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**Thomas Baumgartner** (0:03)
Bonjour à toutes et à tous, je m'appelle Thomas Baumgartner et il est l'Heure du Monde.
Aujourd'hui, les langues indigènes du Brésil envoient de disparition.
Ce que vous venez d'entendre, ce sont des langues brésiliennes utilisées par des communautés indigènes jusqu'au tréfond de la forêt amazonienne. Il en existe près de 300 300 langues différentes qui font du Brésil l'un des pays les plus riches et les plus divers en la matière. Sauf que bientôt, il n'y aura plus personne pour les parler. Ces langues sont en voie d'extinction. Près de la moitié d'entre elles pourraient disparaître dans les années à venir. Alors pourquoi disparaissent-elles ? Quelle perte représente ce glottocide, c'est-à-dire la disparition des libérés des langues ? Et peut-on lutter pour leur préservation ? Pour répondre à ces questions, on se met en lien avec Bruno Meyerfeld, notre correspondant au Brésil, qui a rencontré, vous allez l'entendre, l'ultime représentante des Piripura, surnommé le peuple papillon pour sa manière furtive et véloce de traverser la forêt. Il nous raconte ça et tout de suite après, on sera avec lui pour une conversation. Brésil, les langues indigènes en voie de disparition, un épisode de Garance Muñoz, réalisation Amandine Robillard.
**Bruno Meyerfeld** (1:35)
J'ai voulu rencontrer Rita Pilipicou car elle est en fait le symbole vivant de la tragédie indigène au Brésil. C'est la dernière femme représentante de son peuple, le peuple qu'on appelle le peuple papillon.
C'est un peuple qui va s'éteindre, qui a été victime d'un génocide organisé depuis des dizaines d'années déjà et leur culture va disparaître avec eux. Et donc j'ai trouvé ça évidemment crucial de raconter et d'écouter leur histoire.
C'est toujours un peu délicat de se rendre dans un peuple indigène. Il faut une certaine préparation logistique, il faut apporter son hamac, sa moustiquaire, de quoi manger. La rencontre s'est déroulée dans le village Calipun. Le village Calipun, c'est un endroit qui est assez éloigné à 350 kilomètres à l'ouest de l'endroit où Rita est née. Mais Rita s'est mariée avec un Calipun qui s'appelle Haripun et elle a trouvé refuge dans ce village depuis à peu près 30 ans. Rita, puisqu'on parle de langue, elle parle la langue Pilipikur. Alors c'est une langue assez proche de la langue des indigènes Calipun, ce qui a facilité la traduction qui était faite par le caissique du village qui s'appelle Anderet. Rita, pour la décrire, elle est toute petite. Elle m'arrivait à peine à l'épaule et moi je fais 1m78. Elle a le visage marqué, le dos assez courbé. Elle marche avec un peu de difficulté. Elle a des cheveux de jet mais surtout c'est une extraordinaire compteuse. Elle a appris ça avec sa grand-mère, Tarehe, qui a disparu depuis très longtemps, et qui lui a transpilé son art où elle interne des gros yeux, une voix profonde, de l'emphase glructurale, des descriptions très précises, des grands gestes. Donc c'est la pure tradition indigène des compteuses américaines. Elle a parfaitement conscience qu'elle est la dernière représentante femme du peuple pilipecour et que tout ça a vocation à disparaître. C'est une personne qui justement lutte non pas pour la survie de son peuple, qu'elle s'est condamnée et pour la survie de sa langue, qu'elle s'est aussi condamnée, mais pour la survie de la culture et la vie des autres peuples indigènes du Brésil menacés de disparition et qu'on pourrait encore sauver.
Merci.
**Thomas Baumgartner** (3:58)
Bonjour Bruno.
**Bruno Meyerfeld** (3:59)
Bonjour.
**Thomas Baumgartner** (4:00)
Tu nous parles depuis Ouro Preto, à quelques heures de Rio.
On va parler avec toi des langues indigènes, donc des langues indigènes du Brésil. Il y a une question qui t'intéresse beaucoup personnellement.
**Bruno Meyerfeld** (4:11)
Oui, parce que ma mère, Thomas, elle est brésilienne. Je suis franco-brésilien et ma mère était prof de littérature brésilienne et de portugais en France. Donc j'ai grandi au contact forcément de cette langue depuis tout petit.
Mais c'est vrai qu'en vivant au Brésil depuis presque sept ans, je me suis rendu compte qu'en réalité, la langue portugaise du Brésil, comme on dit ici, elle est enrichie évidemment de milliers de mots d'origine africaine, mais aussi d'origine indigène. Alors, j'avais pas conscience forcément à quel point les mots amérindiens étaient présents dans la langue portugaise au Brésil et à quel point je les utilisais en fait au quotidien. Je vais te donner quelques exemples. Le mot pipoc, qui veut dire popcorn, abakashi pour dire ananas, mingau pour une bouillie de céréales, mangioc pour le manioc, jacaré pour le caimans. Il y a un mot plus connu en France, c'est carioc. Carioc, c'est l'additant de Rio. Ça veut dire la maison du blanc. Bon voilà, et en fait, on pourrait donner tout un tas d'autres exemples. Les piranhas, les toucans, enfin, tout ça, c'est des mots d'origine indigène, même des noms de lieux comme la plage d'Ipanema, Manaus, Pernambu, Kukulichib.
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