**SPEAKER_2** (0:03)
Bonjour Kokou, j'ai une petite question pour toi. Pourquoi mon GPS indique-t-il quelque part au milieu de l'Atlantique ?
**Kokou Agbo-Bloua** (0:10)
Parce que nous sommes en pleine mer, Cérie. A bord d'un navire, un chef d'œuvre d'ingénierie, magnifique, insubmersible.
**SPEAKER_2** (0:16)
Ça a l'air rassurant. De quel navire s'agit-il ?
**Kokou Agbo-Bloua** (0:19)
Disons le Titanic. Ou alors un mélange entre le Titanic et l'Arche de Noé.
**SPEAKER_2** (0:25)
C'est un mélange audacieux. Je reste calme, ou je déclenche le protocole d'urgence, parce qu'on file droit vers deux énormes catastrophes là.
**Kokou Agbo-Bloua** (0:33)
Je dirais plutôt qu'il s'agit d'une métaphore parfaite, Siri. Je m'explique. Imagine la scène. En première classe, le champagne coule à flot et la confiance règne.
Notre grand paquebot avance à vitesse de croisière, propulsé au charbon et au pétrole. Et là-haut, dans la vigie, quelqu'un essaie de nous prévenir qu'il y a quelque chose droit devant.
**SPEAKER_2** (0:52)
Laisse-moi deviner. Ce quelque chose est le changement climatique.
**Kokou Agbo-Bloua** (0:56)
Représenté sous la fin d'un iceberg, effectivement. Sauf que cette fois, l'alerte n'a pas été donnée au dernier moment. De nombreux observateurs tirent la sonnette d'alarme depuis des décennies. On peut notamment citer Cassandra, ou plutôt Cassandra Thunberg, accompagnée de milliers de scientifiques agitant les bras à ses gosillons jusqu'à l'épuisant.
Et pourtant, beaucoup ont préféré détourner le regard.
**SPEAKER_2** (1:33)
Donc, on l'a percuté ?
**Kokou Agbo-Bloua** (1:34)
Oui. D'abord lentement, puis d'un gros coup.
**SPEAKER_2** (1:39)
C'est comme l'histoire de la grenouille dans l'au-kibou. Les humains réagissent trop tard, trop lentement, parce que le changement est progressif.
**Kokou Agbo-Bloua** (1:47)
Exactement. Quand la température monte doucement, tout paraît normal, jusqu'au moment où ça ne l'est plus.
Et aujourd'hui, cet iceberg n'a plus rien de théorique. Les personnes aux commandes du navire, en l'occurrence les dirigeants mondiaux et les décideurs politiques, sont empathiques, les données restent abstraites, pas assez tangibles. L'humanité semble souffrir d'un défaut préoccupant. On ne croit à l'iceberg que lorsqu'on le voit, ou pire, quand il commence à heurter la coque.
**SPEAKER_2** (2:11)
Et là, la coque est fissurée. On parle de sécheresse, d'inondations meurtrières, de canicules qui pulvérisent les records chaque année. L'iceberg n'est plus devant nous. Il est là.
**Kokou Agbo-Bloua** (2:21)
Et comme nous n'avons pas changé de cap à temps, comme la seule réduction des émissions n'a pas suffi à éviter la collision, appelons ça le plan A. Nous devons désormais envisager un plan B qui se résume ainsi.
Adaptation, résilience et réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et oui, la réduction des émissions de CO2 reste une priorité.
**SPEAKER_2** (2:39)
A quoi ressemble ce plan B ? On parle de coq renforcée et d'un plus grand nombre de canaux de sauvetage ?
**Kokou Agbo-Bloua** (2:45)
Il faudra bien plus que ça, Siri.
Bienvenue dans 2050 Investors, le podcast qui décrypte les tendances de l'économie et des marchés pour relever les défis de demain. Je suis Kokou Agbo-Bloua, Responsable Mondial de la Recherche et Société Générale. Dans cet épisode, nous abordons un sujet complexe mais devenu incontournable. L'adaptation au changement climatique et la résilience. De quels scénarios climatiques parle-t-on exactement ? Jusqu'à quel point pouvons-nous nous adapter et quels sont les points de rupture ? Nous parlerons du coût, des conséquences pour la planète, pour nos sociétés et pour l'économie mondiale, mais aussi des difficultés à financer ces canaux de sauvetage à grande échelle.
Plus tard dans l'épisode, nous recevrons Carine de Boissezon, Directrice de l'impact chez EDF, l'un des principaux producteurs d'énergie en France. Carine nous expliquera comment EDF réfléchit aux investissements liés à l'adaptation, modélise des scénarios, test la résistance de ses chaînes d'approvisionnement et aborde ses enjeux de manière systémique.
**SPEAKER_2** (4:06)
Splendide.
Un sujet réjouissant. Je vais refroidir l'ambiance pour recréer le réalisme des eaux glacées de l'Atlantique.
**Kokou Agbo-Bloua** (4:14)
Je croyais justement que les températures étaient censées grimper, Siri. Mais évitons de plomber l'eau morale de nos auditeurs trop vite. Il nous reste encore 20 minutes.
Commençons par définir certains termes, si tu veux bien.
**SPEAKER_2** (4:24)
Reçu 5 sur 5
**Kokou Agbo-Bloua** (4:27)
La Commission européenne et sa taxonomie définissent l'adaptation comme le processus d'ajustement aux effets présents et futurs du changement climatique. La résilience, elle, désigne la capacité à se préparer à ces impacts, à les encaisser puis à s'en relever.
**SPEAKER_2** (4:40)
C'est un peu aride comme définition, non ?
**Kokou Agbo-Bloua** (4:43)
Concrètement, l'atténuation du changement climatique consiste à empêcher l'iceberg de se former ou à changer le cap du navire en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.
L'adaptation, elle, consiste à composer avec l'iceberg déjà présent. Cela revient à enfiler un gros manteau d'hiver, à renforcer la coque du Titanic avant l'impact ou à réparer rapidement les dégâts pour éviter le naufrage.
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