**Benjamin Brillaud** (0:00)
Depuis presque douze ans, à travers Nota Bene, je m'efforce de vous transmettre ma passion pour l'histoire en tissant des liens solides avec des historiens, des musées, des institutions, mais aussi avec vous, les passionnés qui suivaient cette aventure. Parce que oui, l'histoire avec un grand H, ce n'est pas juste une suite d'événements passés. C'est un outil qui est essentiel pour comprendre notre présent en analysant les causes, les conséquences et les multiples regards portés sur chaque époque.
Depuis Hérodote jusqu'aux grands historiens de notre époque, la manière d'écrire et de penser l'histoire a évolué. Mais s'il y a un nom qu'on ne peut ignorer au XXème siècle, c'est celui de Marc Bloch. Résistant, co-fondateur des Annales, auteur du célèbre Apologie pour l'Histoire, il a révolutionné la discipline en lui donnant une approche plus globale, plus humaine, loin des simples dates et des faits bruts. Et c'est donc tout un symbole qu'en juin 2026, Marc Bloch fasse son entrée au Panthéon, ce temple républicain qui rend hommage aux grandes figures de l'Histoire de France. Depuis le début de la 5ème République, c'est le président de la République, en accord avec la famille, qui décide de cette reconnaissance nationale. Marc Bloch va donc rejoindre des grands noms comme Mirabeau, Voltaire et Jean-Jacques Rousseau, Victor Hugo, Jean Moulin, Simone Veil, Maurice Gennevoix, Missac Manoukian, Josephine Baker et récemment Robert Badinter. Alors comment cet historien, père de famille, agrégé, professeur, est-il devenu une figure du danger aux yeux de l'occupant nazi ? Comment la science historique peut-elle devenir un acte de révolte ? Eh bien c'est ce que je vous propose de découvrir ensemble dans cet épisode.
Issue d'une famille juive alsacienne, Marc Bloch naît à Lyon le 6 juillet 1886
Sa famille appartient aux Obtants, des Alsaciens qui, après la défaite française de 1870-1871, ont choisi de rester français en quittant leur terre natale, annexée par l'Empire allemand. Il est le fils de Gustave Bloch, un professeur d'histoire ancienne à l'université de Lyon et de la Sorbonne.
Lui-même fils de Marc Bloch, un directeur d'école. Son père a joué un rôle fondamental dans son éducation, en lui transmettant l'exigence de rigueur intellectuelle et le goût pour l'enseignement. Il baigne alors très jeune dans un milieu républicain, d'réfusards et proche des cercles socialistes de la Troisième République, de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle. Mais Marc Bloch ne suit pas exactement les pas de son père, puisqu'il se passionne, pour le Moyen-Âge, une époque alors moins explorée dans les milieux universitaires. Dès 1904, il rentre à l'école normale supérieure de la rue d'Hulme, où il obtient l'agrégation d'histoire et de géographie en 1908
Il complète sa formation par un séjour à Berlin et Leipzig, où il découvre de nouvelles approches historiques et devient pensionnaire à la fondation entière de 1909 à 1912 C'est à cette époque qu'il s'intéresse à la sociologie d'Emil Durkheim et à la psychologie collective. Des influences qui marqueront durablement sa méthode historique. En 1913, il commence à enseigner en lycée à Montpellier puis à Amiens. Mais ses projets académiques sont brutalement interrompus par la première guerre mondiale.
Bloch, à travers son histoire familiale et ses choix, c'est un patriote et un fonctionnaire. Et lorsque la première guerre mondiale éclate en 1914, il est aussi mobilisé en tant que sergent d'infanterie. Loin d'être pacifiste, Marc Bloch considère la défense de la France républicaine face au militarisme du 2e Reich comme une nécessité. Il voit la guerre comme un devoir patriotique. Une idée largement partagée par les enseignants de l'époque, eux aussi issus de la méritocratie républicaine.
Comme beaucoup d'intellectuels de sa génération, Bloch s'engage totalement à l'image de l'écrivain Charles Peggy tué dès les premiers jours du conflit. Blessé, malade mais toujours volontaire, il retourne au front et gravit les échelons et il fait partie de ses combattants qui ont vécu les quatre années d'une guerre particulièrement meurtrière. Cette guerre, il la termine comme capitaine dans le service des Essences, décoré de la croix de guerre avec quatre citations et la Légion d'honneur.
Un parcours militaire, loin d'être anecdotique, qui sera essentiel pour la construction de son regard d'historien. La guerre pour Bloch, c'est à la fois un drame personnel et un objet d'analyse.
D'ailleurs, il écrit deux choses importantes pendant la guerre. D'une part, il rédige ses souvenirs de guerre immédiatement après avoir été blessé, en relatant les sept premiers mois du conflit. On y retrouve déjà sa réflexion sur la mémoire et l'oubli, un thème qu'il commence à explorer pendant qu'il est encore au front. Ensuite, il laisse dans sa correspondance des légendes très évocatrices sur les photographies prises pendant le conflit. Mais surtout, dès 1921, il publie un article fondamental Réflexion d'un historien sur les fausses nouvelles de la guerre.
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