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Géopolitique : la force intranquille de la Chine (3/4)

L'Heure du Monde

July 16, 2026

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en 2025, bon nombre de règles communes semblent avoir volé en éclats. Le recours à la force prime souvent sur le droit international, créant un nouvel ordre mondial très incertain.
Speakers: Sophie Larmoyer, Frédéric Lemaître, Delphine Papin
**Sophie Larmoyer** (0:02)
Bonjour à toutes et à tous, je m'appelle Sophie Larmoyer et il est l'Heure du Monde. Aujourd'hui, depuis la réélection de Donald Trump aux Etats-Unis, fin 2024, l'ordre international est complètement bouleversé.

**Frédéric Lemaître** (0:27)
Nous avons eu de très mauvais alliés au sein de l'OTAN.

**Sophie Larmoyer** (0:30)
Les règles du jeu commune, le droit international, sont délaissées. Le recours à la force est décomplexé.
Nous allons les frapper avec une extrême violence dans les deux ou trois semaines.

**Frédéric Lemaître** (0:41)
Nous allons les ramener à l'âge de pierre. Je crois que je vais avoir l'honneur de prendre Cuba.

**Sophie Larmoyer** (0:48)
Entre le nouvel impérialisme incarné par Donald Trump, les rêves d'hégémonie économique de la Chine et la menace d'un président russe en perte d'influence, difficile parfois de compter ses amis.

**Frédéric Lemaître** (1:01)
C'est un moment unique où un président américain, un président russe, un président chinois sont tous contre les Européens.

**Sophie Larmoyer** (1:10)
Où va Le Monde ? Et comment imaginer la suite ? Cinq journalistes du Monde s'efforcent d'y répondre cette semaine. Nous vous emmenons dans les coulisses du Théâtre du Rond-Point, Trois minutes !

**Delphine Papin** (1:21)
Merde à toi sur maquillage, merde.

**Sophie Larmoyer** (1:23)
où le 22 juin dernier, ils ont animé La Nuit de la géopolitique organisée par Le Monde.

**Delphine Papin** (1:29)
Merde, c'est dit.

**Frédéric Lemaître** (1:30)
Non mais ça va être super.

**Sophie Larmoyer** (1:36)
Troisième épisode, La Force Intranquille de la Chine.
Dans le paysage inquiétant et instable qu'offre le Monde, il est un grand pays qui garde son cap, c'est la Chine. À force de planifications et de développement XXL, Pékin rivalise avec les États-Unis technologiquement et économiquement. Xi Jinping tient tête à Donald Trump, la Chine se rêve en première puissance mondiale, et d'ailleurs, ses cartes la représentent au centre du Monde. C'est ce que vont nous raconter Frédéric Lemaître, ancien correspondant du Monde à Pékin entre 2018 et 2023, et Delphine Papin, en charge de l'innovation cartographique au Monde. Leurs analyses, enregistrées le 22 juin dernier, s'articulent autour d'un mot… Dominé.

**Frédéric Lemaître** (2:25)
Bonsoir.
Pour Donald Trump et Vladimir Poutine, on a dit c'était mieux avant. Du temps de la glorieuse Amérique impériale, au XIXe siècle, pour le premier, du temps de l'Union Soviétique, au XXe siècle, pour le second. Ce qu'on n'a pas dit en revanche, c'est que pour la deuxième puissance mondiale, la Chine, cette période est précisément la pire de son histoire. Parler du XIXe siècle à Xi Jinping, l'ex-chancelière allemande Angela Merkel l'a fait, et le numéro un chinois répond invariablement plus jamais ça. Plus jamais ce siècle de l'humiliation que les Occidentaux ont imposé à la Chine de 1839, début de la première guerre de l'opium, à 1949, arrivée des communistes au pouvoir à Pékin, une humiliation rendue possible selon lui par la faiblesse d'un pouvoir impérial à bout de souffle et le retard technologique pris par l'Empire du Milieu. Donc pour Xi Jinping, ce n'était pas mieux hier, ce sera mieux demain, quand la Chine sera redevenue la première puissance mondiale qu'elle avait été jusqu'au XIXe siècle. Et on y est, enfin presque. Pour la première fois de leur histoire, les Etats-Unis ont d'ores et déjà face à eux une puissance susceptible de les dépasser technologiquement et économiquement et dont ils dépendent sur de nombreux domaines. C'est ce qu'a montré le bras de fer autour des terres rares lors de la rencontre de Poussan en Corée du Sud entre Donald Trump et Xi Jinping en octobre 2025 Cette rencontre a constitué un tournant. Pour la première fois, un chef d'État s'est opposé avec succès à Trump et à ses droits de douane. Les États-Unis ne sont plus à même de dicter leurs lois. Le sommet à Pékin, mi-mai, entre Trump et Xi Jinping, a entériné cet état de fait. L'Américain qui a esconté, dit-on, l'annonce de 1 milliards de dollars d'investissement, un putain de big deal aux États-Unis, est reparti bredouille avec, au mieux, une vague commande de 200 Boeing que Pékin n'a d'ailleurs jamais confirmé.
De plus, Trump commence, par petite touche, à faire porter au président taiwanais, Lighting Teux, la responsabilité des tensions avec Pékin, exactement comme il fait porter à Zelensky la responsabilité de la guerre avec la Russie. Officiellement, bien sûr, la politique américaine à l'égard de Taiwan n'a absolument pas changé avec Trump. Néanmoins, celui-ci a quand même affirmé que les ventes d'armes américaines à Taiwan constituent, je cite, une excellente monnaie d'échange dans nos négociations avec Pékin. Une monnaie d'échange. Jusqu'à présent, les États-Unis s'étaient toujours refusés de discuter de ce sujet avec le régime communiste. C'est donc là un virage majeur.
Enfin, la Maison Blanche reprend désormais à son compte la nouvelle formule utilisée et créée par la Chine pour définir la relation bilatérale. C'est celle de la stabilité stratégique, une reprise qui évidemment ravit la Chine, de même que l'expression d'un G2 à nouveau employé par Washington flatte les dirigeants chinois. Logiquement, les voisins de la Chine s'inquiètent, non seulement Taïwan évidemment, mais aussi la Corée du Sud, les Philippines, le Japon, les principaux alliés des États-Unis dans la région. Ce n'est pas un hasard si trois jours à peine après la visite de Trump en Chine, la très nationaliste première ministre japonaise, Madame Sanae Takaishi, s'est rendue en Corée du Sud où elle a multiplié les accords de partenariat, notamment dans le secteur énergétique, avec ce pays dirigé par un président à gauche. C'est même la quatrième fois que les deux responsables asiatiques se rencontrent en six mois. Manifestement, ce qui les éloigne, la politique, est moins important aujourd'hui que ce qui les rapproche, la géopolitique.

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