**le19M** (0:00)
Le 19M, M, Les Lignes de la main.
**Thomas Takada** (0:09)
Je ne suis pas hyper précieux, là j'ai des mains qui sont vraiment toutes sales, je me rends compte maintenant, j'ai plein de peintures dessus.
Je suis un peu entre les deux, être beaucoup trop à agir avec les mains, ou être beaucoup trop au contraire, retenu, essayer de conceptualiser, et du coup ne pas faire. Et c'est vrai qu'en faisant directement avec les mains, il y a quelque chose d'intuitif qui révèle des choses qu'on n'aurait jamais pu imaginer juste à travers la pensée. C'est toujours quelque chose d'inattendu que je recherche, et c'est que par l'action manuelle que ça peut en sortir.
**le19M** (0:48)
Bonjour à toutes et à tous, dans ce nouvel épisode des Lignes de la main, nous partons à la rencontre de Thomas Takada, artiste plasticien franco-japonais formé à l'ENSA Paris-Belleville. Thomas Takada commence sa carrière en tant qu'architecte. Mais l'urgence climatique le rattrape, et il choisit de se tourner vers l'art contemporain pour tenter de changer notre regard de manière concrète et poétique sur la relation qui nous lie au vivant. Il imagine par exemple une lampe, dont la bajour est une feuille, que l'utilisateur est invité à aller collecter lui-même, ou encore une chambre-paysage composée de feuillages et dont la pièce maîtresse est une descente de lit en feuilles de chêne. Il avait d'ailleurs remporté avec ce dernier projet présenté à la Design Parade de Toulon en 2025, le grand prix Van Cleef & Apples, ainsi que le prix Visual Merchandising décerné par Chanel.
Cette année, Thomas Takada est de retour à Toulon, à la Design Parade qui se tiendra du 25 au 28 juin. Les expositions, elles, restent visibles jusqu'au 30 août. Thomas Takada présente une oeuvre ambitieuse, une installation de grand format qui s'intitule Buisson Ardent. C'est un buisson de ronce, peuplé d'animaux, de végétaux, réalisé en collaboration avec deux maisons d'art du 19M, Goossens et Lemarié.
On va en parler dans cet épisode. Thomas Takada va nous expliquer l'importance de la main dans cette démarche qui est la sienne de réconciliation avec le monde. Et j'ai d'ailleurs commencé par lui demander quelle importance occupait cette culture manuelle dans sa famille.
**Thomas Takada** (2:21)
Le 19M présente Les Lignes de la main.
Ma mère, elle est artiste et donc on a toujours dessiné à la maison. Elle voulait toujours qu'on fasse des trucs manuels. Du côté aussi de mon grand-père, ça a été très important parce que mon grand-père était vraiment un personnage assez spécial.
**le19M** (2:45)
Votre grand-père français, japonais ?
**Thomas Takada** (2:47)
Français, oui, parce qu'il a fait une reconversion au moment pour devenir agriculteur.
Et quand je venais les été en France, on passait souvent des semaines sur la ferme à faire la récolte. On faisait pousser des prunes pour faire des pruneaux, des noisettes, des abricots, plein de choses comme ça. Donc il y a toujours eu quelque chose de très manuel comme ça lié à la terre, qui est très important pour moi. Et puis mon grand-père a été une figure aussi très importante dans ma vie parce qu'il m'a accompagné dans tous mes projets artistiques plus tard.
**le19M** (3:23)
Vous disiez que votre famille française avait été très importante dans ce qui vous avait été transmis, aussi qu'il y avait des influences japonaises, mais aussi que cette famille française, elle avait été très importante.
**Thomas Takada** (3:32)
Après je ne sais pas à quel point c'est une histoire de créativité, mais c'est vrai que c'était plutôt dans la construction d'une identité. Parce que ça, de grandir un peu partout, d'être de partout et nulle part en même temps, je me sens vraiment comme le produit de la mondialisation. Et donc quelque part d'une non-identité, de quelque chose de générique. Grandir aux États-Unis, je me sentais pas américain, pas vraiment japonais, peut-être plutôt français.
Au Japon, certainement pas japonais, même rejeté par le Japon. Et petit à petit, grâce à la famille effectivement, j'ai pu me construire une identité beaucoup plus française. Au moins créer une fondation sur laquelle je pouvais ensuite puiser ailleurs et être plus stable, me sentir plus stable en tant que personne.
**le19M** (4:19)
Vous, en fond, vous faisiez beaucoup de choses avec vos mains ?
**Thomas Takada** (4:23)
Il y a quand même quelque chose que j'ai toujours ressenti. C'était une attirance pour la construction, fascination pour les chantiers.
Il y a aussi quelque chose de hyper primitif. J'adorais construire des cabanes dans les bois.
**le19M** (4:39)
Mais c'était déjà assez élaboré ces cabanes ?
**Thomas Takada** (4:42)
Non, pas du tout.
**le19M** (4:43)
Pas du tout. Très simple.
**Thomas Takada** (4:44)
En fait, quelque part, ça ressemble à ce que je fais aujourd'hui, de juste ramasser des bouts de bois dans le parc et puis faire des structures un peu fragiles avec. Donc, rien de très sophistiqué.
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