La meilleure astuce pour réanimer un noyé ? - NOTA BENE artwork

La meilleure astuce pour réanimer un noyé ? - NOTA BENE

Nota Bene

July 24, 2026

Est-ce qu’on peut ramener un noyé à la vie… en lui soufflant de la fumée dans les fesses ? Non non, ne riez pas : c’est vraiment le sujet du jour, et les médecins du 18e siècle se sont très sérieusement posés la question !
Speakers: Benjamin Brillaud
**Benjamin Brillaud** (0:00)
Mes chers camarades, bien le bonjour ! Est-ce que l'on peut ramener un noyé à la vie en lui soufflant de la fumée dans les fesses ? Riez pas, c'est une vraie question, le sujet du jour. Les médecins du XVIIIe siècle se sont très sérieusement posés cette question. Je pense aussi qu'ils avaient peut-être besoin d'un peu de vacances. Cela dit, je commence à avoir l'habitude et d'expérience quand l'Histoire m'apporte une anecdote assez absurde, je sais qu'il faut toujours commencer par remettre tout ça dans son contexte. Niveau médecine, le XVIIIe siècle est souvent présenté comme assez vide. En 1628, Harvey a démontré la circulation sanguine et en 1780, Lavoisier a révélé comment fonctionnait la respiration. Mais entre les deux. Bon, il y a quand même l'observation des spermatozoïdes, quelques expériences électriques sur les muscles et autres avancées anatomiques. Mais à part ça, il ne se serait pas passé grand chose de notable. Il faut dire que la médecine de l'époque est un vrai champ de bataille entre deux visions différentes du monde. D'un côté, le mécanisme de Descartes, qui prétend que le corps est une machine.
De l'autre, les théories vitalistes qui affirment que les cellules vivantes ont au contraire des propriétés très particulières. Et justement, c'est dans le cadre de cette dispute qu'on se pose la question, est-ce qu'on peut réanimer un noyer ? Et c'est là que certains se disent, et si on lui soufflait de la fumée dans le fondement ? Alors ne riez pas, parmi eux, on compte quelques très grands noms, comme le physicien et naturaliste René-Antoine Réaumur et le médecin Jacques-Jean Bruhier, qui rapportent même le témoignage d'une réanimation réussie à Passy, tout près de Paris. On en a fait une gravure en Angleterre, qui s'intitule La manière la plus efficace de sauver un noyé. D'ailleurs, le docteur anglais Richard Mead soutient la théorie, tout comme le chirurgien Antoine Louis, le co-inventeur de la guillotine, et le suisse Samuel Auguste Tissot, surnommé Le médecin des princes et le prince des médecins, très connu notamment pour ses travaux sur la masturbation. Toute cette bande de joyeux lurons, des sommités scientifiques de l'époque sont d'accord. Une petite soufflette de nicotine dans le derrière, et c'est reparti pour un tour. On ne parle vraiment pas d'une pratique anecdotique qui a été relayée par deux charlatans qui se battaient en duel. D'ailleurs, on passe vite de la théorie à la pratique à Amsterdam, une ville pleine de canaux et de marins bourrés, et donc pleine de noyés. Là, des particuliers proches de la pensée des Lumières créent en 1767 la première société de secours aux noyés.
Soucieux du bien public, ils placent tout le long des canaux des machines qui insufflent du tabac dans les intestins de manière très efficace. Un peu comme on met des défibrillateurs dans tous les bâtiments publics aujourd'hui. La société récompense même ceux qui essayent ou réussissent à sauver un noyé avec leur méthode, et ça avec de l'argent ou bien une médaille sur laquelle on peut voir l'humanité repousser la mort à l'aide de la fameuse machine. Pour l'anecdote, la société existe encore aujourd'hui, alors si vous sauvez un noyé à Amsterdam, vous pourriez recevoir exactement la même médaille. Bon alors par contre, évitez de lui mettre un zèf de chicha dans l'arrière-train, parce que de nos jours, la société recommande plutôt la réanimation cardiopulmonaire. Mais à l'époque, ce type d'organisation se multiplie en Europe, à Paris, à Londres, à Venise, et toutes recommandent la même pratique à l'aide de leurs propres machines fumigatoires. Par exemple, Philippe-Nicolas Pia, l'apotiquaire en charge des secours au noyé de Paris, diffuse la sienne dans toute la France. Ce marché très juteux est bientôt attaqué par des machines concurrentes, comme celle du docteur Gardane, qui envoie moins de fumée d'un coup, mais se transporte très facilement. Il y en a bien quelques-uns pour critiquer cette pratique, mais on la retrouve encore au début du XIXe siècle, avec même des progrès techniques, comme celle de Jan Adrian Kool, directeur de la Société d'Amsterdam, qui met au point un soufflet à tabac amélioré en 1837
Comme quoi vous le voyez, ma petite anecdote très drôle, c'est devenu une vraie page d'histoire. Mais vous pouvez légitimement vous demander, ok mais comment on en est arrivé là, sérieux ?
Pour ça, il faut parler de l'histoire de la réanimation en général. En fait, la réanimation apparaît assez tard dans notre histoire. Avant le 18e siècle, on n'en a que quelques mentions rares et isolées. C'est assez logique, à une époque où un enfant sur deux n'atteint pas 20 ans, où la mort violente ou pathologique est beaucoup plus fréquente qu'aujourd'hui, la réanimation n'est pas vraiment une priorité. Bref, avant les années 1730-1740, et la vapoteuse mal placée, il n'y avait rien.

9 more minutes of transcript below

Feed this to your agent

Try it now — copy, paste, done:

curl -H "x-api-key: pt_demo" \
  https://spoken.md/transcripts/1000651996090

Works with Claude, ChatGPT, Cursor, and any agent that makes HTTP calls.

From $0.10 per transcript. No subscription. Credits never expire.

Using your own key:

curl -H "x-api-key: YOUR_KEY" \
  https://spoken.md/transcripts/1000778179927