**Sophie Larmoyer** (0:02)
Bonjour à toutes et à tous, je m'appelle Sophie Larmoyer et il est l'heure du monde.
Aujourd'hui, le Pérou pourrait-il basculer vers un régime autocratique ? Ce dimanche 7 juin se tiendra le second tour de l'élection présidentielle péruvienne dans un pays fracturé politiquement. Il y avait 35 candidats lors du premier tour le 12 avril dernier. Après un long dépouillement chaotique, les deux qui sont qualifiés pour la dernière ligne droite sont Roberto Sanchez et Keiko Fujimori. Cette dernière est la fille d'Alberto Fujimori, qui a exercé un pouvoir autoritaire pendant dix ans au Pérou, qui a été condamnée pour crime contre l'humanité en 2009 et dont elle assume malgré tout l'héritage.
Je suis responsable d'un héritage très cher au Pérou. Mon père a apporté l'ordre à favoriser la croissance économique.
**SPEAKER_2** (1:04)
C'est mon engagement. La barre est placée haut et j'espère la dépasser.
**Sophie Larmoyer** (1:10)
Après trois tentatives manquées d'accéder à la présidence, cette fois-ci pourrait bien être la bonne pour Keiko Fujimori en tête des sondages. Alors qu'espère-t-elle accomplir à la tête du Pérou ? Son adversaire qui défend une gauche sociale peut-il l'empêcher d'accéder au pouvoir ? Et à quoi est dû l'instabilité politique chronique du pays où se sont succédé huit présidents en dix ans ? Pour répondre à ces questions et comprendre le paysage politique péruvien, j'appelle Amanda Chaparro, correspondante du Monde à Lima.
Pérou, la droite autoritaire aux portes du pouvoir. Un épisode de Garance Muñoz, réalisation Quentin Tenaud.
Bonjour Amanda.
**Amanda Chaparro** (1:56)
Bonjour Sophie.
**Sophie Larmoyer** (1:58)
Amanda, l'élection présidentielle intervient à une période politique particulière pour le Pérou, qui brille par son instabilité. Je le disais, huit présidents en dix ans.
Les présidents sont destitués les uns après les autres. Pourquoi aucun d'eux n'arrive à rester au pouvoir ?
**Amanda Chaparro** (2:14)
Oui, en effet, huit présidents en dix ans, c'est vraiment un record qu'il y a eu ces dernières années, et c'est devenu un événement presque banal. En fait, au Pérou, les Pérouviens sont habitués à voir se succéder, les présidents, les présidentes, les uns après les autres. En réalité, ce qui se passe, c'est que la figure présidentielle a été très affaiblie ces dernières années. Et parallèlement, le Congrès, qui était l'unique chambre parlementaire jusqu'à présent, a pris un pouvoir grandissant.
Au point que certains analystes parlent d'une dictature parlementaire. Il suffit de réunir les deux tiers des votes au Parlement pour pouvoir destituer un président. C'est ce qui a été fait ces dernières années. Le dernier chef de l'État à avoir été élu était le président de gauche, Pedro Castillo, en 2021
Et cette élection présidentielle, donc, cette année, en 2026, portait donc aussi un petit peu l'espoir d'arrêter cette spirale d'instabilité.
**Sophie Larmoyer** (3:08)
Sauf que c'est à nouveau une certaine instabilité qui marquait la campagne, puisqu'il y avait 35 candidats en lice au premier tour. Comment expliquer cette fragmentation du paysage politique, Amanda ?
**Amanda Chaparro** (3:19)
Oui, en fait, au Pérou, il n'y a pas de parti politique fort, mise à part justement celui de Keiko Fujimori, qui a été qualifié pour le second tour. Donc il y a une myriade de petits candidats, et il y a des candidats aussi qui apparaissent pour les élections. Il y avait un certain nombre d'outsiders. Ça montre un paysage politique extrêmement fragmenté. Et les Pérouviens devaient essayer de s'y retrouver dans cette ribambelle de candidats que parfois ils ne connaissaient même pas. Et c'était aussi une élection extrêmement complexe, car on ne votait pas uniquement pour élire un président ou une présidente, mais aussi pour renouveler le Parlement, pour élire des sénateurs, pour élire un Parlement andin.
Donc c'était une élection complexe avec une dizaine de milliers de candidats sur l'ensemble du territoire national.
**Sophie Larmoyer** (4:11)
Alors comment s'est passé ce premier tour ? J'imagine qu'avec autant d'élections, ça a dû être un peu chaotique.
**Amanda Chaparro** (4:17)
Oui, en effet ça l'a été déjà, c'était un défi de pouvoir voter. Donc comme je le disais, avec autant de candidats. Et on dit au Pérou que le bulletin était grand comme un drap tellement il y avait les listes de candidats et différentes cases à cocher. Et ensuite le jour du scrutin, il a été assez chaotique puisque certains bureaux de vote n'ont pas pu ouvrir à temps. Il y a eu du matériel défectueux.
Néanmoins, les observateurs présents et les organismes internationaux ont salué tout de même des élections transparentes. Certains candidats dont celui qui est arrivé à la troisième position ont crié à la fraude, mais cette fraude n'a pas été avérée.
**Sophie Larmoyer** (5:00)
Parce que c'était très serré quand même ce résultat du premier tour.
**Amanda Chaparro** (5:03)
Oui, le résultat était extrêmement serré. Alors Keiko Fujimori, la candidate de la droite populiste autoritaire, elle est arrivée en tête avec simplement 17 % des voix. Donc elle avait assuré sa place dès le soir du premier tour. Mais ensuite il a fallu un très long dépouillement pour connaître le second à se qualifier au second tour, car le candidat de gauche, Roberto Sanchez, et le troisième, Rafael Lopez Alliaga, un autre candidat d'extrême droite était vraiment au coude à coude et seulement 20 voix les ont séparés.
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