc je vais avoir un rejet total du Maroc avec tout ça. Je vais avoir une pression aussi d'une tante à 12 ans qui va demander, la soeur de mon père qui va demander la main pour son fils qui a 27 ans. Mon père, heureusement, il n'aime pas les mariages, ce qu'il appelle les mariages consanguins entre cousins germains. Donc ça, ça va me sauver. Mais elle insistait. Alors après, je comprends pourquoi elle était gentille avec moi. Moi, je pensais que c'était vraiment parce que c'était ma tante et je l'aimais beaucoup. Mais en fait, pas du tout. C'est parce que vraiment, elle avait un projet pour moi. Et quand je marche dans la rue avec ma mère, chaque fois tu as des femmes qui l'arrêtent et qui disent ta fille, elle est bien, est-ce que tu veux pas la marier à mon fils, etc. Et moi, tout ça, ça va me rendre malade. Je dis d'ailleurs, je vais tomber vraiment malade à un moment. Et ma mère, elle n'est pas contre l'idée du mariage. Mon père, à cet âge-là quand même, il dit non. Il dit non, c'est un enfant, je ne vais pas marier ma fille à 12 ans. Ma mère, elle, ça ne la dérangeait pas du tout. Et là, je vais avoir un total rejet. Je me dirai non, pour moi, je ne me reconnais pas là-dedans. Ce ne sont pas ces valeurs que je prône, ce ne sont pas ces valeurs que je veux. Et donc, je vais toujours me sentir belge et pas marocaine. Donc, je vais rejeter totalement. Mais ça ne veut pas dire que je rejette la culture, enfin les origines avec la culture, mais il y a des choses que je refuse et ça, je le refuse. Et donc, pour moi, je suis dans une société belge. Je vois les avantages pour une femme de naître et de grandir en Belgique. Et je vais chérir à partir de là la Belgique pour ça.

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