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Géopolitique : le retour de la guerre et ses paradoxes (2/4)

L'Heure du Monde

July 15, 2026

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en 2025, bon nombre de règles communes semblent avoir volé en éclats. Le recours à la force prime souvent sur le droit international, créant un nouvel ordre mondial très incertain.
Speakers: Sophie Larmoyer, Gilles Paris, Delphine Papin
**Sophie Larmoyer** (0:02)
Bonjour à toutes et à tous, je m'appelle Sophie Larmoyer et il est l'Heure du Monde. Aujourd'hui, depuis la réélection de Donald Trump aux Etats-Unis, fin 2024, l'ordre international est complètement bouleversé.

**Gilles Paris** (0:27)
Nous avons eu de très mauvais alliés au sein de l'OTAN.

**Sophie Larmoyer** (0:30)
Les règles du jeu commune, le droit international, sont délaissées. Le recours à la force est décomplexé.

**Gilles Paris** (0:38)
Nous allons les frapper avec une extrême violence dans les deux ou trois semaines. Nous allons les ramener à l'âge de pierre.
Je crois que je vais avoir l'honneur de prendre Cuba.

**Sophie Larmoyer** (0:48)
Entre le nouvel impérialisme incarné par Donald Trump, les rêves d'hégémonie économique de la Chine et la menace d'un président russe en perte d'influence, difficile parfois de compter ses amis.

**Gilles Paris** (1:01)
C'est un moment unique où un président américain, un président russe, un président chinois, sont tous contre les Européens.

**Sophie Larmoyer** (1:10)
Où va Le Monde ? Et comment imaginer la suite ? Cinq journalistes du Monde s'efforcent d'y répondre cette semaine. Nous vous emmenons dans les coulisses du Théâtre du Rond-Point.

**Delphine Papin** (1:20)
Trois minutes.

**Gilles Paris** (1:21)
Merde à toi sur maquillage. Merde.

**Sophie Larmoyer** (1:23)
Où le 22 juin dernier, ils ont animé La Nuit de la Géopolitique organisée par Le Monde.

**Gilles Paris** (1:29)
Merde, c'est dit.

**Delphine Papin** (1:30)
Non mais ça va être super.

**Sophie Larmoyer** (1:36)
Deuxième épisode, le retour de la guerre et ses paradoxes.
Sur la scène du Théâtre du Rond-Point, c'est au tour de l'éditorialiste Gilles Paris de décrypter les désordres du monde. Lui aussi sera rejoint par Delphine Papin, qui explique la géopolitique avec les cartes. Le retour de la guerre, donc, mais a-t-elle jamais cessé ? En tout cas, elle s'étend, elle se transforme. Les règles changent sous l'impulsion de l'hyperpuissance par excellence, les États-Unis. Les terrains de guerre sont profondément modifiés par les nouvelles technologies, les drones, l'intelligence artificielle, les satellites et les radars.
Voici les analyses de Gilles Paris et Delphine Papin qui s'articulent autour d'un mot agressé.

**Gilles Paris** (2:23)
Bonsoir.
Nous avons vu le premier temps de la Géopolitique, rompre. Passons au second, agresser ou faire la guerre. Il est au cœur d'une citation tirée d'un document dont on a beaucoup parlé au cours des dernières semaines. Une mise en garde contre, je cite, un véritable changement de paradigme dans le discours public et dans les cours en matière de réarmement, avec une réhabilitation inquiétante de la guerre en tant qu'instrument de politique internationale, tandis que les critères éthiques qui ont été limités à l'usage sont progressivement érodés.
C'est la réflexion d'un homme d'État un peu particulier, puisqu'il s'agit du pape Léon XIV dans son encyclique Magnificat ou Magnétas. Cette citation laisse entendre que nous assistons au retour de la guerre dans les relations internationales.
Disons tout de suite qu'il s'agit d'une vision assez occidentalo-centrée. Les statistiques des think tanks qui se penchent sur les conflits confirment. La guerre n'a pas cessé ailleurs qu'en Occident au cours des dernières décennies. Les guerres en vérité, car comme l'a écrit le théoricien de la guerre, Karl von Clausewitz, qui sera notre compagnon de route, la guerre est un caméléon qui change de nature à chaque engagement. À part les guerres de décolonisation qui commencent à la fin de la seconde guerre mondiale et qui se poursuivent jusqu'à les années 80, très schématiquement, on peut distinguer trois formes de conflits.
Le premier, c'est par exemple la guerre qui a opposé et l'hérité à l'Éthiopie de 1988 à 2000 Une guerre extrêmement meurtrière et violente, une guerre inter-étatique opposant des États souverains.
Le Soudan, de 1983 à 2011, a été le cadre d'une autre forme de conflictualité, la guerre civile, on va dire, guerre intra-étatique, et dans ce cas précis, sans participation étrangère. Et cette guerre s'est soldée par la sécession du Soudan du Sud. À Khartoum, après la chute du régime de Omar al-Beshir en 2019, une brève parenthèse démocratique a été interrompue en 2021 par un coup d'État, point de départ d'une nouvelle guerre fratricide, opposant deux généraux poutchistes, soutenus cette fois-ci par des puissances étrangères. L'Égypte et l'Arabie Saoudite dans un camp, les Émirats Arabes Unis dans un autre. C'est une troisième forme de guerre, la guerre intra-étatique, avec participation étrangère active. Alors, on se rend compte qu'il vaut mieux éviter, dans certaines parties de l'Afrique, mais aussi en Asie, ailleurs dans le monde, au Moyen-Orient bien entendu, éviter de parler du retour de la guerre, car la guerre, en fait, n'en est jamais partie.
On comprend aussi le thème du retour de la guerre, découle du retour de la guerre conventionnelle sur le sol européen. Il a été précipité par l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, qui alimente ce discours sur la nécessité du réarmement européen. Et ce thème s'impose d'autant plus avec l'offensive lancée contre l'Iran par les États-Unis et Israël. Donc c'est bien un changement de paradigme, comme dit Léon XIV, par rapport aux décennies précédentes, au cours desquelles les grandes puissances pouvaient faire la guerre, mais à des acteurs non étatiques dans le cadre de la guerre contre le terrorisme, ou au cours d'opérations très périphériques, pour la France par exemple, c'étaient les opérations Serval ou Barkhane, au Mali à partir de 2013 Alors il faut revenir sur le mécanisme qui a permis le nouvel âge de la guerre, avant d'examiner sur quel paradoxe et bien il débouche aujourd'hui. Et le constat est sans appel, les Etats-Unis ont été les artisans de cette dérégulation de la force. Et un dossier, celui de l'Irak, illustre à la perfection le revirement de Washington qui avait été aux avant-postes en 1945, lors de la rédaction de la Charpe des Nations Unies, qui faisait de la guerre un moyen ultime, ultime, de la régulation des relations internationales. C'était l'article 2, aligné à 4, qu'il l'exprimait ainsi. Mais la guerre n'était pas interdite, mais très, très encadrée.

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