**Blanche** (0:00)
32 hectares ont déjà brûlé en France depuis le début de l'été, soit l'équivalent de 44 terrains de football. C'est plus d'ores et déjà que toute la saison 2025, c'est ce qu'a annoncé le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez. Et la particularité cette année, c'est que les incendies ne touchent plus seulement le sud de la France. Tous ces records sont liés au changement climatique, qui va rendre dans les prochaines années ces feux de plus en plus fréquents et intenses. Mais alors, comment expliquer cette multiplication ? Y a-t-il une responsabilité politique et quelles sont les solutions potentielles ? Salut c'est Blanche, j'espère que vous allez bien, c'est le sujet à la une de ce format d'Actu du jour, disponible sur YouTube et en podcast audio. Je le disais, les incendies qui touchent la France se multiplient, et surtout, ils ne concernent plus seulement le sud. Cette semaine, un incendie a ravagé une partie de la forêt de Fontainebleau, en Île-de-France. L'an dernier, c'était la Bretagne ou encore la Normandie qui était touchée. Alors une question revient souvent, est-ce que c'est vraiment le changement climatique ou est-ce qu'il y a d'autres explications ? En réalité, les deux sont liés. D'abord, il faut rappeler une chose, c'est que le changement climatique ne déclenche pas directement un feu. En France, environ 9 incendies sur 10 sont provoqués par l'activité humaine. Ça peut être un mégot de cigarette jeté par terre, un barbecue, des travaux ou parfois des actes volontaires. En revanche, et c'est là que c'est très important, le changement climatique crée les conditions idéales pour que ses départs de feu deviennent beaucoup plus dangereux. En fait, quand les températures augmentent, que les sécheresses durent plus longtemps et que les canicules se répètent, la végétation devient extrêmement sèche. Les arbres, les herbes, les broussailles deviennent en quelque sorte du combustible, vous ajoutez à ça du vent, et un simple départ de feu peut se transformer en incendie incontrôlable. C'est exactement ce que montrent les travaux de MeteoFrance. Le risque de feu progresse progressivement vers le nord de la France, dans des régions qui étaient jusqu'ici relativement épargnées. Et si le réchauffement se poursuit, la saison des incendies pourrait durer 1 à 2 mois de plus dans certaines régions. Il existe aussi un autre aspect souvent oublié, les incendies ne sont pas seulement une conséquence du changement climatique, il contribue aussi à l'aggraver. En fait, quand une forêt brûle, elle relâche tout le carbone qu'elle avait stocké pendant des années, ce qui réchauffe encore plus l'atmosphère, ce qui crée à son tour des conditions encore plus favorables aux incendies suivants. Donc plus ça brûle, plus ça risque de brûler ensuite. Mais alors, pourquoi la France semble particulièrement vulnérable aux feux de forêt ? La première raison, c'est qu'elle est très boisée. Avec près de 17 millions d'hectares de forêt, c'est l'un des pays les plus forestiers d'Europe, le quatrième. Et ces forêts évoluent avec le climat. Certaines essences souffrent plus de la sécheresse, les arbres sont plus fragiles, sont parfois attaqués par des parasites, et la quantité de végétation sèche augmente. Deuxième raison, nos territoires ont changé. En fait, depuis plusieurs décennies, on construit de plus en plus à proximité des forêts. Résultat, il y a de nombreuses zones où les habitations et la végétation se mélangent. Par exemple, il y a de plus en plus de personnes qui vont en forêt et qui ont potentiellement des comportements à risque. Or, environ 80 % des feux démarrent à moins de 50 mètres des habitations. Mais il y a aussi une critique qui revient de plus en plus chez les chercheurs et les spécialistes. En France, c'est longtemps surtout préparé à éteindre les incendies plutôt que de les empêcher. Pendant des années, cette stratégie a plutôt fonctionné. Les avions canadaires, les pompiers spécialisés et les interventions très rapides ont permis de limiter les dégâts, sauf qu'aujourd'hui, les incendies changent de nature. Avec le réchauffement climatique, certains deviennent tellement puissants qu'ils dépassent parfois les capacités humaines de lutte. Les flammes sont plus hautes et la propagation est plus rapide. Autrement dit, même avec plus d'avions ou plus de pompiers, ça ne suffit plus toujours. Et au niveau politique, ça n'a pas suivi. L'ONF, donc l'organisme qui gère nos forêts à leur protection contre les incendies, est passé de 16 employés en 1986 à seulement 7 611 aujourd'hui, sans compter les 500 apprentis, alors qu'on lui a donné encore plus de missions à couvrir. La Cour des Comptes elle-même a alerté en 2025 sur cet affaiblissement des moyens. Et le symbole le plus clair de cette impréparation, ce sont les Canadaires justement dont je vous parlais juste avant. Emmanuel Macron avait promis en 2022 de passer de 12 à 16 avions avant 2027, sauf que des coupes budgétaires ont retardé les commandes et maintenant leur livraison est prévue pour 2033 Un rapport parlementaire a même pointé une réduction de 52,8 millions d'euros sur ce programme, ce qui a forcé l'Etat à louer des avions à prix élevé plutôt que d'en acheter. C'est pourquoi tout ça fait que de nombreux experts estiment qu'il faut désormais investir davantage dans la prévention. Ça peut être par exemple le débroussaillage autour des habitations, une gestion différente des forêts avec des paysages moins continus, parfois des essences plus résistantes à la sécheresse ou encore des brûlages dirigés pour éviter l'accumulation de végétation morte. L'autre enjeu, c'est d'adapter les moyens de lutte. Je le disais aujourd'hui, les risques concernent désormais des régions qui n'étaient pas équipées pour ça. Il faut donc former davantage de pompiers, revoir le positionnement des moyens aériens et adapter les plans de prévention sur tout le territoire. En tout cas, on peut tout de même noter des améliorations ces dernières années. Par exemple, la cartographie du risque incendie s'est agrandie. Aujourd'hui, il y a 52 départements qui sont classés à risque sous la surveillance de la Direction générale de la Sécurité civile, de Météo France et de l'ONF, donc l'Office national des forêts. Autre amélioration, la détection des départs de feux a progressé via l'utilisation de drones et de caméras dotées d'intelligence artificielle. Mais tout ça ne suffit pas et les experts le répètent, il y a une véritable politique d'adaptation à mettre en place, il va falloir adapter nos forêts, nos villes, notre manière d'occuper le territoire et plus largement limiter le réchauffement climatique lui-même, parce que les scientifiques sont assez clairs sur un point, plus la planète se réchauffe, plus les conditions favorables aux grands incendies deviennent fréquentes, réduire nos émissions de gaz à effet de serre qui sont responsables du changement climatique et d'ailleurs la seule vraie solution durable selon le Haut Conseil pour le Climat. A noter que pour le moment il n'y a pas de victimes humaines, que ce soit des morts ou des blessés, mais les animaux qui se trouvent dans les forêts sont eux exposés aux flammes et aux fumées. Pour le moment on ne connaît pas le bilan concernant les animaux. Et au passage vu qu'on parle de changement climatique, j'en profite pour vous dire qu'on a publié une nouvelle interview de Jean-Marc Jancovici sur la chaîne HugoDécrypte Grands Formats. Jean-Marc Jancovici, c'est un ingénieur de formation et c'est aussi le président du Shift Project. C'est l'une des voix qu'on entend énormément sur ce sujet du changement climatique. L'interview est absolument passionnante, le lien est en description. Et deuxième chose, Hugo est actuellement en reportage à l'étranger. La vidéo sortira très bientôt sur la chaîne. Je vous laisse avec Mathis pour le reste de l'actualité importante du jour.
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