12 | Morjane, 49 ans – Aimer un homme non musulman et affronter le rejet familial
Révolution des Cœurs
May 5, 2025
Dans cet épisode, Morjane née en France de parents algériens, raconte un parcours marqué par l’exil, les contraintes familiales et le courage de suivre sa propre voie.Lorsque ses parents décident de retourner vivre en Algérie, Morjane doit s’adapter à une nouvelle vie avec beaucoup moins de liberté.
Speakers Morjane
TopicsRelationshipsSociety & Culture
SPEAKER_1 (0:00)
Bienvenue sur Révolution des Coeurs, le podcast qui libère la parole des femmes de culture arabo-musulmane. Ici, nous brisons les tabous et nous parlons d'amour et de liberté. Dans ce nouvel épisode, Morjane, né en France de parents algériens, nous livre un témoignage riche et absolument passionnant. Ses parents décident de retourner vivre en Algérie, et Morjane doit donc s'adapter à cette nouvelle vie, avec moins de liberté pour une fille. Après cinq ans sur place, la décennie noire contraint sa famille à rentrer en France. Morjane est ravie. Elle fait des études, tombe amoureuse d'un homme français non musulman, et le rejet de sa famille est sans appel. Ce témoignage est particulièrement fascinant de par cette durée, car Morjane prend le temps de tout nous raconter, et je pense que sa résilience ne vous laissera pas indifférent. Un grand merci à Morjane, et bonne écoute à tous !
Morjane (1:02)
Je m'appelle Morjane, j'ai 49 ans. Je suis d'origine algérienne, née en France. Je suis mariée depuis 15 ans avec l'homme qui partage ma vie depuis 25 ans, et nous avons deux enfants. Alors mon histoire commence avant ma naissance, avec bien sûr mes parents, comme plein d'immigrés, qui sont arrivés en France à la fin des années 60 Ils se sont mariés, mais ce n'était pas l'amour qui les a réunis. Mon père trouvait que ma mère était jolie et intelligente. Pour elle, c'était plutôt un moyen de partir d'un pays, d'un milieu dans lequel elle ne pouvait pas se sentir libre. Et d'ailleurs son plan, ce n'était pas de rester avec lui aussi longtemps, c'était de passer un an, divorcer, et puis du coup de gagner son émancipation et sa franchir de l'autorité. Mon père était quelqu'un de très gentil qui nous éduquait, qui nous inculquait des principes en discutant. Pour ma mère, c'était plus compliqué, elle était quand même très très dure. Et je pense, enfin surtout avec moi, et je pense d'ailleurs qu'elle ne me supportait pas parce que je l'ai enfermée dans ce mariage qu'elle ne voulait pas. Et comme tous les immigrés, en fait, le fantasme, le rêve de mes parents, c'était de revenir un jour au pays. Donc toutes les vacances d'été, on les passait là-bas. Deux mois, l'enfer. Mais bon, ils travaillaient beaucoup toute l'année pour qu'on puisse passer les vacances. Ils ont beaucoup sacrifié pour se construire là-bas une belle maison. Et puis, en été, on est parti et on s'est installé là-bas. Ça fait dix ans. Je parlais pas l'arabe, je comprenais, mais je parlais pas. Enfin bref, donc il a fallu tout réapprendre, lire, compter, raisonner et même, finalement quelque part, rêver en arabe. J'étais bonne élève, je travaillais dur. Donc mes résultats étaient très bons à l'école. Et puis, à côté de ça, j'ai appris aussi à cuisiner, à nettoyer, à m'occuper des petits, à faire comme les cousines, à me tenir comme elles, etc. Côté religion, mes parents étaient pratiquants, alors on pratiquait, mais c'était pas une pratique, ils étaient pas très durs par rapport à ça. Mais je me posais trop de questions, on pouvait en parler librement à la maison avec mon père, notamment. Je lui disais que je comprenais bien la finalité, mais je comprends pas la méthode. Je trouve ça trop arbitraire, la religion. C'est quand même bizarre de devoir donner autant à quelqu'un que personne n'a jamais vu ni entendu. Alors que pour moi le plus important, c'était d'être quelqu'un de bien et d'heureux et d'équilibré. Donc je faisais pour faire comme les autres, mais à ma façon. C'est-à-dire que quelque part, même si à l'extérieur j'avais l'air d'une jeune fille très sage et très, comment dire, prête pour cette vie en société, dans une société arabo-musulmane, je veux dire, ben en fait j'étais quand même un peu rebelle. Et donc, en secret, dans le noir, je m'opposais. Par exemple pendant le ramadan, alors je zonnais toute la journée, je faisais vraiment l'effort, toute la journée, et genre cinq minutes avant l'heure de la rupture du jeûne, et ben j'allais dans la salle de bain et je buvais de l'eau. Pour dire, ouais, peut-être que là-haut, il me regarde, peut-être qu'il me juge, mais c'est pas grave, c'est moi qui décide. Et puis, en Algérie, les années 90, ça commençait à être vraiment très, très, très compliqué. Pour mes parents, c'était difficile d'imaginer rester vivre là-bas, d'autant qu'ils voulaient vraiment qu'on puisse faire des études. Et pour les filles, ça devenait... La pression des islamistes, elle était vraiment trop, trop forte. Beaucoup ne pouvaient même plus se rendre dans les facs en danger. Donc on est revenu en France, j'avais 15 ans. Alors ce retour, tout le monde l'a mal vécu. Pour mes parents, c'était vraiment un échec, un sentiment d'échec, un déchirement. Ils laissaient derrière eux pour eux ce qui était une meilleure vie, avec une belle maison, pour finalement atterrir ici dans un appartement en banlieue. Il y avait aussi Partir et laisser la famille, alors que les intégristes commençaient vraiment à... Enfin, ça devenait vraiment très dangereux. Donc il y avait ce truc de... Je pars, je fuis, mais mon pays a besoin d'aide pour s'en sortir. Bref, pour mes frères et sœurs aussi, c'était difficile. Moi j'étais l'aînée, donc pour eux c'était plus compliqué, parce qu'ils laissaient derrière eux les copains, etc. Et puis du coup, en revenant ici, il a fallu à nouveau tout recommencer. Mais moi, en fait, je l'ai très bien vécu. C'est-à-dire que j'étais ravie de revenir.
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