**Pierre-Emmanuel Barré** (0:00)
Vous écoutez Radio Nova. La dernière tournée avec Enercoop.
**Guillaume** (0:08)
Pierre-Emmanuel, samedi dernier, t'as promis d'enfin lire les questions des auditeurs pour la première fois depuis deux ans. J'espère que tu as tenu ta promesse.
**Pierre-Emmanuel Barré** (0:18)
Et non, et non, j'ai menti. Qu'est-ce que vous allez faire Guillaume ? Rien, rien, vous ne pouvez rien faire parce que c'est la dernière émission. Et je vais vous dire quelque chose, je suis bien content. Que ce soit la dernière émission, cette tournée est un cauchemar permanent. Aymeric est torché dès 8 heures du matin, il se cache même plus et n'importe quoi. Hier à l'hôtel, il est arrivé au petit déjeuner en tenue d'apiculteur pour se servir des miel pop sans toute sécurité. Ensuite, il a rempli son sac à dos avec tous les œufs brouillés du buffet et il les a relâchés dans le jardin pour sauver les poussins.
Et après, comme il était 8 heures, il a commencé à boire. Juliette, elle a passé un mois à me jeter son verre d'eau au visage à chaque fois que je lui faisais remarquer que le patriarcat n'était pas entièrement responsable des guêpes qui tournaient autour du melon. Quant à vous, Guillaume, pas de surprise, vous vous surpassez chaque jour un peu plus dans la médiocrité. On ne s'attend à rien, on est quand même déçus. En un mois de tournée, votre meilleure blague, c'est d'avoir rempli mon sac à dos avec des coquilles de pistache que vous grignotez à longueur de journée comme un écureuil consanguin. Si je devais noter mon mépris pour vous sur une échelle, il n'y aurait pas assez de bois sur terre pour fabriquer une échelle assez grande. Mais vous n'êtes pas les seuls responsables de ce fiasco, du fiasco de cette tournée. Moi aussi, j'ai commis une erreur, j'ai cru en vous, je n'aurais pas dû, mais à cul pas. Je n'ai pas lu les questions des auditeurs, mais pour qu'il y ait au moins une séquence écoutable dans cette émission, j'en ai inventé et aujourd'hui c'est Coco qui nous écrit de Saint-Rouston.
Comme partout dans le pays, 14 juillet rime avec défilé, mais là-bas on est moins con qu'ailleurs. Et ça fait bien longtemps qu'on a compris que l'armée est un outil de classe au service des possédants qui promeut un modèle hiérarchique abrutissant, réprime historiquement les luttes populaires et dont le budget colossal prive les services publics de ressources tout en participant au désastre écologique.
Je ne sais pas vous, mais j'ai l'impression qu'en cette fin de saison, les chroniques de Saint-Rouston sont de plus en plus orientées politiquement. Je me demande si je n'en profite pas pour églisser inconsciemment quelques convictions personnelles. Bref, le 14 juillet à Saint-Rouston, au lieu d'applaudir les militaires qui marchent fièrement au son du tambour, les citoyens leur jettent des grands sauts de caca. Une tradition malodorante qui a eu raison des vocations guerrières. Tous les soldats ont en effet déserté et il y a six mois, la caserne locale a laissé place au salon de coiffure militaire.
Bon, l'applaudissez pas.
Dans la foulée de cet élan pacifiste, il a été décidé de se débarrasser des quatre bombes à hydrogène stockées dans le sous-sol de la salle polyvalente Pépin-Gourguechon, un Saint-Rouston étant, depuis 1986, on le sait, la seule commune dotée d'une force de dissuasion thermonucléaire municipale. Afin de ne pas gréver dangereusement le budget de la ville avec un coûteux démantèlement pièce par pièce de l'arsenal nucléaire, le maire Guillaume Meurice a donc opté pour l'option la plus économique, faire exploser les bombes. Le 15 janvier dernier, il tirait une première tête nucléaire dans le ciel rincilarien pour, je le cite, voir si ça marche. Le 1er avril, il faisait détenir une deuxième ogive. au-dessus du village pour, je le cite à nouveau, faire une blague. Enfin, le 18 mars, il procédait au lancement du troisième missile pour fêter ses dix ans de mariage. L'augmentation de 134 % du taux de cancer dans la commune avait alors suscité la grogne chez les administres. En ce 14 juillet, afin de se racheter, Guillaume Meurice est apparu à 10 heures précises au balcon de la mairie et a déclaré à la foule qui réclamait la fin des tirs Ok, ok, j'arrête, tenez, tout en leur jetant la quatrième et dernière bombe, thermonucléaire, beau geste, mais revenons à Coco, qui nous écrit... eh bien rien du tout, Coco ne nous écrit rien puisque Saint-Rouston a été rayé de la carte à l'instant précis où la quatrième et dernière bombe a heurté le parvis de la mairie. Vous l'aurez compris, je ne reviens pas la semaine prochaine, mais si vous avez des questions, posez-les à vos proches et si vous n'avez pas de proches, posez-vous des questions.
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