**Jerome Colombain** (0:01)
Cet été, je vous propose de retrouver quelques-unes des meilleures interviews de Monde Numérique. Innovateurs, experts, observateurs, ils ou elles partagent leurs projets, leurs visions, leurs analyses. Tendez l'oreille, vous ne l'engraîtrais pas.
**Marion Carré** (0:16)
Monde numérique. Pour moi, l'enjeu de ce livre, c'est plutôt de dire que si on veut réaliser le plein potentiel de l'intelligence artificielle, c'est aussi à nous d'ajuster nos usages, nos attentes, la façon dont on s'en sert, pour que ça permette à cette technologie de tenir ses promesses et éviter d'avoir cette dérive où en fait on se met en autopilote, on laisse les IA faire des choses à notre place et petit à petit on appauvrit nos réflexions et notre créativité parce qu'à mon sens on s'en sert pas de la bonne façon.
**Jerome Colombain** (0:52)
Bonjour, Marion Carré.
**Marion Carré** (0:53)
Bonjour.
**Jerome Colombain** (0:54)
Entrepreneur dans l'IA, à la tête de la société Askmona, j'étais également enseignante à Sciences Po et surtout, autrice d'un livre, un nouveau livre qui s'intitule Le paradoxe du tapis roulant chez Jean-Claude Lattès. Alors, comme son titre ne l'indique pas, c'est un bouquin qui parle d'intelligence artificielle. C'est un essai.
Mais quel rapport entre l'IA et le tapis roulant ?
**Marion Carré** (1:18)
Alors, le parallèle que je fais, c'est que l'intelligence artificielle, à la manière d'un tapis roulant, nous permet tous d'aller plus vite. Mais ce faisant nous emmène au même endroit, dans la même direction. Donc c'est ça, en quelques mots, le paradoxe du tapis roulant.
Et mon point de vue, c'est qu'on se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins entre le tapis roulant et donc ce que je désigne là . Mais on peut aussi changer nos usages de l'intelligence artificielle pour en faire un tapis de course. Donc, on se retourne sur le tapis, on change le tapis roulant en tapis de course pour nous permettre de renforcer notre créativité, notre réflexion et vraiment nous muscler au lieu de nous assister.
**Jerome Colombain** (2:02)
Alors c'est vrai qu'on dit souvent que l'IA sert à nous augmenter en quelque sorte, à nous rendre plus intelligents ou en tout cas plus efficaces. Mais ça veut dire que selon toi, le risque est aussi qu'elle peut nous rendre flesmars en quelque sorte.
**Marion Carré** (2:20)
Alors pour moi, tout l'enjeu se joue sur la délégation. Et d'ailleurs, c'est le sous-titre qui accompagne le titre, c'est vaincre notre paresse intellectuelle face à l'intelligence artificielle. Et je pense que ce qui se joue aujourd'hui, c'est la question de l'effort et la question de comment est-ce qu'on peut avoir une délégation éclairée auprès des intelligences artificielles. C'est-à -dire qu'à mon sens, c'est pas parce qu'on mobilise l'intelligence artificielle qu'on doit rien faire. Au contraire, ça déplace notre effort plus en amont pour vraiment nourrir l'intelligence artificielle avec un maximum d'éléments et plus en aval pour challenger aussi ce qu'elle produit. Et donc je pense que c'est cette façon dont on évite de l'utiliser en autopilote.
Mais vraiment comme un outil qui vient nous renforcer et nous permettre d'aller plus loin au lieu de faire à notre place et de complètement abandonner la réflexion.
**Jerome Colombain** (3:21)
Concrètement, au quotidien, ça veut dire quoi Marion ? C'est quoi ? C'est dans la vie professionnelle, dans la vie personnelle ?
**Marion Carré** (3:29)
Alors effectivement, ce qui est frappant aujourd'hui avec ces outils d'intelligence artificielle générative, c'est qu'ils sont partout. Ils pénètrent aussi bien notre vie personnelle avec plein de cas d'usage, de personnes qui s'en servent pour avoir des conseils au quotidien. Dans la vie professionnelle aussi, c'est un outil qui est de plus en plus présent. Avec ces chiffres, on a près d'un français sur deux qui s'en sert. Plus de 80 % des 18-24 ans. Donc c'est un outil qui est extrêmement présent.
Et donc je pense qu'il y a des choses qu'on peut mettre en oeuvre assez facilement, en gardant à l'esprit, par exemple, quand on s'en sert, de toujours garder par exemple le premier et le dernier kilomètre de la réflexion. Donc de la mobiliser, mais de veiller, comme je disais, à garder le bon niveau d'input et aussi ne pas se dire que comme on va plus vite et qu'on veut à tout prix aller plus vite, on prend pas le temps de vérifier, de challenger. Donc il y a un enjeu sur le temps qu'on continue à investir, même si l'intelligence artificielle permet de faire des choses plus vite. Ça ne veut pas dire qu'elle peut tout faire à notre place et qu'il faut abandonner le temps qui est nécessaire à la réflexion et à la vérification. Il y a aussi un fort enjeu autour de la manière dont on se forme à l'intelligence artificielle et aussi dont on développe nos compétences au global.
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