**Thomas Baumgartner** (0:02)
Bonjour à toutes et à tous, je suis Thomas Baumgartner et il est L'Heure du Monde. Aujourd'hui, un anniversaire.
**Nigel Farage** (0:21)
Mesdames et messieurs, j'ose rêver que l'aube s'éleve sur un Royaume-Uni indépendant.
**Thomas Baumgartner** (0:32)
Il y a 10 ans, les Britanniques votaient à 51,9 % pour le Brexit, autrement dit, la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne. Pour la première fois, un pays sortait de l'UE.
Et l'homme qu'on vient d'entendre, c'est Nigel Farage. Il faisait partie des partisans du Brexit, qui promettait au Royaume-Uni libéré du joug de Bruxelles, un Royaume-Uni enrichi et maître de son destin. Face à lui, les pro-européens, perdant du scrutin, mettaient en garde contre le repli sur soi et impossible désastre économique. Mais que s'est-il passé en réalité ? Est-ce que le Brexit a été une bénédiction ou une calamité ? Ou encore finalement ni l'un ni l'autre ? Quelles conséquences ce big bang institutionnel a-t-il eu pour les sujets de Sa Majesté ? Au lendemain de la démission du Premier ministre Keir Starmer, qui était déjà le sixième Premier ministre depuis le référendum, le pays semble plus que jamais pris dans une crise politique dont on peine à voir l'issue. Cécile Ducourtieux est la correspondante du Monde au Royaume-Uni. Elle a suivi au jour le jour le long divorce entre Londres et Bruxelles.
Dix ans plus tard, un Brexit pour rien, un épisode de Yann Plantier, réalisation Florentin Baume.
**Nigel Farage** (1:46)
Ce n'est qu'en mettant un terme à l'amiable avec l'Union européenne que nous retrouverons notre démocratie, notre héritage et notre dignité.
Ce n'est qu'en divorçant d'avec l'Union européenne et en reprenant le contrôle de nos frontières que nous pourrons offrir au peuple britannique ce qu'il souhaite et soutient massivement. Grâce aux économies que nous pouvons réaliser sur les 55 millions de livres sterling que nous versons chaque jour à Bruxelles, nous sommes le seul parti capable de promettre 3 milliards de livres supplémentaires pour la santé publique sans alourdir la dette du pays.
**Thomas Baumgartner** (2:31)
Revoilà Nigel Farage, nous sommes en 2015, un an avant le référendum du Brexit dans une conférence de son parti, le UKIP, United Kingdom Independence Party, le parti de l'indépendance de Royaume-Uni. C'est un parti nationaliste anti-immigration et eurosceptique qui a du mal à briser son plafond de verre lors des élections législatives. Pourtant, Nigel Farage semble alors avoir foi en l'avenir.
**Nigel Farage** (2:52)
Je dois vous dire, je suis optimiste, je suis confiant, je suis enthousiaste, nous allons dépasser toutes les attentes.
**Thomas Baumgartner** (3:12)
Bonjour, Cécile.
**Cécile Ducourtieux** (3:13)
Bonjour, Thomas.
**Thomas Baumgartner** (3:14)
Il est intéressant cet extrait postérior. À l'époque où Nigel Farage fait ce discours, pas grand monde n'imagine qu'un an plus tard, le Royaume-Uni votera le Brexit.
**Cécile Ducourtieux** (3:22)
Effectivement, l'Union européenne n'a jamais été très populaire au Royaume-Uni. Beaucoup de Britanniques qui ne se sentent pas très à l'aise avec ce club de pays européens. Mais le Royaume-Uni bénéficie depuis des années, des décennies même, d'un statut un petit peu particulier et très avantageux au sein de ce club.
Effectivement, à l'époque, on n'imagine pas qu'une majorité britannique va voter pour un divorce.
**Thomas Baumgartner** (3:47)
Est-ce que tu peux nous rappeler le contexte de ce moment du Brexit ? Comment le pays s'est retrouvé devant les urnes pour décider de cette question de quitter ou non l'Union européenne ?
**Cécile Ducourtieux** (3:56)
Il faut remonter aux années 2010
David Cameron est premier ministre conservateur à l'époque. Et un petit peu en amont de la campagne des élections législatives de 2015 pour s'assurer du large soutien des électeurs de droite. Il fait une promesse, une promesse de campagne qui est qu'il organisera un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne s'il gagne. À l'époque, il n'imagine évidemment pas que le Brexit va l'emporter. Et il pense qu'il va pouvoir faire pression d'ailleurs sur le reste des États membres de l'Union européenne pour obtenir des conditions encore plus avantageuses pour le Royaume-Uni au sein de l'UE. Et par ailleurs, il pense que gagner ce référendum va lui permettre de neutraliser l'aile droite du Parti conservateur qui est particulièrement agrophobe.
**Thomas Baumgartner** (4:46)
Et c'est un mauvais calcul.
**Cécile Ducourtieux** (4:47)
Tout à fait, c'est un très très mauvais calcul. D'abord parce que l'UE est extrêmement rigide quand il s'agit de renégocier des conditions d'adhésion d'un pays membre. Et effectivement, ça intervient dans un contexte où beaucoup de Britanniques sont désabusés par la politique, ce centre laissé pour compte, notamment dans les régions du centre et du nord du pays qui sont désindustrialisés.
Et donc beaucoup d'entre eux prennent le prétexte de ce référendum pour envoyer un message de protestation au gouvernement. Ils sont exaspérés par la dégradation des services publics, notamment le service de l'hôpital, le NHS comme on dit au Royaume-Uni. Beaucoup d'entre eux sont aussi inquiets d'une immigration notamment européenne, très importante sur les dix années précédentes.
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