Topics: Daily News, News
**Sophie Larmoyer** (0:02)
Bonjour à toutes et à tous, je m'appelle Sophie Larmoyer et il est l'Heure du Monde.
Aujourd'hui, comment les Afghans tiennent-elles encore debout depuis 5 ans ? Depuis ce jour du 15 août 2021, où les fondamentalistes islamistes, les talibans, ont repris le pouvoir dans ce pays d'Asie centrale.
**Annick Cojean** (0:30)
Les talibans sont à Kaboul au terme d'une progression éclair dans tout l'Afghanistan. La panique s'installe, le président afghan a quitté le pays. Les personnels des ambassades occidentales ont été évacués vers l'aéroport. Les islamistes radicaux reviennent donc au pouvoir 20 ans après en avoir été chassés par les Américains.
**Sophie Larmoyer** (0:50)
C'est le cri d'une femme désespérée.
**Annick Cojean** (0:53)
Venez, aidez-moi, j'ai besoin d'aide. Les talibans arrivent chez nous.
**Sophie Larmoyer** (0:59)
Les talibans ont-ils réussi à rendre les femmes invisibles ? Car c'est véritablement leur intention, leur seul programme, d'énier le moindre droit à la moitié de la population, à leur mère, à leur sœur, leur fille, leur voisine, jusqu'à celui d'apparaître simplement aux yeux des hommes dans l'espace public, même depuis une fenêtre.
Un contexte d'enfermement social qui rend la parole des femmes afghanes extrêmement rare et forcément clandestine et précieuse. C'est donc dans la plus grande discrétion qu'Annick Cojean, grand reporter au Monde, est parti à leur rencontre cet été, en Afghanistan. Paroles d'Afghanes, c'est un récit choral que vous avez pu lire dans les pages et sur le site du journal en cette fin d'été. Annick Cojean est avec nous dans L'Heure du Monde pour nous raconter ses 10 jours en immersion dans un pays qui condamne sciemment les femmes à l'enfer.
Un épisode produit avec Esther Michon, réalisation Amandine Robillard.
Bonjour Annick.
**Annick Cojean** (1:59)
Bonjour Sophie.
**Sophie Larmoyer** (2:01)
Pendant les 20 ans qui ont précédé ce 15 août 2021, l'Afghanistan avait réellement avancé vers plus d'égalité entre les hommes et les femmes, avec notamment l'adoption d'une constitution, un ministère des affaires féminines. Alors la société restait encore très patriarcale et traditionnelle, mais rien à voir avec le règne des talibans avant 2001
**Annick Cojean** (2:21)
Oui, c'était quand même très très différent. D'abord, le changement dans l'éducation était majeur. Les petites filles n'allaient pas à l'école ou pratiquement pas de toute façon sous les talibans. L'augmentation était de à 80 % de petites filles qui allaient à l'école, ce qui est fondamental tout de même. Pour l'enseignement supérieur, ça a été spectaculaire, ça a été multiplié par 20 C'est-à-dire qu'il y avait à peu près 5000 filles qui faisaient de grandes études en 2001 On est passés à 100 en 2021 C'est déjà 100 filles qui avaient rêvé d'avoir des métiers et elles voyaient d'autres filles qui exerçaient déjà ces métiers d'ailleurs. Il y avait des filles qui étaient dans l'administration, qui dirigeaient les ONG. Il y avait même des quotas dans certaines organisations pour mettre en avant les filles. Il y avait des femmes avocates, il y avait des femmes juges, il y avait des femmes procureurs, il y avait des femmes ministres, il y avait des femmes députées qui étaient des sortes de mentors et en tout cas d'exemples pour beaucoup de filles dans tout l'Afghanistan.
**Sophie Larmoyer** (3:14)
Donc le retour des talibans il y a cinq ans, c'est un coup de massue pour elles.
**Annick Cojean** (3:17)
Elles étaient mais asphyxiées, perdées leur souffle. Enfin moi j'ai vu des filles qui s'englotaient, pourtant je viens cinq ans après. Elles n'avaient toujours pas repris d'espoir. On m'a coupé les ailes, on a coupé mes rêves, on m'a interdite, on m'a emprisonnée. Il n'y avait que des mots comme ça. Mais c'est vrai que toutes ces filles avaient l'espoir de faire des études, d'avoir des métiers. Et là tout d'un coup, eh ben non, une sorte de chape de plomb est tombée dans toutes les familles et les hommes, les frères, les pères, les cousins sont devenus des porte-paroles d'une pression talibane qui fait qu'après tout les filles ne devraient pas être éduquées. Ça ne sert absolument à rien.
**Sophie Larmoyer** (4:03)
Tous les droits acquis en deux décennies en Afghanistan pour les femmes leur ont été retirés à une vitesse phénoménale pendant les cinq ans qui viennent de s'écouler. Et c'est vraiment une vision fondamentaliste de la Sharia, la loi religieuse de l'islam, qui impose les talibans, qui dit que leur conduit aux hommes et aux femmes. Mais ce sont aussi des décrets, un nouveau code pénal, entre guillemets, qui change et peu à peu, jour après jour, les femmes ont vu leurs droits s'étioler.
**Annick Cojean** (4:30)
S'étioler complètement, être supprimées, c'est ce qui explique leur angoisse, leur frayeur et le fait qu'elles ne savent très bien que du jour au lendemain, la petite chose qui leur reste peut de toute façon être annulée. Alors il y a eu une avalanche effectivement de textes, d'édites, de règlements, etc. qui n'est de toutes pas. Mais il y a trois textes on va dire récents en tout cas qui sont fondamentaux. Il y a d'abord eu en août 2024 la loi sur la promotion de la vertu et de la prévention du vice. C'est une loi qui est fondamentale. D'abord elle a instauré une police qui est terrible. Les gens parlent comme de la bivivivie, enfin ça c'est plutôt en anglais. Mais enfin ce sont des patrouilles dans les rues, dans les checkpoints. Enfin une patrouille qui fait très très peur. En général, c'est deux ou trois hommes qui sont en habillant blanc, avec un tissu, certains disent des tabliers un peu comme les tabliers de boucher ou alors de médecin. Mais enfin bref, on les distingue très vite dans la rue et qui sont là surtout pour faire observer le code vestimentaire. Enfin quelquefois c'est la barbe des hommes et aussi leurs vêtements. Ils n'ont pas intérêt à avoir un t-shirt ou quelque chose d'occidental, mais c'est surtout les femmes, la façon dont elles portent le masque ou pas. La burqa évidemment, si on voit un tout petit bout de chair, elles peuvent être vraiment battues, elles peuvent être tout de suite entraînées au poste. Cette police particulière dépend du ministère qui a remplacé le ministère des droits des femmes, le ministère des affaires féminines, qui a été immédiatement remplacé par ce ministère de la promotion de la vertu et de la prévention du vice. Bon, ça c'est la première chose et c'est absolument terrible, ça implique des tas de choses pour les femmes.
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