**Claire Leys** (0:03)
Bonjour à toutes et à tous, je m'appelle Claire Leys et il est l'Heure du Monde.
Aujourd'hui, sommes-nous de moins en moins nombreux à vouloir des enfants ? C'est un fait, la natalité chute en France comme ailleurs en Europe. Les raisons sont multiples, d'ordre économique ou social, quand il ne s'agit pas tout simplement d'infertilité, puisque un quart des couples rencontre aujourd'hui des difficultés pour concevoir naturellement un enfant. Mais une autre cause pouvant aussi expliquer ce déclin des naissances est longtemps restée sous les radars. Il s'agit d'un désir d'enfant en berne. Cette projection dans la vie, en dehors de la parentalité, est en soi une révolution quasiment anthropologique au regard de notre histoire. Et finalement, est-ce si grave pour la société si on est moins nombreux à vouloir des enfants ? Je reçois aujourd'hui Solène Cordier, journaliste au service Société du Monde et autrice d'une passionnante enquête sur ce sujet.
Chute de la natalité, le désir d'enfant est-il en berne ? Un épisode de Marion Bothorel, réalisation Quentin Tenaud.
Bonjour Solène. Bonjour Claire. Alors, tu as donc publié dans Le Monde il y a quelques mois déjà une passionnante enquête sur le désir d'enfant, qui serait donc en déclin. Et je reprécise avant qu'on commence la discussion. Aujourd'hui, on va vraiment se concentrer sur cette question du désir d'enfant, qui est une des raisons peut-être parmi d'autres de la baisse de la natalité. Mais voilà, on ne va pas faire un épisode sur la natalité en tant que telle. Et tu vas nous retracer l'histoire de cette notion de désir d'enfant. Mais tout d'abord, est-ce que tu peux nous expliquer comment t'es venue cette idée de faire cette enquête ?
**Solène Cordier** (1:58)
Alors, chaque année, dans le suivi de ma rubrique, au mois de janvier intervient le bilan démographique annuel de l'INSEE, qui est un bilan important qu'on traite au service société. Le dernier bilan paru en janvier porte sur l'année 2025
On enregistrait seulement 645 naissances, ce qui est un chiffre particulièrement bas. Avec une baisse de l'ordre de 2,1 % par rapport à l'année précédente. Et pour continuer sur les chiffres, un indicateur conjoncturel de fécondité qui s'établit à 1,56 enfants par femme. Bon, ça correspond au nombre d'enfants par femme sur une période donnée. C'est le chiffre le plus bas depuis la fin de la première guerre mondiale. Cette baisse des naissances tendancielle, puisqu'elle est amorcée depuis 2011, elle se poursuit, elle se confirme chaque année. Donc cette question-là, du désir d'enfant, me paraît intéressante à explorer, puisque justement, on a ces baisses consécutives d'année en année, et par ailleurs des discours qui émergent autour de la question du non-désir d'enfant, qui me conduisent à investiguer cette question-là.
**SPEAKER_5** (3:03)
J'ai jamais eu de désir d'enfant.
**SPEAKER_3** (3:05)
J'ai toujours su en fait que je ne voulais pas d'enfant sans vraiment le formuler jusqu'à ce que je comprenne que c'était ce qu'on attendait de moi.
**SPEAKER_6** (3:12)
C'est un peu la suite logique d'un couple et puis d'une vie pour beaucoup de personnes.
**SPEAKER_5** (3:17)
J'emploie souvent le mot viscéral parce que c'est un désir aussi viscéral que le désir d'enfant. J'ai tout dans mon corps qui m'appelle à ne pas être mère on peut dire.
**SPEAKER_6** (3:26)
Mais quand du coup moi j'annonce que c'est pas du tout ma suite logique, et c'est pas du tout là-dedans que je compte puiser dans le bonheur de ma vie, tout de suite mon choix il va pas être plus au sérieux.
**Claire Leys** (3:39)
Et alors si on prend un peu de recul, ces discours qu'on peut entendre sur les réseaux sociaux sont assez récents au regard de l'histoire. C'est ce que moi j'ai découvert en lisant ton enquête, et toi Solène, des chercheuses te l'ont confirmé.
**Solène Cordier** (3:54)
Oui, et en particulier les historiennes qui travaillent sur des temps plus longs, y compris les historiennes du monde contemporain. En fait ce qu'explique ces chercheuses, parce que ce sont principalement des femmes qui travaillent sur ces questions là, sur les questions de la maternité et du temps lent, c'est que la question du désir d'enfant, elle est vraiment vraiment très très récente quand on regarde le passé. Tout d'abord parce que les femmes de tout temps ont été pensées non pas forcément comme des individus en tant que telles, mais comme des mères.
**SPEAKER_7** (4:26)
Parce qu'il est naturel pour une femme d'avoir un enfant, c'est tout à fait naturel. C'est la chose la plus importante de sa tâche dans sa vie.
**SPEAKER_8** (4:36)
Pour moi, c'est un épanouissement de la femme d'avoir un enfant, quitte à être mère célibataire.
**Solène Cordier** (4:42)
Leur rôle social était vraiment très tourné autour de la maternité, donc cette question du désir était pas présente dans les interrogations.
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