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Le parfum, remède contre la peste ? - Avec Océane Fontaine Cioffi - EXTRAIT

Nota Bene

August 18, 2026

Aujourd’hui comme dans le passé, le parfum peut avoir mille et un usages et ne sert pas seulement à sentir bon. Et c’est particulièrement le cas au 16e siècle, période pour laquelle Océane Fontaine Cioffi a justement étudié les parfums, leur fabrication, et leurs usages !
Speakers: Benjamin Brillaud, Océane Fontaine Cioffi

Topics: History, Society & Culture

**Benjamin Brillaud** (0:02)
Mes chers camarades, bien le bonjour ! Aujourd'hui, comme dans le passé, le parfum peut avoir mille et un usages et ne sert pas seulement à sentir bon. Et c'est particulièrement le cas au XVIème siècle, période pour laquelle Océane Fontaine Cioffi a justement étudié les parfums, leurs fabrications et leurs usages. Océane, je l'ai reçu récemment en entretien, et vous pourrez l'écouter ici dans les prochains jours. Vous verrez, c'est passionnant ! Durant cette émission, il y a un usage qui a particulièrement piqué ma curiosité au sujet de la peste, parce que dès la fin du Moyen Âge, les parfums étaient utilisés pour la combattre. Et comme le logo de Nota Bene, c'est un médecin de peste avec son masque et son nez pointus, vous voyez où je veux en venir. Bref, bonne écoute !
Tu nous as parlé de la peste, justement. Est-ce que tu peux développer un peu ? Ça m'intéresse parce que moi, le logo de la chaîne, c'est le fameux médecin de peste avec le grand nez.
On foutait plein de trucs dedans.

**Océane Fontaine Cioffi** (0:56)
Oui, oui, c'est vrai. Alors en fait, les traités de peste regorgent de conseils basés vraiment sur les odeurs, les parfums. On en a beaucoup, beaucoup. Autant pour prévenir la maladie que pour guérir. En fait, déjà depuis le 14e, les épidémies de peste, comme elles s'élisent régulièrement, on a avec elles l'idée des senteurs pathogènes. Vraiment, la puanteur, elle est jugée dangereuse.
Et c'est quelque chose qui remonte en fait à assez loin. Déjà dans l'Antiquité, en cas d'épidémie, on faisait des feux, tout simplement. Et encore au XVIe siècle, on préconise de brûler diverses substances odorantes pour purifier l'air, pour vraiment enlever le mauvais air, donc du génévrier, du chêne, du myrthe, du bois de cyprès, de l'encens. Et notamment dans un traité de peste, on a le médecin botaniste Benoît Textor qui écrit qu'il faut mettre et répandre dans la chambre des herbes, des fleurs, des graines, des racines, des roses, des rosmarins, de la marjolaine, du génévrier, des feuilles de laurier, de la racine dirise, du styrax, du barjoin, principalement en hiver.

**Benjamin Brillaud** (2:03)
T'as pris par cœur la liste ?

**Océane Fontaine Cioffi** (2:05)
Non, non, non, non, non. Je me suis fait une petite note quand même.

**Benjamin Brillaud** (2:08)
Wouah, franchement tu m'as impressionné.

**Océane Fontaine Cioffi** (2:11)
En tout cas, là, il précise que c'est principalement en hiver. Et en fait, c'est ça qu'il faut comprendre aussi à la Renaissance, c'est qu'on a la théorie des humeurs. Donc les humeurs, c'est les fluides en fait à l'intérieur du corps. Et qu'on a les tempéraments, c'est assez compliqué. On a le chaud, le froid, l'humide, le sec. Et en gros, en hiver, la température froide, etc., on prévoit plutôt de faire des feux, d'utiliser des substances qui sont considérées comme chaudes. En fait, c'est encore des choses qui nous restent. Quand on pense à la cannelle, c'est l'hiver. Je veux dire, un côté comme ça réconfortant, etc.
Et ça, en fait, c'est des théories qui remontent vraiment de très loin. C'est une théorie hippocratico-galénique. Ça vient déjà d'hippocrate, ça a été transformé un peu par gallien, mais c'est encore à la Renaissance. Donc, en fait, on n'utilise pas n'importe quel produit. Et notamment en temps de peste, on choisit bien. C'est-à-dire qu'on va préconiser des feux en hiver avec des ingrédients comme le bain-joint, la cannelle, les clous de girof, la mire ou la nuscade, tandis qu'ils sont plutôt déconseillés en cas de forte chaleur, au risque de déchauffer encore davantage l'air malsain. Et là, on va plutôt préférer des végétaux en été de qualité soide, peut-être que les vélbettes, les nénuphars, les roses, sous la forme de fumigations plutôt réfréchissantes. On va aussi répandre des végétaux et des eaux parfumées sur le sol, toujours dans cette idée de se protéger. On va aussi porter des sachets. Et justement, le fameux masque de médecin.
Je ne sais pas si on en a déjà au 16e. En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il pouvait porter des choses très près du nez. Je ne sais pas si ça avait spécifiquement cette forme. En tout cas, ce qui est certain, c'est qu'on se protégeait. Donc les orifices, le nez, bien sûr, et la bouche, avec des substances odorantes diverses qui pouvaient changer selon la saison.
C'est aussi différent si vous êtes un homme, si vous êtes une femme, si vous êtes vieux, si vous êtes jeune. C'est très compliqué, la théorie des humeurs.
Mais c'est très intéressant. Et on pouvait aussi porter des éponges imbibées de vinaigre. On avait les fameuses pommes de centeurs. Et ça dépendait aussi de vos moyens, bien sûr. Les traités de peste le précisent. On a des recettes pour les gens fortunés. Et les auteurs donnent aussi des options pour les plus pauvres, avec des végétaux qu'on retrouve assez facilement.

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