11 | Aïcha, 24 ans – Vivre une double vie pour échapper au contrôle familial
Révolution des Cœurs
April 17, 2025
Dans cet épisode, Aïcha raconte son enfance et son adolescence marquées par un contrôle familial très fort.Pendant des années elle doit maintenir l’image de la fille parfaite aux yeux de sa famille, tout en menant en parallèle une vie cachée qui lui permet de préserver un espace de liberté.
Speakers Aïcha
TopicsRelationshipsSociety & Culture
SPEAKER_1 (0:00)
Bienvenue sur Révolution des Coeurs, le podcast qui libère la parole des femmes de culture arabo-musulmane. Ici, nous brisons les tabous et nous parlons d'amour et de liberté. Dans ce nouvel épisode, Aïcha raconte son enfance et son adolescence marqués par une pression religieuse très forte. Aïcha jongle entre l'image de fille pieuse pour sa famille et sa vie cachée lui autorisant plus de liberté. Elle finit par arracher son indépendance et vient récemment d'annoncer sa relation avec un non-musulman à sa mère. Je ne vous en dis pas plus. Aïcha a également souhaité montrer son visage. Pour cela, rendez-vous sur notre page Instagram. Merci beaucoup Aïcha, un grand bravo et bonne écoute à tous.
Aïcha (0:55)
Bonjour à toutes et à tous. Je m'appelle Aïcha, j'ai 24 ans, et je viens d'une famille qui est originaire d'Algérie. Donc, mon père est né en Algérie, il est arrivé en France pour ses études. Et lorsqu'il est arrivé en France, il a rencontré ma mère. Ma mère, elle est née en France et elle a grandi en France, mais ses parents étaient algériens aussi. Mes deux parents ont grandi avec cette culture maghrédine, surtout du côté de mon père.
C'est vraiment de lui que vient ce côté très très religieux et il l'a transmis à ma mère et à ses enfants. Donc, on est cinq enfants, en tout, dans la fratrie. Donc j'ai deux grandes soeurs, une petite soeur et un petit frère. Donc, je suis la troisième fille. Donc, avec mes frères et soeurs, on a tous reçu un prénom qui était issu du Coran. C'était important pour mes parents de choisir un prénom avec une connotation religieuse. Moi, mon prénom, c'est Aïcha, le prénom de l'une des femmes du prophète. Le prophète pourra m'aider. C'est pour cette raison qu'ils m'ont appelé comme ça. Mais moi, j'aime aussi me dire que Aïcha, ça vient du moharab qui veut dire la vie. Et j'aime beaucoup ces significations parce que je trouve que c'est une belle symbolique. En fait, quand j'étais petite, j'avais eu des problèmes de santé. Et donc, je trouvais ça bien de me dire que malgré ces problèmes de santé, je me suis toujours accrochée à la vie. Et même par rapport à mes parents, j'aime me dire que j'ai choisi la vie, la vie que je voulais avoir et non pas celle qui voulait me forcer à avoir, qu'ils avaient tracé pour moi. Donc cette vie-là qui était déjà toute tracée pour eux, c'était une vie qui est régie par la religion. Donc d'aussi longtemps que je me souvienne, la religion, elle a toujours été très présente dans ma famille. Voilà, que ce soit la prière, l'apprentissage du Coran, les cours de religion dans lesquels on allait avec mes soeurs tous les samedis. Ensuite, en tant que petite fille, on avait certaines règles à respecter au niveau vestimentaire. Ce sont des règles qu'on n'aurait pas eues en fait si on avait été des garçons, et ça, ça m'a toujours révoltée depuis toute petite. En fait, ça a commencé à l'âge de 8 ans. A l'âge de 8 ans, donc j'avais plus le droit de porter des jupes ou des robes qui allaient au-dessus du genou. Et ensuite, donc quelques années plus tard, à 12 ans, j'ai dû donc porter le voile, enfin cacher mes cheveux. Cacher mes cheveux et porter des vêtements qui allaient jusqu'aux poignets et jusqu'aux chevilles. Alors pour moi, j'appréhendais beaucoup en fait ce moment-là parce que j'avais déjà vu mes soeurs vivre ça et j'appréhendais beaucoup ça, j'avais très peur que ça m'arrive et bon ce moment-là a été inévitable et donc voilà, ma rentrée en sixième à 12 ans, j'ai dû commencer à cacher mes cheveux. Cette période du collège, elle a été très très dure à vivre parce que je voyais en fait que j'avais certaines règles à respecter, que mes rares camarades de classe n'avaient pas du tout. Enfin, voilà, les filles autour de moi, elles pouvaient s'habiller comme elles le voulaient, elles n'étaient pas obligées de cacher leurs cheveux, elles pouvaient s'exprimer comme elles le voulaient et moi, déjà que c'était un âge difficile l'adolescence, alors dans ce contexte-là, c'était... c'était encore plus compliqué à vivre. Ma mère, elle nous fliquait souvent pour s'assurer qu'on mette bien le voile avant, en étant dehors, enfin avant d'être dans le collège. En fait, on allait au collège à pied et donc entre la maison et le collège, il fallait bien qu'on cache nos cheveux et ma mère, elle aimait bien nous espionner en voiture pour voir si vous respectez bien cette règle. Et souvent, moi j'aimais bien déranger à la règle et j'en payais le prix fort une fois rentrée à la maison. C'était une période très compliquée où on se disputait énormément avec ma mère. Malgré toutes les protestations possibles, elle comprenait pas en fait que c'était trop dur à vivre pour une ado. Et enfin, pas que pour une ado, mais enfin, à cet âge-là on a envie de vivre, on a envie de s'amuser, on a envie d'être dans une certaine innocence et en fait d'être rattachée à un rôle de femme où on doit faire preuve de pudeur, où on doit cacher nos cheveux, ben ça nous allève toute innocence quoi. Ça nous fait grandir trop vite et moi j'ai souvent eu le sentiment d'être passée à côté de mon adolescence. En fait, ce qui était révoltant, c'était de voir qu'on est dans un pays où on est censé pouvoir être libre, mais que les normes familiales, elles sont tellement présentes, tellement imposantes, que c'est pas possible de faire autrement. On est obligé de subir, de se taire, de respecter toutes ces règles sous peine de chantage affectif, sous peine de violence parfois et ça a été très dur. Ce qui m'a fait tenir le coup, ça a été le soutien de mes sœurs. Elles ont toujours été présentes pour moi, elles m'ont toujours soutenue, c'était dur pour elles aussi, donc on se comprenait quelque part dans cette situation difficile, on était les seuls à se comprendre, parce que personne autour de nous pouvait réaliser ce qu'on vivait. Donc pour moi, ça a été très salvateur de les avoir à mes côtés et j'en suis très reconnaissante parce que je sais que c'est pas le cas dans beaucoup de familles maghrébines, mais je sais que c'est pas le cas dans beaucoup de familles maghrébines. Ce code vestimentaire, c'est toujours ce qui m'a le plus pesé, vraiment. Après, on avait quand même d'autres limitations, notamment au niveau de la vie sociale. On avait le droit de voir quelques copines de temps en temps, mais voilà, on ne pouvait pas faire de sorties le soir, par exemple. On ne pouvait pas avoir de lien quelconque avec des garçons.
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