**Sophie Larmoyer** (0:02)
Bonjour à toutes et à tous. Je m'appelle Sophie Larmoyer et il est l'heure du monde.
Aujourd'hui, alors qu'Israël est au cœur des guerres au Moyen-Orient, le gouvernement de Benjamin Netanyahou est accusé par ses opposants de menacer l'État de droit en Israël. Le 30 mars dernier, l'État hébreu votait l'instauration de la peine capitale pour les Palestiniens qui, je cite, causent la mort dans le cadre d'un acte terroriste, et créé ainsi une inégalité entre les citoyens juifs et les autres. Torture, arrestation et réforme du système judiciaire Depuis l'arrivée au pouvoir en 2022 d'une coalition alliant droite, extrême-droite et ultra-religieux, les coups portés par le gouvernement au pilier de la démocratie s'intensifient. Alors comment comprendre la stratégie du gouvernement qu'a changé l'attaque terroriste du 7 octobre 2023 dans la mobilisation du peuple israélien ? La nature démocratique de l'État est-elle en jeu ? Et que peut la diplomatie pour contrer cette érosion des contre-pouvoirs ? Pour répondre à ces questions, Luc Bronner est en ligne avec nous. Il est le correspondant du Monde à Jérusalem. Israël, l'État de droit est-il en péril ? Un épisode d'Esther Michon et Estelle Dubot, réalisation Thomas Zeng.
Nous sommes le lundi 30 mars 2026 À Jérusalem, l'atmosphère est lourde au sein de la Knesset, le Parlement israélien. Les députés s'apprêtent à sceller un vote historique, l'instauration de la peine de mort par pendaison pour les Palestiniens accusés de meurtre terroriste. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Vir, monte à la tribune pour défendre son texte. Il porte son costume habituel, costume noir, chemise blanche, cravate rouge, équipa. Mais sur le revers de son veston, un détail attire l'œil. Un petit pins doré en forme de noeud coulant.
Une corde de pendu. C'est un symbole officiel porté par plusieurs députés de son camp depuis décembre 2025 pour signifier leur volonté, envoyer les prisonniers palestiniens à la mort, que ce soit par la pendaison, la chaise électrique ou le Thanasie.
Le ministre d'extrême droite commence son intervention en listant les mesures de privation déjà mises en place sous son mandat contre les prisonniers palestiniens.
**Itamar Ben-Gvir** (2:37)
Nous leur avons laissé le strict minimum du minimum du minimum du minimum.
**Sophie Larmoyer** (2:44)
Puis Etmar Ben-Gvir expose l'objectif de ce nouveau projet de loi.
**Itamar Ben-Gvir** (2:51)
À compter d'aujourd'hui que chaque terroriste le sache et que le monde entier le sache, quiconque haute la vie, l'Etat d'Israël lui hautera. Mes amis, les membres de la Knesset, aujourd'hui nous écrivons l'histoire. Vous et moi, nous sommes partenaires de cette histoire et au nom de Dieu, nous allons le faire. Nous allons réussir.
**Sophie Larmoyer** (3:16)
Ça y est, les députés ont voté. La présidente de l'Assemblée procède au décompte des voix et annonce les résultats du scrutin.
**SPEAKER_4** (3:24)
62 voix pour, 48 contre, une abstention.
**Sophie Larmoyer** (3:30)
Le texte est adopté par la majorité parlementaire, soutenu également par une partie de l'opposition. Cette loi introduit une distinction juridique majeure. Elle ne s'appliquera pas aux juifs israéliens qui commettraient des actes similaires en Cisjordanie occupée. Juste après ce vote, dans l'enceinte de la Knesset, Itamar Ben-Gvir brandit une bouteille de champagne pour célébrer l'adoption du texte, une image qui fera le tour du monde, avant que les agents de sécurité de l'Assemblée ne lui retirent la bouteille des mains.
Bonjour, Luc.
**Luc Bronner** (4:10)
Bonjour, Sophie.
**Sophie Larmoyer** (4:11)
Tu nous réponds depuis Jérusalem, où tu couvres pour le journal L'Actualité Israélienne, entre autres. Selon toi, cette loi sur la peine de mort pour les Palestiniens marque une rupture très importante dans le pays. Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi ?
**Luc Bronner** (4:25)
Cela fait 60 ans que la peine de mort, qui restait possible dans les textes en Israël, n'était pas appliquée.
60 ans à l'échelle d'un pays qui est finalement assez récent, c'est considérable. Ce qui veut dire que le vote de cette loi marque un tournant juridique, un tournant politique, puisque elle rétablit la peine de mort en la prévoyant uniquement pour des terroristes qui nient l'existence de l'État d'Israël. Donc de façon implicite, mais comprise par tout le monde en Israël, la peine de mort ne vise que les Palestiniens. C'est un premier point. Le deuxième point, c'est que cette loi réduit considérablement les droits de la défense. C'est une loi qui porte atteinte à des principes historiques appliqués en Israël et dans d'autres pays depuis longtemps pour protéger au maximum les droits des accusés.
Et enfin, c'est le troisième point qui est passé un peu inaperçu, mais qui est aussi essentiel. En votant cette loi, l'acné 7 fait une forme de déclaration de souveraineté sur la Cisjordanie. Il faut rappeler que la Cisjordanie est un territoire occupé depuis 1967, mais c'est un territoire sur lequel il n'y a pas eu d'annexion officielle par Israël. Or, en votant cette loi, en votant une loi qui instaure la peine capitale en Cisjordanie, de fait Israël émet une forme de déclaration de souveraineté sur ce territoire et par ce fait c'est aussi une loi qui a une conséquence politique majeure.
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