Europe & Industrie : une perte de la nature au XIXe siècle ? - Avec Guillaume Blanc - EXTRAIT artwork

Europe & Industrie : une perte de la nature au XIXe siècle ? - Avec Guillaume Blanc - EXTRAIT

Nota Bene

September 1, 2026

Au cours du XIXe siècle, les paysages européens ont énormément changé avec la révolution industrielle. Mais comment étaient perçues ces transformations par les contemporains ?
Speakers: Benjamin Brillaud, Guillaume Blanc

Topics: History, Society & Culture

**Benjamin Brillaud** (0:02)
Mes chers camarades, bien le bonjour ! Au cours du XIXe siècle, les paysages européens ont énormément changé avec la révolution industrielle. Mais comment est-ce qu'étaient perçues ces transformations par les contemporains ? C'est une question que j'ai posé à Guillaume Blanc au cours d'un nouvel entretien historique que vous pourrez découvrir sur le podcast dans quelques jours. Parce que ce phénomène, il est intrinsèquement lié à une autre vision des Européens, une vision fantasmée, celle de la nature africaine qu'ils ont tenté de protéger aux dépens des Africains eux-mêmes. C'est ce qu'on appelle le colonialisme vert. Mais je vais laisser la parole à Guillaume, alors bonne écoute.
Avant de revenir sur cette vision de l'Afrique contre les colons, moi j'aimerais qu'on s'intéresse quand même aussi à la vision qu'ont les colons européens de leur propre territoire. Comment est-ce qu'ils perçoivent l'Europe à l'époque de ce point de vue là, de la nature ?

**Guillaume Blanc** (0:53)
On ne peut pas étudier l'Afrique si on n'étudie pas l'Europe.
Et ce colonialisme vert n'aurait jamais existé si ce n'était pas lié à la vision qu'avaient les Européens de la nature en Europe.
C'est quoi le 19e siècle européen ? C'est une Europe radicalement transformée par l'industrialisation, par l'urbanisation. Et là, il faut imaginer, Manchester en 1850, il y a du smog, donc vraiment c'est pollution, qui vont faire jusqu'à 2 à 4 morts. Tellement la pollution commence à faire partie du quotidien des Européens. Et l'urbanisation allant, eh bien les Européens sentent qu'ils perdent ce qu'ils vont appeler la nature. Et qu'est-ce qui se développe qu'on connaît nous ? Eh bien c'est le romantisme. C'est Château-Briand qui va commencer à dire qu'il faut préserver ces dernières traces de nature. C'est Lamartine qui, même pendant la... En 1852, avec la rénovation de l'Empire, qui dira dans son poème Le Valon, il y aura la nature est là, qui t'invite et qui t'aime. Plonge-toi en son sein, qu'elle t'ouvre toujours. Parce qu'ils ont une conscience de s'être en train de disparaître. C'est pour ça que Napoléon III va créer la réserve de Fontainebleau dans les années 1860 Ce qui va être paradoxal, c'est qu'en Europe, les Européens et les Romantiques vont essayer de préserver les dernières traces d'une nature qui est sur le point de disparaître. Mais ils vont être persuadés de la retrouver en Afrique. C'est là où le colonialisme vert doit être étudié à l'aune de l'histoire globale.
L'Afrique et le monde vont main dans la main.

**Benjamin Brillaud** (2:36)
Pourquoi ils sont persuadés de la retrouver en Afrique ?

**Guillaume Blanc** (2:37)
Alors je sais que ce n'est pas notre réflexe imé, mais il faut essayer de faire preuve d'empathie et de se mettre dans la tête des colons qui partent tenter leur chance en colonie fin de XIXe siècle. Les scientifiques en colonie, eux, ils vont être obnubilés par cette théorie du climax et de la forêt humaine. Donc ils laissent derrière eux cette Europe transformée par l'urbanisation et l'industrialisation. Et quand ils arrivent, qu'est-ce qu'ils découvrent ? Ils découvrent des pâturages cultivés mais pas surexploités. Ils découvrent de la grande faune qui a déjà disparu en Europe. Et donc ils vont découvrir des environnements non pas beaucoup plus naturels, mais beaucoup moins urbanisés, industrialisés. Et ils vont rêver, parce que tous les Européens ne viennent pas en colonie. Mais la fin du XIXe, c'est aussi la naissance de la presse à grand tirage. Et en fait, la presse à grand tirage va diffuser une quantité de récits de voyage. On peut penser 1872 Stanley Livingstone, le fameux au bord du lac Tanganyika, Dr Livingstone, I presume. Mais qu'est-ce qu'ils écrivent Stanley Livingstone dedans ?
Ils parlent de l'Afrique comme un jardin féerique.
Et après, c'est Churchill, Roosevelt, ils font leur voyage en 1908-1909, attention, pour chasser des spécimens de faune. Mais eux, ils parlent de forêts primaires malheureusement dégradées par les Africains ou de jardins paisibles et tranquilles malheureusement habités par des êtres maladroits et incapables. Et donc, les Européens, plus la nature disparaît en Occident, plus ils vont fantasmé cette Afrique naturelle. C'est pour ça que j'ai appelé ça le mythe de l'Éden africain qui va...
Là, c'est les prémisses, mais après, ça va exploser dans les années 30-40. Et donc, voilà ce qu'ils pensent trouver en Afrique.

**Benjamin Brillaud** (4:48)
Merci à tous d'avoir écouté cet extrait du prochain entretien qui sera disponible très bientôt sur Nota Bene. À bientôt !
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