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Yann-Maël Larher, Le droit du travail à l'heure du numérique

Actualité legaltech et innovation juridique

March 25, 2021

Nous vous présentons aujourd'hui l'ouvrage de Yann-Maël Larher, "Le droit du travail à l'heure du numérique", aux éditions Nuvis, et qui porte sur l'incursion du numérique dans les relations professionnelles. Vous pouvez retrouver l'ouvrage ici : https://bit.ly/3cmVFn8 Hébergé par Acast.
Speakers: Brice, Yann-Maël Larher
**Brice** (0:07)
Bonjour et bienvenue dans ce premier numéro d'update numérique. Nouveau programme consacré au droit des nouvelles technologies que vous pourrez retrouver en vidéo sur YouTube et en podcast sur Apple Podcasts, Deezer et Spotify. Je suis aujourd'hui avec Yann-Maël Larher. Yann-Maël, bonjour.

**Yann-Maël Larher** (0:24)
Bonjour Brice.

**Brice** (0:25)
Alors tu es docteur en droit, tu es avocat, co-fondateur du cabinet Legal Brain Avocat, co-fondateur DokiDoki qui met en relation les entreprises et les chercheurs pour des missions de conseil. Tu es également fondateur d'un site web sur l'accompagnement des entreprises dans la mise en place du télétravail et tu es l'auteur d'un ouvrage qui s'intitule Le droit du travail à l'heure du numérique que nous allons évoquer maintenant. On y aborde l'impact du numérique sur la relation de travail, donc le télétravail déjà que nous connaissons pour la plupart dû au contexte évident de crise sanitaire. Mais tu évoques aussi les réseaux sociaux et les nouvelles formes de travail mais nous allons y revenir.
Alors première question, pourquoi ce livre maintenant ? Est-ce que cette mobilité du travail que tu évoques dans ton ouvrage est née avec cette crise sanitaire ?

**Yann-Maël Larher** (1:13)
Merci pour cette question. Effectivement, aujourd'hui, le télétravail qui était jusqu'à présent circonscrit à quelques postes, et bien aujourd'hui il est possible pour beaucoup beaucoup plus de gens qu'avant. Ce n'est pas vraiment d'ailleurs qu'il n'était pas possible de télétravailler avant, mais c'est vraiment qu'aujourd'hui, on a changé de regard sur le télétravail et on s'est rendu compte de toutes les potentialités qu'offraient les outils numériques. Donc la crise sanitaire, ce n'est pas vraiment quelque chose qui change la nature du travail, c'est plutôt quelque chose qui révèle la nature du travail, qui a été grandement modifié par des années et des années d'usage numérique. Donc c'est un petit peu comme si le numérique rampait année après année et puis qu'aujourd'hui, il était révélé aux yeux de tous dans les relations de travail.

**Brice** (2:15)
Sur ton ouvrage maintenant, il y a une première partie sur l'identification de la relation de travail. Tu abordes le point de la rémunération, de la prestation immatérielle, puis celui de la subordination. Comment se manifeste cette nouvelle forme de subordination que tout employeur dispose à l'égard de son employé dans un contexte de télétravail ?

**Yann-Maël Larher** (2:34)
La question aujourd'hui de la prestation immatérielle, de la rémunération, de la subordination, c'est des choses qui sont vraiment prégnantes avec les plateformes numériques. On voit bien aujourd'hui que ces plateformes, elles redistribuent le travail. Je pense notamment à des plateformes comme UberX que tu dois sans doute utiliser, mais aussi des plateformes comme, je vais citer des marques, Uber, et puis qui ont donné son terme à l'uberisation. Et donc finalement, là, on était sur des postes qui étaient autrefois occupés par des gens dont on était certain qu'ils étaient indépendants. Aujourd'hui, ça a redéfini les contours de l'indépendance. Et de la même façon dans le télétravail, cette fois-ci pour des salariés qui jusqu'à présent, on ne se posait pas la question de leur subordination, ils étaient présents au bureau toute la journée. Et maintenant, le fait qu'ils puissent travailler à distance avec des nouvelles règles, notamment le temps de travail qui a évolué pour les cadres, cadres autonomes, cadres forfaits. Cadres forfaits plus télétravail, on peut se poser la question, est-ce qu'ils ne sont pas moins subordonnés finalement que ces travailleurs des plateformes que j'abordais au tout début ? Donc, on a une recomposition avec le numérique de qu'est-ce qui fait la relation de travail et qui doit être protégé par le droit du travail.

**Brice** (3:56)
Tu évoques, après le contrôle technologique de l'activité des salariés, de nouvelles manières de travailler. Alors, quelles sont-elles Yann-Maël ?

**Yann-Maël Larher** (4:04)
Elles sont aujourd'hui très très nombreuses. On a des... Alors jusqu'à présent, on avait l'organisation du travail très classique, très hiérarchisé où tout le monde était à la même heure, au même endroit, dans l'entreprise.
Et c'est un petit peu l'image d'épinal qu'on a encore dans le code du travail avec un horaire collectif. Mais avec les usages numériques, il y a une multitude de nouvelles manières de travailler qui vont émerger. Elles sont plus ou moins partagées. Le télétravail n'est pas vraiment nouveau, mais il est aujourd'hui de plus en plus présent dans le quotidien des salariés. Mais entre le 100 % télétravail et le 100 % travail dans l'entreprise, qu'on connaissait jusqu'à présent et qui était un petit peu l'image d'épinal du code du travail, il y a toute une palette, si je puis dire, de scénarios avec des gens aussi qui vont travailler pour différentes entreprises. Je pense aussi au portage salarial. Il y a l'interim qui est connu depuis très longtemps. Mais finalement, le numérique réinvente aussi ces formes de travail qu'on avait encadrés et quelque part des encadres, si on peut utiliser cette expression, mais en tout cas bouleverse un petit peu les cadres habituels des relations de travail. Et on a vraiment une grande palette de façons de travailler aujourd'hui qu'on n'avait pas forcément envisagé dans le code du travail et qui pose des questions nouvelles pour les collaborateurs, souvent sur la question du lieu, sur la question du temps de travail, comment mesure le temps de travail, quand est-ce qu'on travaille, quand est-ce qu'on ne travaille pas. Je pense aussi à la question des usages pro perso, notamment à des outils comme LinkedIn, qui changent beaucoup la façon de travailler. Jusqu'à présent, les outils étaient fournis par les entreprises et aujourd'hui les gens ont de plus en plus tendance à utiliser leurs propres outils ou à utiliser des outils grands publics pour travailler. LinkedIn, on est un parfait exemple. Quand on est un recruteur, on utilise son profil LinkedIn pour recruter des personnes. Quand on est une personne qui travaille dans la communication et qu'on travaille beaucoup sur les réseaux sociaux, on utilise aussi son profil Facebook pour gérer la page de son entreprise. On peut multiplier les exemples comme ça d'incursion du privé dans le pro et inversement. On peut voir aussi l'effet inverse du pro vers le perso. Alors qu'avant, les choses étaient plus cloisonnées ou en tout cas plus facilement. La ligne de démarcation était plus facile à tracer. Aujourd'hui, on voit bien qu'il y a un flou de plus en plus fort qui s'installe entre qu'est-ce qui est de l'ordre de la sphère personnelle et qu'est-ce qui est de la sphère totalement professionnelle. Et c'est encore plus difficile parce que c'est vraiment propre à chaque individu. Il n'y a pas une manière de travailler, mais il y a une manière de travailler par personne, j'ai envie de dire.

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